De Paris à Guingamp, les hôpitaux se ruent sur les médecins généralistes

L’ARS Île-de-France vient de lancer un appel à candidatures pour recruter 60 généralistes dans la région. D’autres initiatives originales fleurissent sur le plan local pour pallier la désertification médicale.

Ce n'est pas à vous qu'on va la faire. C’est l’une des mesures phare de la stratégie "Ma santé 2022" pour renforcer l'offre dans les territoires dites "sous-denses" : recruter 400 médecins généralistes à l'échelle nationale, dont la moitié en exercice partagé ville-hôpital. Et cela n’a jamais semblé aussi concret depuis l'appel à candidatures de l'ARS Île-de-France.
 
Cette mesure se compose de deux volets distincts et complémentaires : le premier a vocation à déployer 200 postes de médecins généralistes à exercice partagé entre l’hôpital et la ville ; le second 200 postes de médecins généralistes salariés.

Le premier volet s’adresse aux jeunes médecins qui seront accueillis sur des postes mixtes combinant un exercice hospitalier à temps partiel et un exercice ambulatoire (en libéral ou en salariat), durant deux années consécutives et continues du 1er novembre 2019 au 31 octobre 2021.

Le second vise à soutenir la création de postes de médecins généralistes salariés en apportant notamment à leurs employeurs potentiels une garantie financière pendant les deux premières années, période qui correspond au temps de constitution de la patientèle.

Recrutement de 60 généralistes en Île-de-France

C’est dans ce cadre que l’ARS Île-de-France vient de lancer un appel à candidatures pour permettre le recrutement de plus de 60 médecins généralistes et "ainsi poursuivre le renforcement de l’accès aux soins des Franciliens", selon APMnews.
 
Les territoires concernés sont les zones d’intervention prioritaire, les zones d’action complémentaire et les quartiers prioritaires de la politique de la ville, précise l'ARS Île-de-France. Ils correspondent au zonage démographique des médecins publié le 7 mars 2018.
 
Les candidatures devront être déposées au plus tard le vendredi 19 avril. Le jury de sélection se réunira le mardi 21 mai. Les prises de poste s’effectueront le 1er novembre (pour les postes financés au titre des postes à temps partagé).
 
D’autres régions n’ont pas attendu les mesures du gouvernement (recrutement 400 postes de généralistes) pour faire face à la pénurie de médecins. A l’image du territoire de Guingamp-Paimpol Agglomération (GPA), placé en zone prioritaire par l’Agence régionale de santé dans les Côtes-d'Armor.
 

25 départs en retraite dans trois à quatre ans

 
Pour faire face à un manque cruel de professionnels de santé (en particulier des généralistes) et au départ à la retraite de 25 praticiens libéraux dans trois à quatre ans, la collectivité territoriale et l’hôpital de Guingamp ont tissé un partenariat innovant à l’origine du futur Centre de santé de l’Armor et de l’Argoat (ouverture le 26 avril), raconte Le Télégramme.
 
« Quand on regarde la cartographie médicale des Côtes-d'Armor, on se rend compte que la densité médicale (nombre de professionnels de santé au nombre d’habitants, ndlr) est inférieure à la moyenne régionale. En particulier dans notre zone prioritaire où il y a moins de médecins que sur le littoral, a confié à What’s up Doc Serge Jahan, le coordinateur du futur Centre de santé de l’Armor et de l’Argoat. Les libéraux du territoire ont augmenté leur activité de 20 à 30 % pour répondre à la demande, mais cela ne suffit pas… Donc , soit on assiste à la désertification médicale de façon passive, soit on prend des initiatives pour trouver des solutions afin de répondre à la pénurie médicale. »
 

Recrutement de deux généralistes salariés

 
Originalité du projet ? Les deux médecins généralistes sont salariés par l’hôpital de Guingamp et s’inscrivent dans un exercice partagé (50 % à l’hôpital, 50 % dans le futur centre de santé). Il s’agit donc d’une offre complémentaire avec la médecine libérale, qui exerce en cabinet ou en maison médicale.

L’objectif est également que ces deux personnes soient « déchargées de tout le travail administratif et des prises de rendez-vous. Elles se recentrent sur leur métier, avec l’avantage de la proximité du plateau technique de l’hôpital », a indiqué au Télégramme Claudine Guillou, vice-présidente de GPA en charge des solidarités sociale et territoriale.

À terme, ces recrutements devraient également permettre de désengorger les urgences de l’hôpital, selon Serge Jahan : « Beaucoup de patients qui ne devraient pas relever des urgences viennent à l’hôpital car ils n’ont plus de médecins traitants, notamment en raison de départs à la retraite non remplacés. Grâce à l’ouverture du centre de santé, on pourra ouvrir sur une amplitude plus large : de 8h à 20h en semaine et le samedi matin. Cela devrait donc désengorger les urgences. »

L’ambition du centre de santé va même au-delà de ces recrutements, puisque celui-ci aura besoin à terme de quatre médecins supplémentaires, soit quatre équivalents temps plein tous les jours. Les besoins sont tellement importants que Serge Jahan n’hésite pas à faire de la publicité pour sa chère et tendre et tellement belle région : « Guingamp, c’est juste à côté de la mer. Les médecins qui nous rejoindront auront la chance de travailler dans un cadre sympathique. »

Céder son cabinet gratuitement

Mais comment fait-on quand le cadre n‘est pas aussi « sympathique » que les Côtes-d'Armor ? Là encore, des solutions existent. À l’image de l’hôpital de Chaumont-en-Vexin (Oise) qui a mis en place des consultations de sages-femmes et de médecins généralistes pour pallier la désertification médicale, racontent nos confrères de France 3 Région.

Dans cette région, bon nombre d’hôpitaux de proximité ont fermé tandis que des médecins partis à la retraite ne sont pas remplacés. Le Dr Jaafar Abdul Hassan a donc décidé de consulter six jours sur sept, pour désengorger les urgences voisines. 

Quant au Dr Michèle Goursaud qui est installée à la Ferté-Milon, elle a choisi de céder son cabinet... gratuitement. "On est à la campagne mais personne ne se rend compte du bonheur que c'est", explique cette dernière qui laisse derrière elle pas moins de 1 800 patients.
 

Portrait de Julien Moschetti

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