Du CHU à Santéclair, itinéraire d’une médecin qui a voulu comprendre tout le système de santé de l’intérieur

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Après plus de vingt ans en CHU puis près de cinq ans dans le privé, le Dr Sylvie Sacher Huvelin a rejoint Santéclair comme directrice médicale et responsable du Lab Innovation. Face à la méfiance persistante d’une partie des médecins envers les complémentaires santé, les outils numériques ou la téléconsultation, elle défend une autre posture : ne pas rejeter par principe, mais évaluer, encadrer et peser dans l’organisation des parcours de soins.

Du CHU à Santéclair, itinéraire d’une médecin qui a voulu comprendre tout le système de santé de l’intérieur

What's up Doc : Vous êtes médecin gastro-entérologue. Vous avez exercé à l’hôpital, puis dans un groupe privé d’établissements de santé. Aujourd’hui, vous êtes directrice médicale de Santéclair. Comment résumer votre trajectoire ?

Dr Sylvie Sacher Huvelin : Comme beaucoup de médecins, j’ai commencé comme praticienne hospitalière dans un CHU, à partir de 1996. À la fin de mon clinicat, on m’a proposé de créer et structurer un centre d’investigation clinique, sous mandat conjoint de l’Inserm et du CHU.

Cette expérience m’a formée à la recherche clinique, à la méthodologie scientifique et à l’évaluation du niveau de preuve. Pendant vingt ans, je suis restée très investie dans ce champ, jusqu’à diriger un département de recherche clinique.

C’est là que j’ai appris à manager des projets, des équipes, des professionnels de santé, mais aussi à dialoguer avec une direction générale. J’ai compris que les décisions hospitalières, parfois perçues par les médecins comme déconnectées du terrain, répondent souvent à des contraintes complexes. Ce qui m’intéressait, c’était d’apporter un regard médical, de soignant et de patient, dans ces discussions stratégiques.

Pourquoi avoir quitté l’hôpital public ?

SSH. C’était un ras-le-bol. Pas de l’hôpital dans son ensemble, car je m’étais beaucoup épanouie dans mon parcours, mais d’un mode de management devenu moins concertant après l’épisode du COVID. 

Je voyais certains projets ne pas pouvoir aboutir pleinement parce que les parties prenantes, notamment les soignants, n’avaient pas été intégrées assez tôt. Je ne l’acceptais plus. Et puis un poste de direction médicale s’est ouvert dans un groupe privé d’établissements de santé. Les compétences attendues, stratégie, management, vision transversale, étaient celles que j’avais développées à la direction de la recherche.

Le périmètre changeait : je passais de la recherche clinique, au soin dans les domaines sanitaire et médico-social, notamment les Ehpad. Je m’éloignais aussi de la clinique, mais c’était assumé. Je ne me retrouvais plus dans des consultations où je n’avais plus le temps nécessaire avec chaque patient. En rejoignant le siège d’un groupe, j’avais le sentiment de pouvoir avoir davantage d’impact sur le soin en établissement.

« La prévention n'a de valeur que si elle produit un effet réel sur la santé globale »

Qu’avez-vous appris de ce passage du public au privé ?

SSH. Cette expérience a cassé des idées reçues. Quand j’étais à l’hôpital public, on parlait souvent du privé comme d’un secteur concurrentiel qui aurait plus de moyens. En réalité, j’ai découvert deux secteurs beaucoup plus complémentaires que concurrents.

Le fait d’être au comité exécutif m’a donné une lecture plus large du système de santé, de ses fragilités et de ses tensions : démographie médicale et paramédicale, vieillissement de la population, maladies chroniques, financement, délais d’accès aux soins…

Au début de mes études, on ne parlait pas de délais d’accès aux soins. Aujourd’hui, c’est devenu central, et cela nourrit une médecine à plusieurs vitesses.

Qu’est-ce qui vous a ensuite conduite chez Santéclair ?

SSH. Il me manquait une brique dans ma compréhension du système de santé : celle des complémentaires, des assurances santé et d’acteurs comme Santéclair.

J’avais vu le public, puis le privé, tous deux très contraints. Je me posais une question : comment investir dans la santé, notamment dans la prévention, si les acteurs du soin sont exsangues ? Dans le public comme dans le privé, j’entendais souvent dire : « les mutuelles ont de l’argent ». J’ai voulu aller au-delà de cette idée reçue.

Santéclair est un acteur à part entière, au service des complémentaires et donc des assurés. C’est un acteur qui a développé un parcours de prévention, avec des actions concrètes. La prévention en santé n’est pas seulement une intention. Cela m’a beaucoup plu.

Beaucoup de médecins voient encore les complémentaires comme de simples financeurs. Que leur répondez-vous ?

SSH. D’abord, j’ai découvert les moyens mis en place par Santéclair pour réduire le reste à charge. Lorsqu’un assuré reçoit un devis, des téléconseillers peuvent échanger avec lui, s’il le souhaite, et parfois renégocier ce reste à charge. Je ne m’imaginais pas qu’un acteur pouvait intervenir aussi directement auprès de l’assuré sur ce sujet.

Ensuite, il y a la prévention. En France, on en parle beaucoup, mais elle reste souvent parcellaire et difficile à mesurer. Or Santéclair a développé un contrat santé augmenté, global, pas seulement centré sur les soins. Il propose un parcours personnalisé autour de l’activité physique, de la nutrition, du sommeil, de la santé mentale ou encore de la réduction du tabac.

Le rôle du Lab Innovation est de sélectionner les partenaires les plus pertinents, avec un benchmark des outils. L’enjeu n’est pas seulement de mettre des outils à disposition, mais de mesurer leur impact. La prévention n’a de valeur que si elle produit un effet réel sur la santé globale.

« L'innovation demande de la rigueur parce qu'on ne peut pas tester tout et n'importe quoi »

Quel est votre rôle concret comme directrice médicale ?

SSH. J’apporte d’abord une valence scientifique et éthique. Mon parcours en recherche clinique m’a appris l’importance des méthodes rigoureuses d’évaluation. Cela sert à choisir les bons partenaires, à faire évoluer les parcours, à tester les offres et à mesurer, au minimum, l’impact recherché. Nous ne devons pas proposer des services qui ne seraient pas utiles médicalement. Il faut respecter le consentement, le besoin, la confidentialité et la sécurité des données.

Enfin, j’apporte une vision médicale du terrain : celle du soignant, du patient et de plus en plus de l’aidant. Ce regard ne remplace pas les retours directs des assurés ou des patients, mais il enrichit les décisions. Il est par ailleurs complémentaire au regard financier qui doit aussi être pris en compte, l’analyse globale permettant seule de faire des choix stratégiques adaptés aux besoins réels.

Les médecins sont souvent méfiants à l’égard des outils numériques ou de IA. Comment distinguer un outil utile d’un gadget ?

SSH. La crainte que certains outils remplacent le médecin ou déshumanisent la relation peut être fondée. La réponse, c’est la méthode : définir ce que l’on cherche, impliquer les professionnels concernés dès le départ, tester, partager les résultats et connaître les limites de l’outil.

Nous ne regardons pas le marché en nous disant : « une nouvelle start-up, c’est formidable, on va la tester ». Nous nous demandons si l’outil a du sens pour les bénéficiaires de Santéclair, s’il s’intègre dans un parcours existant, s’il répond à un manque, et s’il apporte une réponse utile aux assurés.

Un outil peut être bon, mais ne pas correspondre à ce que nous cherchons. Dans ce cas, nous disons non. L’innovation demande de la rigueur, parce qu’on ne peut pas tester tout et n’importe quoi.

« J'ai changé d'avis sur un outil de type Symptom Checker, qui permet, à partir de symptômes, non pas de poser un diagnostic, mais de proposer une orientation »

Vous avez changé d’avis sur certains outils ?

SSH. Oui, notamment sur un outil de type Symptom Checker, qui permet, à partir de symptômes, non pas de poser un diagnostic, mais de proposer une orientation. Les mots sont importants.

Au départ, je n’aurais peut-être pas été convaincue. Mais il faut partir du réel : les patients vont déjà sur Google ou ChatGPT avec leurs symptômes. Ces outils ne sont pas spécialisés médicalement. Là, l’algorithme a été construit avec des professionnels et des experts, pour orienter : appeler le 15, aller aux urgences, consulter son médecin traitant ou être rassuré.

L’outil peut être imparfait, mais il est plus rassurant qu’un outil non médical. Ce qui compte, ce sont les garde-fous : quand faut-il passer la main ? Quand faut-il alerter ? Quand faut-il orienter vers un médecin ? 

Quels résultats visez-vous avec les services proposés par Santéclair ?

SSH. Cela dépend des services : accès plus rapide aux soins, meilleure orientation, réduction du reste à charge, accompagnement en prévention…

La téléconsultation en est un bon exemple. Avant le Covid, elle était souvent vue comme déshumanisante. Le Covid a obligé à l’utiliser, puis a montré qu’elle pouvait avoir une place, avec des limites bien définies. Dans certaines régions, c’est parfois la seule manière d’obtenir un avis médical. Il vaut mieux une téléconsultation bien faite que pas d’avis du tout.

Nous raisonnons toujours en parcours complet. Prévenir ou dépister sans pouvoir ensuite orienter vers un professionnel, ce n’est pas de la prévention : c’est de l’anxiété supplémentaire. Il faut donc penser l’accès au service, sa personnalisation, la sécurité des données, le respect du RGPD, et l’évaluation régulière des résultats avec les partenaires.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/sante-mentale-le-numerique-en-renfort-pas-en-remplacement

Quel message voulez-vous adresser aux médecins à travers votre parcours ?

SSH. Il ne faut pas avoir peur de saisir les opportunités et, à certains moments de sa carrière, de changer d’exercice pour l’enrichir. Je fais partie d’une génération où l’on choisissait souvent le public ou le privé pour toute une carrière. Je crois que cela est terminé, encore plus pour les jeunes médecins.

Les médecins ne sont pas seulement des médecins au sens étroit du terme. Ils ont une expertise clinique qu’ils gardent pour la vie, mais cette expertise peut servir dans beaucoup d’autres cadres : stratégie, management, innovation, prévention, santé publique.

Pour moi, le plus important est de dépasser les croyances limitantes entre acteurs du système de santé. Chacun a sa responsabilité, chacun a son rôle, et nous n’avons plus le temps de rester enfermés dans des oppositions qui empêchent d’avancer.

Contrat santé augmenté : de quoi parle-t-on ?

Derrière cette formule, une idée simple : une complémentaire santé ne se limite plus au remboursement. Elle peut aussi proposer des services d’orientation, de prévention et d’accompagnement, inclus dans le contrat, pour aider les assurés à mieux recourir au système de soins.

Ce que les patients attendent

72% des Français estiment compliqués de trouver un médecin traitant

81% des Français jugent difficile d’obtenir un rendez-vous avec un spécialiste

91 % jugent important d’être conseillés et accompagnés en cas d’hospitalisation.

91 % veulent pouvoir localiser les professionnels de santé les plus proches.

89 % jugent important de bénéficier du tiers payant.

89 % attendent une analyse de devis pour estimer leur reste à charge.

85 % jugent important de pouvoir accéder à un deuxième avis médical expert en cas de décision de santé importante.

Le paradoxe

Ces services sont attendus, mais souvent peu connus. Selon l’étude, une majorité d’assurés ne sait pas si sa complémentaire propose certains dispositifs : deuxième avis médical, orientation diagnostique en ligne, coaching santé, prévention ou accès à des innovations médicales.

- Une interview réalisée en partenariat avec Santéclair
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