Dans le Jura, l’hôpital public meurt lentement

Situé dans le Jura, le Centre Hospitalier de Saint-Claude a connu la fermeture de ses services de maternité, de pédiatrie et de chirurgie. Le symbole de « la mort programmée de l’hôpital public », selon un reportage de Mediapart.

Il n'y aura « plus de fermeture d'hôpitaux sans l'accord des maires. Ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de réorganisation, elles sont parfois indispensables. Ça veut dire qu'il n'y aura plus de disparition, comme on l'a trop vécu », déclarait Emmanuel Macron le 25 avril dernier.
 
Le président de la République jouait sur les mots puisque des services hospitaliers continuent et continueront à disparaître. À l’image du Centre Hospitalier Louis Jaillon de Saint-Claude (Jura Sud), qui vient de faire l’objet d’un reportage de Mediapart. Un hôpital qui serait le symbole de « la mort programmée de l’hôpital public », selon l’article.
 
Au cœur du sujet, le projet de loi santé d’Agnès Buzyn qui prévoit la création de 500 à 600 hôpitaux de proximité qui seront « réduits à quelques services de médecine générale, de soins de suite et de rééducation, surtout pour les personnes âgées, parfois un service d’urgence ». S’il en existe 243 sur ce modèle, un nombre équivalent d’établissements devrait « à l’avenir, perdre leur maternité ou leur chirurgie, et se voir déclassés en hôpitaux de proximité », explique Mediapart.
 
C’est justement ce qui est en train de se produire pour le deuxième hôpital de la région (Saint-Claude). Malgré les protestations du maire et des habitants de la ville, les services de maternité, de pédiatrie et de chirurgie de l’hôpital ont fermé. Une réorganisation justifiée notamment par des problèmes de sécurité.

Accouchements à l’extérieur

Mais cette réorganisation n’est sans risques pour les patients de la région. Depuis sa fermeture en avril 2018, deux mères n'ont pas eu le temps de se rendre à Lons-le-Saunier : elles ont accouché aux urgences ou dans le camion du service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR).
 
En février dernier, une femme a « accouché moins de dix minutes après son admission à l’hôpital. La tête du bébé était déjà au niveau de la vulve, dans la descente vers Lons-le-Saunier. Son mari a grillé tous les feux, sinon elle accouchait dans la voiture », raconte le médecin généraliste Bruno Lecoq.
 
Mediapart rappelle également que le risque d’accoucher à l’extérieur (à domicile ou sur la route) triple à partir de 45 kilomètres de distance. Or, Saint-Claude est situé à 58 kilomètres de Lons-le-Saunier (préfecture du Jura), soit à environ une heure de route, sachant que le chemin est particulièrement tortueux.

Les médecins quittent le navire

Si, pour le moment une partie des services ont été sauvegardés (chirurgie ambulatoire, ophtalmologie, gynécologie, orthopédie et chirurgie viscérale…), cela n’a pas empêché un grand nombre de médecins de quitter le navire. Si bien que Saint-Claude n’a plus que cinq médecins, et bientôt trois…
 
« Face à nos patients, nous sommes de plus en plus seuls, et débordés. Je travaille cinq jours par semaine, de 8 à 22 heures, je vois 35 à 40 patients par jour. Je vis dans une région géniale, mais je n’ai réussi à faire que huit sorties de ski cet hiver. Notre cardiologue libéral a fait un burn-out. Comment convaincre de jeunes médecins de s’installer dans ces conditions ? », a confié Bruno Lecoq a Mediapart.
 
« Est-ce qu’ils cherchent à dégrader l’hôpital public, pour qu’au final la population excédée accepte de changer de système ? La question se pose », s’interroge Yves Duffait, le médecin responsable des urgences de Lons-le-Saunier.
 
Depuis quatre mois, il mène un combat acharné face à l’ARS qui voudrait supprimer la deuxième ligne du SMUR de l’hôpital de Lons-le-Saunier.
 
En cas de fermeture de la ligne, il promet en cas de pertes de chances et de décès, d’engager des poursuites judiciaires nominatives à l’encontre du directeur général de l’ARS.
 
 
Retrouvez l’article dans son intégralité sur le site de Mediapart.
 

Portrait de Julien Moschetti

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