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Léa (prénom modifié) a vécu pendant des années « sur le qui-vive, en sensation de danger permanent » après avoir subi plusieurs viols et abus par des proches. « Je dormais très peu, car je faisais des cauchemars où je revoyais les scènes. Dans la journée, je revivais les agressions avec les sensations, les odeurs ».
« Je m'isolais chez moi », raconte cette femme de 40 ans, suivie depuis 2024 par le CPIV, rattaché au Centre régional de Psychotrauma (CRP) Paris Centre et Sud.
Souffrant d’hyperphagie boulimique, Marion (prénom modifié), 34 ans, a vu de nombreux médecins et psychologues sans soins adaptés avant d'être orientée vers le CPIV.
« Alors que je viens d’un milieu privilégié, j’étais bloquée dans la précarité financière, des angoisses qui absorbaient toute mon énergie. Aujourd’hui, mes symptômes ont considérablement reculé, j'ai trouvé pour la première fois un travail stable, je sais que je m’en sors. »
Un centre expert
À 80 % des femmes, les patients sont adressés par des soignants, avocats, policiers, associations, explique la psychiatre Delphine Morali-Courivaud, qui dirige le CPIV.
Ils ont été victimes de viols, d'inceste, de violences conjugales pour 60 % d'entre eux, mais aussi d'attentats, d'accidents, de parcours migratoires traumatiques.
Le centre a soigné 150 victimes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et continue d'en suivre certains.
Les patients peuvent bénéficier d'une thérapie adaptée au stress post-traumatique : consultations en psychiatrie et psychothérapie, thérapies comportementales et cognitives (TCC), EMDR (Intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires), hypnose, art-thérapie, médiation animale....
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Pour Léa, la thérapie l'a aidée « à continuer à vivre ». « Je ne fais plus de tentatives de suicide, je ne me scarifie plus », confie-t-elle.
Le CPIV, un des premiers centres de psychotrauma créé en France, juste avant les attentats de 1995 dans les RER parisiens, fait face aujourd'hui à un afflux de demandes alors que le voile se lève sur l'ampleur des violences sexuelles.
L'offre de soin reste très inférieure aux besoins, relève la spécialiste du psychotrauma Muriel Salmona, présidente de l'association « Mémoire traumatique et victimologie ».
Des patients sans solution
« Il existe très peu d'endroits où les personnes avec des traumas graves peuvent être prises en charge », alerte la psychiatre, membre de la commission d'enquête sur les violences commises au pensionnat de Bétharram.
Beaucoup de victimes sont en errance médicale et ne trouvent pas les soins appropriés pendant des années.
« Beaucoup de soignants ne sont pas formés au psychotrauma et de nombreux patients sont traités pour dépression ou troubles anxieux classiques, ce qui n'est pas efficace », explique Delphine Morali-Courivaud.
Avec ses 18 psychologues et trois psychiatres, le CPIV assure 15 000 consultations par an et suit en continu quelque 1 500 patients. Mais sa liste d'attente compte plusieurs centaines de personnes.
Rares dans les hôpitaux publics, ses techniques sont proposées par des psychologues libéraux en ville mais ne sont alors pas remboursées par la Sécurité sociale.
Or depuis sa création, le CPIV, association à but non lucratif, se donne pour règle de donner « un accès aux soins égal pour tous, sans barrière financière », explique Patrice Louville, président du CPIV et psychiatre à l'hôpital Corentin Celton (AP-HP).
Un modèle menacé
Mais son équilibre financier fragile est aujourd'hui en péril. Le centre bénéficiait d'un loyer « préférentiel », mais son bailleur a été placé en liquidation judiciaire.
Il vient donc de déménager dans des locaux « au prix du marché » dans le 11e. « Nous risquons de ne pouvoir fonctionner très longtemps si nous ne trouvons pas comment les financer », explique Delphine Morali-Courivaud, qui estime le besoin de financement à 150 000 euros supplémentaires.
Le CPIV est en train de recruter sept psychologues pour augmenter le nombre de consultations et a lancé une campagne de dons solidaires.
La Ciivise recommande de prendre en charge les victimes avec des soins spécialisés en psychotrauma, sans reste à charge. Elle a estimé à 9,7 milliards d'euros par an le coût social et économique pour la société des conséquences des violences sexuelles subies dans l'enfance.
Avec AFP