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Ce dépistage - remboursé à 60 % par l'Assurance maladie et 40 % par les complémentaires - ne sera pas « systématique » mais « ciblé sur les personnes exposées en raison de leur lieu de résidence », selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), précise à l'AFP l'entourage de la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Selon le ministère, les modalités seront définies par un décret, attendu « cet été ».
En 2025, près de la moitié de la population française présentait des expositions au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence, selon l'agence de sécurité sanitaire (Anses), qui juge cette « imprégnation préoccupante à tout âge et dès le plus jeune âge ».
Une « exposition répétée à de faibles doses peut être à l'origine de multiples effets sanitaires : rénaux, osseux, respiratoires, neurologiques, cardiovasculaires, sur la reproduction et cancérogènes », détaillait la HAS en 2024. Pour cette autorité, « il n'y a de risque d'effet sur la santé que lorsque la concentration urinaire de cadmium dépasse 1 µg/g créatinine, quel que soit l'âge ».
Au médecin de juger
La HAS préconisait de dépister les résidents « potentiellement surexposés » des territoires aux sols géologiquement riches en cadmium (Champagne, Charente, Jura, Massif central...) ou riverains des 7 000 sites pollués par une implantation industrielle, qui se contaminent en inhalant des poussières ou en ingérant des aliments cultivés localement.
« Mais on n'exclura pas les personnes vivant hors de ces sites qui pourraient être sur-imprégnées : ce sera au médecin de juger, face à un problème rénal ou osseux par exemple, de la nécessité de ces analyses », selon le ministère.
Ces analyses consisteront en un « dosage dans les urines et éventuellement dans le sang en complément » pour déterminer « si la personne a, du fait de sa résidence, une intoxication chronique importante », selon François Blanchecotte, président de la Fédération de la biologie médicale.
« Il fallait vraiment agir : le cadmium s'accumule silencieusement dans le corps et peut finir par poser des problèmes graves », insiste-t-il.
Prévenir dès l’enfance
Auteur du rapport de la HAS, le Dr Robert Garnier explique à l'AFP qu'une fois accumulé « le cadmium diminue très lentement ». « En conséquence la quantité de cadmium présente dans l'organisme augmente avec l'âge : il faut donc surtout, à tous les âges, contrôler les apports » dans l'organisme, selon lui, car en cas de surexposition avérée, « il n'existe pas de médicament ».
« La situation est préoccupante, mais peut-être pas aussi dramatique que le décrit l'Anses dans son rapport », ajoute Robert Garnier. En effet, cette évaluation de l'exposition globale des Français, tout au long de la vie, se base en partie sur l'étude Esteban menée par Santé publique France (SpF), à partir d'analyses en laboratoire qui auraient pu surestimer les concentrations urinaires de cadmium mesurées, comme le pointait la HAS dès 2024.
« Dans les sites où le sol est contaminé par le cadmium, il faut en priorité diminuer l'exposition des petits enfants : pas parce qu'il y a des risques pour eux aujourd'hui, mais parce qu'ils finiront par être vieux. Même le cadmium accumulé dans l'enfance, ils ne l'auront pas complètement éliminé à plus de 60 ans », dit le toxicologue.
Rappel des recos
Une communication du ministère de la Santé doit rappeler aux médecins les recommandations de la HAS visant à diminuer l'exposition, notamment pour les enfants de 6 mois à 4 ans : ne pas les laisser jouer sur le sol, couper leurs ongles courts, laver souvent leur visage, leurs mains (et vêtements, jouets, doudous), nettoyer les sols avec un linge humide.
Et pour les adultes : diversifier son alimentation en mangeant plus de légumineuses et moins de blé, riz, pommes de terre, pains, pâtes, biscuits... principales sources d'apport car très consommés - éviter le tabagisme, y compris passif. Car en dehors des sites pollués, « 98 % de la contamination de la population est d'origine alimentaire », rappelle Pierre Souvet, président de l'Association Santé environnement France (ASEF).
Si « sensibiliser les populations est indispensable », réduire la contamination en amont l'est aussi, estime ce cardiologue, qui soutient une proposition de loi de députés du groupe Ecologiste et Social déjà adoptée en commission, pour interdire dès 2027 les engrais phosphatés contenant du cadmium. Les chefs de groupe de l'Assemblée doivent décider ce mardi si elle sera examinée en juin.
Avec AFP
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