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71,3 Jours : Délai de paiement moyen des hôpitaux publics (plafond légal : 50 jours)
2,9 Milliards € : Déficit des hôpitaux publics en 2024 (rapport IGAS/IGF)
7,5 Milliards € : Dettes envers les fournisseurs en 2023 (contre 3,8 Milliards en 2015)
Des centaines d'entreprises de nettoyage, de sécurité, de restauration collective ou d'intérim travaillent aujourd'hui pour des hôpitaux qui ne les paient tout simplement plus dans les délais légaux. Certaines attendent huit mois, d'autres un an. Le Point révèle des cas concrets : un prestataire de nettoyage dans le Sud-Ouest se voit devoir 1,4 million d'euros ; un responsable de sécurité en Loire-Atlantique subit 6 à 9 mois de retard. Des TPE ont déjà mis la clé sous la porte. « Les hôpitaux paient d'abord les soins, puis leur propre personnel… Les sous-traitants, TPE et PME, leur servent de trésorerie et arrivent en dernier, » explique François Leroux, président de la FEP (Fédération des Entreprises de Propreté) dans Le Point.
Un délai légal de 50 jours largement ignoré et en aggravation rapide
Selon l'Observatoire des délais de paiement de la Banque de France, le délai moyen des hôpitaux publics est passé de 55 jours pendant le Covid à 63,4 jours l'an dernier, pour atteindre 71,3 jours fin 2025 — soit une hausse de 30 % en cinq ans. Les chiffres moyens masquent des situations bien plus graves sur le terrain : 250 à 300 jours, voire 12 à 18 mois dans certains cas documentés par la Fédération des Entreprises de Propreté.
L'État botte en touche, Bercy résiste
Face à l'urgence, les fédérations professionnelles ont écrit au ministère de la Santé en janvier, puis directement au Premier ministre en mars. Réponse de Matignon : quatre lignes renvoyant vers d'autres ministères. Le Point révèle que le cabinet de la ministre Rist aurait reconnu une situation de « quasi-faillite », tout en proposant un relèvement de l'Ondam de 880 millions d'euros, jugé très insuffisant par les professionnels, alors que le budget total des hôpitaux, déjà fixé à 109,5 milliards, est dépassé.
« L'objectif premier de Bercy est de freiner au maximum le déficit budgétaire. Il préfère donc ne pas décaisser les sommes dues. On préfère que des entreprises se cassent la figure et créer du chômage, plutôt qu'assumer une aggravation du déficit public, » commente le sénateur LR Olivier Rietmann, auteur d’une proposition de loi visant à renforcer les sanctions contre les retards de paiement publics, cité par Le Point.
Une « culture du non-paiement » et des effets concrets sur les conditions d'exercice
L’hebdomadaire décrit une dérive inquiétante : certains hôpitaux ont multiplié leurs équipes de contrôle dans l'unique but de trouver des fautes dans les prestations pour générer des pénalités et retarder ou annuler les paiements. Résultat pratique : des prestataires anticipent en gonflant leurs tarifs de 20 % pour absorber les retards, ce qui renchérit mécaniquement tout ce que l'hôpital achète. « Le kilo de sucre à l'hôpital est plus cher, d'ailleurs tout est plus cher. Quand vous êtes payé à neuf mois, vous augmentez vos prix. Cette mauvaise gestion finit par coûter une fortune à tous, » analyse Jean de Kervasdoué, économiste, ancien directeur des hôpitaux.
Des causes structurelles que personne ne veut vraiment affronter
La Fédération Hospitalière de France pointe un sous-financement chronique : l'inflation non compensée et les revalorisations salariales du Ségur non intégralement couvertes (1,7 milliard manquant). Mais le rapport IGAS/IGF documente aussi des défauts de gestion internes : absentéisme élevé, tarification opaque, évaluation des directeurs déconnectée des résultats financiers, prolifération des pôles administratifs sans amélioration réelle de la gestion.
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