Els Ternoot, présidente de J&J Medical France.
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« Un milliard d’euros de complications que personne ne veut voir. Les infections du site opératoire (ISO) ne sont pas des accidents rares. Elles font partie des événements indésirables les plus fréquents en chirurgie, survenant dans les jours ou semaines suivant une intervention. Pour le patient, les conséquences sont concrètes et graves : un risque de réhospitalisation multiplié par cinq, une mortalité doublée¹. Pour l'équipe soignante, c'est une réadmission, une antibiothérapie à gérer, parfois une reprise au bloc. Pour l'établissement, c'est une durée de séjour multipliée en moyenne par trois².
Le coût additionnel par patient est estimé à plusieurs milliers d'euros, pouvant atteindre 10 000 € et au-delà selon les analyses médico-économiques. Ramenées à l'échelle du pays, ces complications représenteraient plus d'un milliard d'euros de dépenses annuelles pour le système de santé français³. Un chiffre qui devrait figurer en tête de toutes les discussions sur l'efficience hospitalière, et qui en est pourtant trop souvent absent.
« Le coût additionnel par patient est estimé à plusieurs milliers d'euros, pouvant atteindre 10 000 € »
Au-delà du coût financier, chaque ISO entraîne une surconsommation de ressources que l'hôpital peine encore à comptabiliser : davantage de traitements, de consommables, de journées d'hospitalisation. Une modélisation britannique a tenté de chiffrer cette réalité environnementale : une infection du site opératoire serait susceptible de générer jusqu'à 576 kg de CO₂, l'équivalent d'un vol aller-retour Londres-Rome pour deux personnes, plusieurs centaines de mètres cubes d'eau consommés et 65 kg de déchets médicaux⁴.
Ces données méritent d'être intégrées au raisonnement médico-économique. La soutenabilité d'un système de santé ne se mesure pas qu'en euros.
Pourtant, les ISO ne sont pas une fatalité chirurgicale. Entre 40 % et 60 % des ISO sont évitables⁵. Une part substantielle d'entre elles peut être évitée, à condition de s'en donner les moyens, et cela commence bien avant l'entrée au bloc.
La première ligne de défense est organisationnelle : des protocoles d'asepsie effectivement respectés et vérifiés, une surveillance systématique des ISO, une déclaration rigoureuse et une diffusion transparente des indicateurs de qualité. Ce sont des dispositifs qui existent déjà dans de nombreux établissements, mais dont l'application reste trop inégale.
« Réduire le risque infectieux est d'abord une affaire de culture collective »
La deuxième ligne est humaine : la formation initiale, la sensibilisation répétée des équipes au bloc et les démarches d'amélioration continue. Réduire le risque infectieux est d'abord une affaire de culture collective. Les bonnes pratiques ne s'imposent pas par circulaire ; elles s'approprient, se transmettent, se vérifient.
Enfin, les solutions technologiques peuvent renforcer ces stratégies sans en alourdir la mise en œuvre. Certains dispositifs, comme les sutures antimicrobiennes, contribuent à réduire le risque infectieux et à mieux protéger les patients, une option qui s'intègre à la pratique chirurgicale sans en bouleverser l'organisation.
La vraie question n'est pas de savoir si l'on peut se permettre d'investir dans la prévention. C'est de reconnaître que l'on ne peut plus se permettre de ne pas le faire. Dans un hôpital sous tension budgétaire, chaque ISO non évitée est une dépense différée, souvent majorée : réhospitalisation, examens complémentaires, antibiothérapie prolongée, mobilisation des équipes.
Traiter la prévention comme un coût immédiat plutôt que comme un investissement de long terme, c'est accepter un modèle où l'on paie systématiquement plus cher pour gérer l'évitable. Pour les équipes soignantes qui connaissent mieux que quiconque le poids de ces complications, il est temps que cette évidence soit entendue au-delà du bloc opératoire. »
Els Ternoot, présidente de J&J Medical France
Source:
(1) World Health Organisation Patient Safety. Safe Surgery Guidelines. 2009.
(2) Lamarsalle L, Hunt B, Schauf M, Szwarcensztein K, Valentine WJ. Evaluating the clinical and economic burden of healthcare-associated infections during hospitalization for surgery in France. Epidemiol Infect. 2013 Dec;141(12):2473-82.
(3) Piednoir E, Robert-Yap J, Baillet P, Lermite E and Christou N (2021) The Socioeconomic Impact of Surgical Site Infections. Front. Public Health 9:712461.
(4) Edwards M et al. Plus Sutures for preventing surgical site infection: a systematic review of clinical outcomes with economic and environmental models. BMC Surg. 2023 Oct 3;23(1):300.
(5) Odom-Forren J. Preventing surgical site infections. Nursing. 2006 Jun;36(6):58-63.
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