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Les tatouages représentent un « indice » permettant de reconnaître une « personne déviante » pour Alexandre Lacassagne (1843-1924), a détaillé Muriel Salle, historienne à l'Université Lyon 1.
Ces travaux représentent le début des recherches d'anthropologie criminelle du médecin légiste, dont il est l'un des fondateurs. Cette discipline sociologique permet de comprendre l'origine d'un crime en analysant les dimensions psychologiques, sociales et biologiques de son auteur.
Dans sept recueils aux couvertures rouges vieillies du XIXe siècle se trouvent les dessins de 867 tatouages, appartenant à des soldats français envoyés dans les bataillons d'Afrique, au sud de l'Algérie, à cause de leur indiscipline ou comportements délictueux.
« Symptômes » de la capacité d'un individu à commettre un crime, « le grand nombre de tatouages donne presque toujours la mesure de la criminalité du tatoué », selon l'analyse du médecin légiste, a rappelé Muriel Salle.
À l'époque réservé aux marginaux
Mais « Alexandre Lacassagne est un homme de son temps », a nuancé l'historienne. A l'époque, le tatouage est un « marqueur négatif », réservé aux « marginaux » et « criminels ».
Désormais, « le tatouage est une pratique ordinaire » et socialement acceptée. En 2017, 25 % des Français de moins de 30 ans étaient tatoués, selon la Société française de dermatologie.
Alors médecin militaire en Algérie, Alexandre Lacassagne décalquait les tatouages des soldats criminels, à même leur peau. Il transposait ensuite ses croquis sur des feuilles cartonnées. Au dos, celui qui fut également professeur à Lyon y inscrivait les informations des personnes tatouées, telles que leur nom, date de naissance et origine.
Ces croquis étaient ensuite classés en sept thèmes dont « emblèmes professionnels », « emblèmes érotiques » ou encore « emblèmes militaires », en fonction du dessin.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/mon-statut-de-medecin-rassure-les-clients-que-je-tatoue
Longtemps considérés comme perdus, ces carnets ont été remis, il y a près de trois ans, à l'Université Lyon 1. Plus de 200 heures de travaux de restauration, réalisés par la Bibliothèque nationale de France (BnF), ont été nécessaires pour conserver les ouvrages. Ils sont désormais consultables en ligne sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.
D'autres recueils de tatouages d'Alexandre Lacassagne restent cependant introuvables. Dans un article paru au XIXe siècle, le médecin légiste revendiquait plus de 2 000 tatouages décalqués.
Avec AFP
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