Dr Adrien Serey : « MedCopilot redonne de la lisibilité aux médecins et remet de l’ordre dans les dossiers médicaux complexes »

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Face à des dossiers médicaux toujours plus épais, MedCopilot veut offrir aux soignants autre chose qu’un énième chatbot : un outil IA capable de synthétiser, sourcer et structurer les informations utiles à la prise en charge. Présentation avec son fondateur, le Dr Adrien Serey. 

 

Dr Adrien Serey : « MedCopilot redonne de la lisibilité aux médecins et remet de l’ordre dans les dossiers médicaux complexes »

Dr Antoine Serey, fondateur de MedCopilot et la page d'accueil de l'outil © DR

Médecin généraliste de formation et titulaire d’un DESC de soins palliatifs, Adrien Serey s’est rapidement tourné vers la coordination de parcours complexes, notamment en Ehpad et HAD. De cette expérience est née MedCopilot, une solution d’IA qu’il a cofondée il y a trois ans, pour aider les soignants à retrouver de la lisibilité dans des dossiers médicaux souvent saturés d’informations.

 

What’s up Doc : Qu’est-ce que MedCopilot ? 

Adrien Serey : C’est une solution d'intelligence artificielle médicale dont le but est d’apporter aux soignants de la lisibilité, de la clarification et de l'aide au raisonnement clinique sur des dossiers complexes, afin de les aider à structurer le parcours de santé du patient.
Mon constat est simple : nous naviguons depuis des années dans une masse documentaire chaotique, une sorte de boulimie d’informations. En santé, le problème actuel n'est pas le manque d'informations, mais la surabondance de données (examens biologiques, comptes-rendus, transmissions d'infirmiers, d'aides-soignants ou de psychologues). On perd en lisibilité. De plus, les logiciels actuels, les Dossiers de Soins Informatisés (DSI), ont souvent 20, 30 ou 40 ans. Ils fonctionnent un peu comme des « Minitels » et n'intègrent pas d'IA nativement. Ils sont très bien installés dans les hôpitaux et font un travail indispensable d'archivage et de prescription, mais ils n'offrent aucune lisibilité moderne.
MedCopilot se veut un environnement complémentaire au DSI. Le soignant peut y importer toutes les données de santé qu'il souhaite de manière sécurisée, pour ensuite naviguer dans un flux de travail ergonomique et optimisé pour la santé, afin de sécuriser sa prise de décision.

 

« En un clic, l'IA parcourt le dossier médical, extrait les éléments pertinents et vient structurer l'évaluation clinique, sans jamais rien inventer »

 

Concrètement, que produit l'outil ? Des résumés, des synthèses ? Et sous quelle forme ?

AS. : Nous vendons du gain de temps, et de la lisibilité, grâce à la capacité de synthèse documentaire de l’outil. Nous avons paramétré une cinquantaine de trames de synthèses différentes selon les besoins du soignant : synthèse globale ; observation initiale à l'admission ; compte-rendu de fin de prise en charge ; courrier d'adressage à un confrère ; ou encore analyses spécifiques par symptômes (évaluation de la douleur, constipation, fièvre, diarrhée, chutes, etc.). En un clic, l'IA parcourt le dossier médical, extrait les éléments pertinents et vient structurer et donner forme à l'évaluation clinique, sans jamais rien inventer.
Nous avons également développé un système de sourcing sur-mesure. À la fin de chaque ligne générée par l'IA, un petit bouton permet de revoir la source exacte dans le dossier initial, ce qui facilite grandement la vérification et la relecture pour l’utilisateur. 

 

L’outil comprend-il également un agent conversationnel ?

AS. : Oui, il y a un chat intégré. Pour l'instant, il est strictement limité au dossier du patient ouvert. On peut lui poser des questions directes : « Quel est le traitement principal ? », « Rappelle-moi son numéro de téléphone » ou « Quel est le traitement pour la douleur ? », et l'IA va chercher la réponse uniquement dans les documents importés. Pour l’instant, nous ne l'avons pas ouvert en conversation « débridée » car nous privilégions la pertinence et la sécurité. D’ailleurs, nous sommes en cours de signature d'un partenariat avec le Groupe Vidal. L’idée, c’est que nos utilisateurs puissent poser des questions directement liées aux recommandations officielles du Vidal : indications, posologies, contre-indications ou interactions médicamenteuses, le tout de manière parfaitement ciblée et sécurisée.

 

Quelles sont les grandes différences avec des outils comme Doctolib, MedGPT, PulseLife ou Heidi ?

AS. : Déjà, MedCopilot est un véritable coffre-fort numérique, hébergé sur un cloud français certifié HDS (Hébergeur de Données de Santé) et totalement conforme au RGPD. C'est ce qui nous distingue des outils grand public comme ChatGPT, Claude ou Gemini, qui sont des IA généralistes et horizontales, absolument pas conçues pour le soin ni sécurisées pour les données de santé.
Ensuite, il faut distinguer les outils d’IA santé car leur utilité diffère beaucoup. MedGPT et PulseLife, par exemples, sont essentiellement des chatbots conversationnels basés sur de la réponse théorique. C'est parfait pour obtenir des réponses théoriques sur une pathologie, mais ils ne sont pas intégrés dans un flux de travail clinique lié à un patient. 
Quant aux IA « d'écoute » (Nabla, Doctolib, Tandem), ce sont des outils formidables qui enregistrent la conversation entre le médecin et le patient pour en faire une retranscription automatique à copier-coller. Ils sont sur un marché d'écoute pure.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/les-medecins-ne-devraient-plus-aller-sur-google-ou-chatgpt-medgpt-est-la-fiable-et

En revanche, nous nous situons sur le même marché que Heidi : celui des « cockpits cliniques multi-agents et multimodaux ». Comme Heidi, MedCopilot ne fait pas que du chat ou de l'écoute ; il intègre l'écoute, la vision de documents, l'extraction de courbes d'évolution (suivi du poids, de l'anémie, du syndrome infectieux) et la production de synthèses dans un flux de travail complet. Mais nous avons des différences majeures. Déjà, la souveraineté : Heidi est australien, nos serveurs et nos clouds sont 100 % français, sécurisés et souverains. Ensuite, l’ergonomie : nous apportons un soin particulier au design et à l'esthétique de l'interface pour qu'elle soit fluide et agréable pour le soignant, là où Heidi reste très académique et moins soigné. Enfin, l’approche du marché : Heidi a d’abord tout misé sur le marché de la médecine libérale et commence tout juste à aller vers l'hôpital et la complexité. Nous avons fait le chemin inverse : nous avons commencé par la complexité (HAD, Ehpad, soins palliatifs, oncologie, gériatrie) car c'est notre cœur de métier, et nous commençons à nous ouvrir également au marché libéral, en intégrant une brique audio. 

 

« On peut aussi générer un résultat anonymisé si on souhaite l'utiliser sur une autre IA généraliste sans s'inquiéter de la question des données » 

 

Concrètement, comment se sert-on de MedCopilot ?

AS. : L’outil s'utilise de manière très simple en parallèle du Dossier de Soins Informatisé, via une extension de navigateur. Lorsque le médecin navigue sur le dossier de son patient dans son logiciel habituel, il lui suffit d'ouvrir l'extension MedCopilot, qui s'affiche dans un volet latéral à droite. Pour importer les données, plusieurs options ultra-optimisées s'offrent à lui : le mode capture rapide de texte ou d’image, le glisser-déposer de PDF ou la dictée vocale. 
Une fois les données importées, l'IA génère en quelques secondes une synthèse de documents, une observation médicale structurée ou une évaluation des symptômes. L'utilisateur peut modifier le texte manuellement, demander à l'IA de le reformuler, de le vulgariser pour le patient ou d'en faire une lettre d'adressage. Autre fonctionnalité : un bouton permet également de copier le résultat en version anonymisée (conforme aux règles de la HAS et du RGPD) si le médecin souhaite l'utiliser sur une autre IA généraliste sans prendre de risques réglementaires. Enfin, le document peut être copié en un clic pour être réintégré dans le DSI de l'établissement.

 

« L'abonnement à 59 € par mois et par utilisateur. On vise principalement les structures mais il y a aussi des utilisateurs individuels »

 

Vous proposez également une version portable du MedCopilot. 

AS. : Tout à fait. Nous avons également développé une application mobile sur le même principe que la version bureau, afin de permettre aux soignants d’avoir le suivi de leurs patients directement dans la poche. L’objectif n’est pas d’embarquer avec soi l’intégralité d’un dossier médical lourd, mais d’avoir une « photographie clinique » synthétique, à jour et à portée de main avant la consultation. C’est particulièrement pratique pour les équipes mobiles hospitalières. L’appli sera disponible sur Android dans les toutes prochaines heures et la version IOS est attendue pour fin juillet. 

Qu'en est-il de la responsabilité juridique en cas d'erreur de l'IA ?

AS. : Nos conditions générales d'utilisation sont très claires, et c'est le cas pour tous nos concurrents : la responsabilité finale engage toujours l'humain. Nous fournissons un outil d'aide, mais c'est au soignant de relire, de valider et de vérifier les informations. C'est tout l'intérêt de notre système de sourcing qui prémâche le travail de relecture et limite grandement les risques d'hallucination de l'IA. L'évaluation finale reste l'apanage du professionnel de santé en bout de chaîne.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/un-interne-lance-lappli-de-prevention-hippocrate-soit-jarretais-la-medecine-soit-je-la

En termes de tarifs, les médecins peuvent-ils s’offrir MedCopilot ? 

AS. : Nous proposons un abonnement à 59 € par mois et par utilisateur. Notre cible principale étant les structures (Ehpad, HAD, SMR, hôpitaux), ce sont généralement les directions d'établissements qui achètent des packages d'une dizaine ou d'une vingtaine de licences pour leurs médecins ou infirmiers salariés après validation par leur responsable informatique, DPO et direction médicale. Mais nous avons également des médecins utilisateurs qui ont pris des licences individuelles. 

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