Les dermatos accusés d'organiser la pénurie pour maintenir des tarifs élevés ripostent

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Invité sur Europe 1, le médecin de santé publique Martin Blachier a récemment insinué que les dermatologues organisaient la pénurie à leur avantage. Une déclaration qui a suscité de vives réactions dans la profession, qui souffre de la forte dégradation de l’accès aux soins. 

Les dermatos accusés d'organiser la pénurie pour maintenir des tarifs élevés ripostent

© CNews / iStock

Mardi 19 mai, sur Europe 1, le médecin de santé publique Martin Blachier s’est exprimé sur les difficultés d’accès aux consultations de dermatologie. Il a affirmé que : « Les dermatologues n’ont pas forcément envie qu’il y ait beaucoup plus de nouveaux dermatologues formés », insinuant que ceux-ci organisent leur propre pénurie afin de conserver une patientèle importante et des tarifs plus hauts.

Il a ajouté que les places ouvertes aux jeunes médecins souhaitant se former dans cette spécialité seraient « décidées par les dermatologues. »

Autrement dit, le médecin laisse entendre, sur une chaîne de radio grand public, que la rareté des dermatologues ne serait pas seulement le résultat d’une crise démographique, mais aussi d’un choix entretenu par la profession. Une accusation que les organisations de dermatologues rejettent frontalement.

Dans un communiqué, la Société française de dermatologie et le Collège des enseignants riposte : « Non, les dermatologues n’organisent pas leur pénurie ! »

Qui décide du nombre de nouveaux dermatos ?

« Réduire la crise actuelle de l’accès aux soins dermatologiques à une volonté des dermatologues d’organiser leur pénurie est totalement faux et profondément injuste pour l’ensemble des professionnels mobilisés chaque jour sur le terrain », déclare la professeure Saskia Oro, présidente de la SFD, et la professeure Caroline Gaudy, présidente du CEDEF. 

Pour elles, la réalité est au contraire celle d’une spécialité qui « alerte depuis des années sur l’effondrement de sa démographie » et qui affirme agir « pour maintenir l’accès aux soins partout en France ».

Le cœur de leur réponse porte sur un point précis : qui décide du nombre de médecins formés en dermatologie ? Selon la SFD et le CEDEF, affirmer que « les dermatologues décident eux-mêmes du nombre de dermatologues » revient à méconnaître le fonctionnement de la formation médicale.

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La démographie de la spécialité, rappellent-ils, dépend de décisions prises par les pouvoirs publics au fil des décennies, et non par les médecins eux-mêmes.

Le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV) rappelle, sur TF1.fr, que le numerus clausus était fixé « par les pouvoirs publics, en lien avec les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur, et non par les syndicats de dermatologues ou la profession elle-même ». 

Le syndicat ajoute que les organisations professionnelles pouvaient faire connaître leur position ou être consultées, comme d’autres acteurs du système de santé, mais qu’elles ne décidaient pas du nombre de places ouvertes.

Le mea-culpa de Martin Blachier

Les représentants de la spécialité rappellent aussi que la pénurie est, selon eux, documentée. La SFD explique que 2 880 dermatologues étaient en exercice en France en 2024, avec une densité nationale de 3,26 dermatologues pour 100 000 habitants. Elle souligne également que près de 20 % des praticiens actuels auront quitté la profession d’ici 2030, et que les délais de rendez-vous atteignent désormais plusieurs mois en moyenne nationale, parfois davantage selon les territoires.

Loin d’avoir cherché à maintenir une rareté, la profession affirme au contraire réclamer depuis des années une augmentation du nombre de médecins formés. Le communiqué rappelle que la SFD et d’autres organisations représentatives demandent une hausse des postes d’internes en dermatologie. 

Pour 2025, la profession dit avoir demandé l’ouverture de 130 postes. Selon la SFD, seuls 102 ont finalement été attribués, après 99 en 2024. « Les demandes formulées restent vaines », regrettent la SFD et le CEDEF.

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La SFD résume cette ligne de défense en une formule : « Les dermatologues français ne créent pas les files d’attente : ils tentent chaque jour, avec leurs propres moyens certes insuffisants, d’éviter que ces délais ne deviennent des pertes de chance pour les patients. » 

À la suite de ces différentes réactions des syndicats, Martin Blachier est revenu sur ses propos, toujours sur Europe 1. « Je me suis trompé. Le consensus entre l’assurance maladie qui ne voulait pas que ça coûte trop cher et certaine spécialité médicale qui voulait limiter le nombre de médecins pour assurer une patientèle importante a été une réalité avant les années 2000. Ce n’est plus vrai. »

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