« L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » : Des obstétriciens fustigent le rapport de l’IGAS sur les maternités

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Trois gynécologues-obstétriciens, dont deux responsables du Collège national (CNGOF), contestent, dans une tribune, les conclusions du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) récemment rendu public sur la mortalité infantile, et lui reprochent de minimiser les enjeux liés à l’organisation des maternités.

« L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » : Des obstétriciens fustigent le rapport de l’IGAS sur les maternités

De droite à gauche, les Prs Patrick Rozenberg, Yves Ville et Olivier Morel © DR

Dans une tribune publiée le 7 août dans Le Monde, Pr Patrick Rozenberg, président du CNGOF, Pr Yves Ville, chef du service de médecine fœtale de l’hôpital Necker AP-HP et Pr Olivier Morel, chef du service de gynécologie-obstétrique du CHRU de Nancy, critiquent vivement le rapport de l’IGAS rendu public quelques jours plus tôt.

La France enregistre désormais 4,1 décès infantiles pour 1 000 naissances et est passée du 3ème au 23ème rang européen en moins de vingt-cinq ans. D’après les auteurs de la tribune, 529 décès auraient été évités en 2025 avec un taux équivalent à la moyenne européenne, et 1 057 avec celui de l’Italie ou du Portugal.

Effectifs en baisse

Au cœur du désaccord : la restructuration des petites maternités. Les trois médecins défendent les propositions formulées en 2023 par l’Académie de médecine, qui préconisait de regrouper les maternités réalisant moins de 1 000 accouchements par an avec des établissements de niveau supérieur, tout en maintenant des structures de proximité pilotées par des sages-femmes et reliées aux équipes hospitalières.

Ils reprochent à l’IGAS d’avoir réduit cette proposition à une politique de fermeture. « Personne n’a soutenu que la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité infantile », écrivent-ils.

Selon eux, la question centrale est celle des effectifs disponibles. Ils indiquent que plus de 80 % des maternités pratiquant moins de 1 000 accouchements par an sont confrontées à une « tension démographique sévère » et que le nombre de gynécologues-obstétriciens rapporté aux salles de naissance a diminué de 30 % en dix ans.

Les auteurs contestent également la conclusion selon laquelle les restructurations de maternités n’auraient pas d’effet démontré sur la mortalité. Ils soulignent que l’IGAS reconnaît elle-même que cette démonstration est « méthodologiquement inaccessible ». « En santé publique, l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence », écrivent-ils.

« Volontarisme de façade »

Les trois spécialistes estiment par ailleurs que les 24 recommandations de l’IGAS, portant notamment sur la prévention prénatale, la dématérialisation du carnet de santé ou la certification des soignants, témoignent plus d’un « volontarisme de façade » que d’une volonté de réorganiser en profondeur l’offre hospitalière en périnatalité.  

Ils regrettent notamment l’absence de recommandation consacrée à la télémédecine, qui pourrait selon eux permettre à une sage-femme exerçant dans une structure éloignée d’être reliée en temps réel à un obstétricien, notamment pour l’interprétation d’un monitoring fœtal.

Les auteurs s’opposent aussi à la proposition de « reconsidérer » la liberté d’installation des sages-femmes à la sortie de leur formation, estimant qu’elle ferait peser la réponse à la pénurie sur une profession déjà confrontée à une crise d’attractivité.

Ils accusent plus largement l’IGAS d’offrir, par ses conclusions, une caution scientifique au « statu quo », en confortant le moratoire sur les fermetures de maternités adopté à l’Assemblée nationale l’année dernière, au détriment d’une réforme structurelle qu’ils jugent nécessaire.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/les-sages-femmes-veulent-assurer-le-suivi-complet-des-grossesses-bas-risques-sans-les

Eux défendent une réorganisation nationale de la périnatalité associant concentration des plateaux techniques, maintien d’une offre de proximité et équipes médicales suffisamment nombreuses et stables.

Ils citent notamment l’Italie, qui affiche selon eux une mortalité infantile de 2,5 décès pour 1 000 naissances, et la Suède, à 2,1 pour 1 000. Deux modèles très différents, mais qui auraient en commun, selon les signataires, « une politique de périnatalité cohérente, financée et évaluée ».

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