La carte de France des méchants, par l’UFML-S

No go zones

Sur une carte interactive, l’UFML-Syndicat pointe du doigt les villes et les hôpitaux qu’elle « déconseille ». Elle y dénonce le manque de moyens, la présence de « mages » dans les maisons de santé, mais surtout les maires favorables à un conventionnement sélectif.

« Nous sommes, à l’UFML-Syndicat, parfaitement conscients que lancer une carte des territoires dans lesquels nous déconseillons l’installation peut surprendre et choquer à l’heure des déserts médicaux ». L’exercice est en effet inhabituel dans le milieu, mais moins de la part du syndicat dirigé par Jérôme Marty, qui aime les sorties médiatiques bruyantes et les touches de provoc’.

Sur une carte intitulée "Où ne pas s'installer !", l’UFML-S a ainsi recensé une cinquantaine de communes qu'elle déconseille. Des communes qu’elle a réunies sur une carte de France interactive, en justifiant à chaque fois la raison de la punition. Le but annoncé : « provoquer une prise de conscience à la fois dans la population, chez les politiques et chez nos futurs collègues afin de leur donner les clés d’une installation réussie, seul gage d’un engagement pérenne et d’un épanouissement professionnel dont les patients seront les bénéficiaires », explique le syndicat dans un communiqué qui accompagne la carte.

Mages, réseaux de soins et maires

Quatre problématiques sont invoquées pour les bannies. Certaines communes – et leur maires – sont dénoncées parce qu’elles ont financé des maisons de santé pluridisciplinaires qui abritent l’exercice de « médecines parallèles, mages, et guérisseurs ». La préférée de l’UFML-S : celle du Croisic (Loire-Atlantique), où sont pratiqués « magnétisme, reboutement, coaching de vie et équilibre énergétique ».

Celles qui s’organisent en réseaux de soins sont également pointées du doigt. Pour le syndicat, ces réseaux « institutionnalisent une médecine à deux vitesses : la médecine des réseaux – low-cost, de moins bonne qualité et de moins bonne accessibilité – et la médecine hors réseau, innovante et plus facile d’accès ». Les hôpitaux comme le CHU de Grenoble ou celui du Havre, médiatisés pour leur management et le manque de moyens, sont également dénoncés.

Mais pour environ la moitié des communes, c’est spécifiquement autour du maire que se fige la contestation. Le syndicat dénonce leur prise de position pour la coercition à l’installation. Il leur reproche en particulier leur argument expliquant que « les études de médecines sont gratuites ». Il  rappelle que « les étudiants en médecine constituent une main-d’oeuvre bon marché pour l’hôpital », et subissent une pression qui favorise les risques psychosociaux.

Le rapporteur rapporté

Une mention spéciale est attribuée à Philippe Vigier, député UDI de l’Eure-et-Loir, qui condamne par sa seule présence quatre communes : Brou, Bonneval, Châteaudun et Cloyes-sur-le-Loir (Eure-et-Loir), dont il est aussi le maire. Le pharmacien-biologiste, à la tête d’une commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’égalité d’accès aux soins, s’est par le passé positionné pour le conventionnement sélectif temporaire, accompagné d’autres mesures incitatives.

Dans un entretien accordé au Quotidien du médecin début 2018, il s’est défendu de l’intention de mener l’enquête en cours avec cette idée en tête. Mais à quelques jours de la date prévue pour le rendu du rapport (le 19 juillet), l’UFML-S a décidé de se défendre par l’offensive. Petit tacle au passage sur le député, qui dirige plusieurs laboratoires d’analyses médicales. L’UFML s’interroge sur ses intentions et sur un « probable conflit d’intérêt » lié à son combat pour la coercition. « Un laboratoire sans prescripteur ne gagne pas d’argent », souligne-t-il, à la limite du carton jaune !

« Il n’est plus temps de se contenter d’effets d’annonce et de mesurettes », annonce l’UFML-S dans son communiqué. Elle a donc choisi de faire une carte « qui énerve certains et fait du bien à beaucoup », commente Jérôme Marty sur Twitter.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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