« J’adore mon métier, j’ai fait neuf ans d’études pour ça, mais ça n’est plus possible », trois généralistes déplaquent dans la même petite ville du Lot-et-Garonne

Article Article

Le 20 décembre 2024, trois généralistes fermeront leurs cabinets dans la petite ville de Pont-du-Casse, située dans le Lot-et-Garonne. Cette situation critique laissera 3 500 patients sans médecin traitant.

« J’adore mon métier, j’ai fait neuf ans d’études pour ça, mais ça n’est plus possible », trois généralistes déplaquent dans la même petite ville du Lot-et-Garonne

© Midjourney x What's up Doc 

En saluant deux de ses administrés assis à une table de café, le maire de la ville plaisante : « Je viens chercher des médecins, vous n’en avez pas sous le coude ? » Mais derrière son sourire se cache une profonde inquiétude. 

C’est un maire mobilisé et inquiet qui s’exprime. Et pour cause, sa ville, Pont du Casse en Lot et Garonne va perdre trois de ses six médecins traitants en décembre. Les trois généralistes, trois femmes, ont décidé de fermer leur cabinet en raison d’une charge de travail excessive, les poussant à vouloir retrouver une vie normale. 

« Ça a été un vrai coup de massue, on ne s’y attendait pas. J’ai d’abord voulu comprendre. J’ai rencontré deux des médecins qui vont partir. C’est surtout une très mauvaise nouvelle pour les 3 500 patients qui, du jour au lendemain, vont se retrouver sans médecin traitant », confie l’édile à France 3 Nouvelle Aquitaine.

Le maire comprend les raisons qui ont motivé les praticiennes à partir : le surmenage et la fatigue. Les travaux entrepris par la commune pour acheter et rénover le cabinet n’ont pas suffi. « J’ai vu des femmes qui n’étaient pas loin du burn-out, en plein surmenage, qui en avaient marre de vivre cette vie de médecin », reconnaît-il.

Parmi elles, le docteur Élisa Loubet, 44 ans, pourtant passionnée par son métier. Après seulement 15 ans d’activité, elle a décidé de quitter la médecine générale. 

« J’adore mon métier, j’ai fait neuf ans d’études pour ça, mais ça n’est plus possible ! », déclare-t-elle.

Il est devenu trop compliqué de soigner correctement en raison du manque d’offres de soins. « On ne peut pas avoir d’avis de spécialistes pour nos patients, de rendez-vous d’examens. C’est catastrophique ! Je demande des avis, je ne les ai pas par manque de spécialistes ! Du coup, il y a des retards de diagnostic, des retards de prise en charge. C’est inquiétant et c’est compliqué de travailler dans ces conditions », raconte-t-elle à France 3 Nouvelle Aquitaine.

Le surmenage est aussi une des raisons invoquées. Le docteur a plus de 1350 patients. « Je travaille de plus en plus et je finis tard. Vendredi, j’ai terminé à 21h15, le mardi, c’est pareil. Sans parler des gardes ! Même si on compense avec une journée dans la semaine, ça ne suffit plus. J’aime beaucoup mon travail, mais les conditions sont devenues trop mauvaises ! »

Le maire de la ville prend l'État pour responsable de ce désastre 

« Cela dépasse largement le microcosme de la commune », souligne, de son côté, le maire de Pont-du-Casse.

Laisser ses patients sans médecin traitant aux alentours est un véritable supplice pour le docteur qui part avec le cœur lourd. « C’est extrêmement difficile. J’aimerais pouvoir partir en sachant qu’ils ont un médecin, mais je sais que ça va être très difficile », explique-t-elle.

Dans de nombreuses autres villes en zone rurale, les jeunes médecins ne veulent pas s’installer dans ces endroits excentrés où la praticabilité de la médecine est mauvaise. « Moi, je suis persuadée que la médecine générale telle qu’on la connaît aujourd’hui, où l’on prend 20 minutes par patient, où on prend le temps, ça n’existera plus, car ce n’est pas un modèle économique viable. »

Avec cette échéance se rapprochant de plus en plus et aucun médecin « sous le coude », le maire semble démuni. « C’est un vrai psychodrame, qui va bien au-delà du bassin de vie, puisqu’il y avait des habitants de Foulayronnes, de Bon-Encontre, d’Agen et petits villages qui venaient ici à ce cabinet. Les gens ne comprennent pas. Ils sont atterrés ! Ils me supplient de trouver une solution ! », explique-t-il.

Le maire ne souhaite pas baisser les bras, bien qu’il ne possède pas de lampe avec un génie à l’intérieur. D’autant plus que les médecins qui sont encore là ne prennent plus de nouveaux patients. Leur quotidien est déjà surchargé.

Christian Delbrel, maire de Pont-du-Casse, en appelle aux politiques tout en exprimant sa colère. « Si on en est là aujourd’hui, ce n’est pas le maire le responsable. Ce n’est pas le conseil départemental. Ce n’est pas l’agglomération qui essaie de nous accompagner. C’est l’État qui est responsable depuis 40 ans ! »

Il insiste : « Par manque de courage politique, on avait l’occasion, à droite comme à gauche, de conventionner, d’installer des médecins sous conditions dans des zones tendues. On ne l’a pas fait. Maintenant, ils préfèrent aller dans des métropoles à Bordeaux, sur la côte Basque, à Bayonne ou à Biarritz, mais pas dans un département comme le Lot-et-Garonne, qui se retrouve en plein désert médical. C’est dramatique ! »

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/legislatives-que-proposent-les-partis-sur-les-deserts-medicaux-ou-les-hopitaux

Le maire élargit son plan pour trouver de nouveaux médecins, quitte à solliciter des médecins étrangers. Il faut néanmoins les faire venir et qu’ils acceptent les conditions de travail qui empêchent de pratiquer la médecine correctement.

Source:

France 3 Nouvelle Aquitaine 

2 commentaires (s)

Les gros dossiers

+ De gros dossiers