« Je n’étais pas la plus brillante, j’étais plus de 5 000 au ECN, mais j’ai eu du culot et je m’en remercie »
La vocation de Fanny Larcher est née après la mort d’une camarade de centre aéré, atteinte de la maladie des os de verre, à 6 ans. « J’ai demandé à ma mère comment faire pour que les enfants comme elle ne meurent pas. Elle m’a répondu qu’il fallait devenir médecin », se souvient-elle.
À l’adolescence, elle hésite un temps à devenir éboueuse mais ses bonnes notes la poussent finalement à entamer des études de médecine. « C’était très difficile parce que je n’étais pas quelqu’un de bosseur. Je n’ai jamais pu retravailler autant que pendant mes deux premières années », explique-t-elle.
Bordel organisé et culot
Dès ses premiers pas à l’hôpital, « au chevet des malades », puis lors d’une garde au service de urgences pour remplacer un externe malade, elle sait qu’elle a trouvé sa voie. « J’ai adoré le bordel organisé des urgences, le fait qu’il fallait faire un tri, tout examiner et ne rien rater d’important », affirme-t-elle.
Si Fanny Larcher se décrit comme une étudiante « toujours motivée à faire des choses et souvent la fête », elle parvient tout de même à décrocher son internat d’urgentiste au demandé CHU de Rennes, d’où elle est originaire.
« Concordia est la mission la plus analogue à une mission sur Mars. »
Quelques années plus tard, elle exerce même en Antarctique pendant près d’un an. « Je n’étais pas la plus brillante, j’étais plus de 5 000 au ECN, mais j’ai eu du culot et je m’en remercie », affirme-t-elle. Du culot quand elle postule à 32 ans, après trois ans d’exercice, pour passer 9 mois isolée de tous sur la base scientifique Concordia, en Antarctique. « C’est est la mission la plus analogue à une mission sur Mars puisqu’on est réellement isolé. La seule différence c’est la gravité et l’accès à Internet », explique-t-elle.
Soigner en vase clos
Sur cette base, composée de deux tours, elle s’occupe de la santé des scientifiques et des équipes techniques. Les motifs principaux de consultation sont de la traumatologie, de la dermatologie, du dentaire, de la psychologie mais surtout beaucoup de prévention, « parce que guérir à Concordia, c'est compliqué », explique Fanny Larcher.
« Je suis assez pessimiste sur l’évolution du système de santé public français, qui est pourtant un super modèle. »
Elle n’en revient toujours pas d’avoir été choisie pour cette mission, à la place d’un « mec de 50 ans qui a grave roulé sa bosse ». « C'est bien que ce ne soit pas justement une histoire d'être absolument dans l'excellence », salue celle qui se décrit comme « une personne ordinaire qui s’est retrouvée à faire quelque chose d’ordinaire ».
Plaisirs simples et restaurant en Antarctique
Cette expérience de plusieurs mois en Antarctique a profondément changé Fanny Larcher, qui ne travaille plus qu’à 60% depuis son retour : « se poser là-bas, c’est presque une retraite spirituelle, religieuse ». Elle a tiré de cette retraite un enseignement qui « peut paraitre bateau ».
« On court toujours après des choses compliquées, chères, difficiles à obtenir alors qu’en fait les choses simples sont celles qui nous font le plus plaisir », affirme la médecin. Parmi lesquelles, rentrer le soir auprès de celui qu’on aime, faire le marché, cuisiner, boire une bière au soleil en sortant du travail, caresser un chat ou encore sentir l’odeur de l’herbe fraiche.
Le sourire de Fanny Larcher disparait quand elle aborde l’avenir de l’hôpital public. « Je suis assez pessimiste sur l’évolution du système de santé public français. Un jour peut-être que ça deviendra politiquement, physiquement ou émotionnellement trop difficile d'être urgentiste à l'hôpital public », confie-t-elle.
Si ce jour vient, elle cessera toute pratique de la médecine. Alors, elle s'imagine ouvrir un restaurant, car cela « ressemble un peu à des urgences ». « Pourquoi ne pas l’installer en Antarctique ? », plaisante-t-elle avant de se raviser : « j’espère que cela restera une terre scientifique et vierge de toute prise de territoire ou d'argent ».