© iStock / Florent Jendrzejewski
What’s up Doc : Pourquoi passer du métier de sage-femme à celui de médecin ?
Florent Jendrzejewski : Quand on est sage-femme, on accompagne des situations physiologiques. Quand les accouchements se passent bien, la sage-femme peut agir. Mais quand la situation devient pathologique, il faut faire appel aux gynécologues.
J’avais ce sentiment d’un manque de complétude dans mon action. J’avais envie de travailler davantage dans la pathologie, d’approfondir ce versant de la prise en charge. C’est cela qui m’a poussé à reprendre des études de médecine grâce à une passerelle directe vers la troisième année.
Vous n’avez pas eu peur de repartir dans des études longues ?
F.J. : Quand on aime, on ne compte pas. Et on n’a qu’une vie. Je pense qu’il faut être à la hauteur de ses ambitions, pour ne pas avoir de regrets ensuite. Pour moi, c’était presque une évidence.
Bien sûr que c’était dur. On passe d’un statut de salarié ou de libéral à celui d’étudiant, et cela remet beaucoup de choses en question. Mais l’envie était là, et la volonté aussi.
« Le médecin généraliste a accès à toutes les pathologies : neurologie, cardiologie, pneumologie, gastro-entérologie… C’est très vaste. Intellectuellement, cela m’attirait davantage. »
Avec votre passé de sage-femme, pourquoi ne pas avoir choisi la gynécologie ?
F.J. : La médecine générale me permettait d’avoir une prise en charge à la fois physiologique et pathologique, comme je le souhaitais.
Elle me permettait aussi de toucher à tous les âges de la vie : la pédiatrie, l’enfant, l’adulte, les personnes âgées. Et aussi de faire de la consultation comme de la visite à domicile. Si j’avais fait de la gynécologie ou de l’obstétrique, cela aurait été très hospitalo-centré.
Le médecin généraliste a accès à toutes les pathologies : neurologie, cardiologie, pneumologie, gastro-entérologie… C’est très vaste. Intellectuellement, cela m’attirait davantage.
Et en médecine générale, on peut aussi ajouter des diplômes universitaires, continuer à enrichir son savoir.
Qu’est-ce qui vous a poussé à fonder SOS Médecins Beauvais ?
F.J. : J’ai travaillé comme médecin généraliste remplaçant à Beauvais. J’ai découvert une ville attractive. En parallèle, je faisais aussi des remplacements à SOS Médecins Amiens.
J’ai vu la pertinence de ce mode d’exercice, qui mêle médecine générale, médecine d’urgence, travail de jour comme de nuit, médecine intellectuelle et médecine d’action.
J’ai rencontré la mairie, les institutions, et l’idée a fait son chemin. Ensuite, il a fallu apprendre. En médecine, on n’est pas formé à la gestion ni à la création d’entreprise. Il y a donc eu beaucoup de lectures, de contacts, de dossiers administratifs à réaliser.
Il a aussi fallu recruter une équipe, par le bouche-à-oreille, avec des amis et des connaissances. Quatre ans après, cela fonctionne très bien.
Pourquoi vous êtes-vous lancé sur les réseaux sociaux ?
F.J. : C’est une réflexion née pendant la période du Covid. Je voyais beaucoup de personnes s’autoproclamer experts en santé qui prenaient la parole sur internet ou dans les médias.
J’ai trouvé qu’il y avait une désacralisation de la parole médicale. Cela a entraîné, selon moi, une perte de repères pour le grand public. On ne savait plus où était la vérité scientifique.
J’ai aussi senti que les patients voulaient comprendre, ne plus seulement obéir au médecin. On est passé d’un modèle paternaliste, très vertical, à un modèle partenarial. Avant, c’était : « Je sais, vous ne savez pas. » Aujourd’hui, c’est plutôt : « Vous avez des informations, et je vais vous aider à les comprendre pour décider de votre santé. »
Sur les réseaux sociaux, sous le nom de @Docteur Florent, mon objectif n’est pas de simplifier la médecine, mais de la rendre compréhensible.
Je pars systématiquement de recommandations médicales, de données scientifiques ou de référentiels. Ensuite, je construis un contenu pédagogique adapté au grand public, avec les mots que les patients utilisent en consultation.
Les vidéos permettent-elles de diffuser plus largement un message de prévention ?
F.J. : Pour une vidéo de quatre ou cinq minutes, cela peut représenter cinq à sept heures de travail. À travers les podcasts et les vidéos, je vois que le lien avec le patient ne se limite plus à la consultation. Il devient continu.
Les gens ne viennent plus seulement chercher une réponse, ils viennent chercher une compréhension. Ces outils permettent de recréer du lien dans un moment où l’on manque de médecins. Ils ne remplacent en aucun cas la relation médecin-patient, mais ils peuvent préparer la consultation, l’humaniser et la prolonger.
Quand un patient me dit : « Docteur, je vous ai écouté avant de venir », cela change la consultation. Il n’arrive plus dans la même angoisse. Cela crée une forme de proximité anticipée.
« Les gens ne viennent plus seulement chercher une réponse, ils viennent chercher une compréhension. »
Avec votre exercice médical à côté, ce n’est pas trop prenant ?
F.J. : On met le temps là où l’on veut le prendre.
Je fais souvent le parallèle avec l’activité physique. Quand je parle de sport aux patients, je leur dis que c’est un excellent médicament, que cela peut prolonger la vie. Certains me répondent : « Je n’ai pas le temps de faire du sport. » Je leur dis : « Vous ne prenez pas le temps de faire une heure de sport dans votre semaine. Ce n’est pas tout à fait la même chose. »
On choisit toujours où l’on met son temps. Certes, j’ai une activité de médecin praticien. J’ai aussi une activité de président de SOS Médecins Beauvais. Youtube est un choix personnel de diffuser une parole, une connaissance, au plus grand nombre et de manière gratuite.
Quels sujets fonctionnent le mieux auprès des patients ?
F.J. : Une vidéo qui a très bien marché portait sur les angines, parce qu’il y a toujours beaucoup de questions autour du mal de gorge. C’est aussi une pathologie courante.
Les vidéos pédiatriques fonctionnent aussi très bien, car on s’inquiète souvent plus pour ses enfants que pour soi-même.
J’ai aussi fait une vidéo sur les violences faites aux soignants, qui a très bien marché, avec environ 30 000 vues. Cela montre que les gens sont concernés et s’intéressent au sujet.
Mais le but, encore une fois, c’est de donner une information rigoureuse et surtout compréhensible. Nous vivons dans un monde saturé d’informations. Le rôle du médecin n’est plus seulement de savoir, mais d’être compréhensible.
Les réseaux sociaux peuvent être un bon outil de communication s’ils sont bien maniés. C’est aussi un acte de soin. Notre compétence de docteur crée une légitimité, mais c’est ce que nous disons qui crée la confiance et l’observance du traitement.
Quel regard porte vos confrères et consœurs sur la création de contenu ?
F.J. : J’ai présenté mon travail il y a trois semaines au Conseil national de l’Ordre des médecins. Ils étaient friands de comprendre ma vision et la portée de mon travail.
Je n’aime pas le terme d’influenceur. Je ne veux pas influencer. Je veux donner de la connaissance et de l’information.
Nous avons signé une charte des médecins créateurs de contenu, avec des choses à faire et des choses à ne pas faire. Cela canalise les vidéos de manière déontologique et éthique, et c’est une bonne chose.
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