Cabinet médical du futur : la CSMF mise sur l’innovation, la coordination et l’expertise

À quoi ressemblera le cabinet médical de demain ? Lors de la 26e université d’été du syndicat, qui s’est déroulée du 4 au 6 septembre dernier, la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français) a mis en avant les maitres mots suivants : innovation, coordination et expertise.
 

« La crise de la Covid-19 nous a amené à mettre en place une coordination exemplaire et des organisations nouvelles (centres Covid, mobilisation dans les cliniques, etc.) dans les territoires. Cela doit nous amener à en tirer des enseignements pour l’organisation de notre système de soins mais aussi l’organisation de nos cabinets. » Tels sont les mots prononcés par le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français), lors du discours d’ouverture de la 26e université d’été du syndicat, qui s’est déroulée à Antibes du 4 au 6 septembre dernier.
 
Depuis plus d’un an, la CSMF avait lancé un vaste programme de rénovation de son syndicat. Celui-ci s’est accéléré en raison de la crise sanitaire. Il passera tout d’abord par l’innovation,« indispensable » dans l’organisation du cabinet médical. « Une entreprise, c’est prendre des risques, mais c’est surtout investir », a lancé Jean-Paul Ortiz devant un parterre de médecins. Avant d’ajouter que l’investissement dans les cabinets médicaux est aujourd’hui « relativement faible, sauf pour ceux qui investissent dans des plateaux techniques ».
 
Or, ce sont justement ces spécialités qui peuvent transmettre leur outil de travail. Quant à celles qui n’ont pas pu évoluer jusqu’à présent (les spécialités cliniques), elles « n’ont pas pu investir dans leur outil de travail, n’arrivent plus à transmettre leur outil de travail », a déploré le président de la CSMF, qui a tiré la conclusion suivante : « Investir c’est donc pouvoir transmettre son outil de travail parce que cela permet un exercice médical regroupé, partagé, organisé, compatible avec une riche vie personnelle… bref, qui va attirer les jeunes générations. »

Développer la coordination

Jean-Paul Ortiz a également insisté sur un autre maître mot du bon fonctionnement des cabinets libéraux de demain : la coordination, qui est « au cœur de la relation entre tous les médecins » qui est lui-même « au cœur de la coordination dans la prise en charge du patient ». Une coordination qui doit être développée entre le médecin traitant et les médecins des autres spécialités, mais aussi valorisée, grâce notamment à des outils comme la télé-expertise qui est aujourd’hui « tellement ridiculement valorisée qu’elle n’est pas utilisée ». Mais aussi grâce au dossier médical partagé qui « pourrait être un outil de coordination entre médecins ».
 
La coordination, c’est aussi, selon la CSMF, développer des relations avec de nouveaux acteurs. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder d’évolution du financement du soin où de multiples acteurs sont en train d’arriver.  Si l’assurance maladie est aujourd’hui le financeur principal de l’acte de soins (paiement à l’acte ou forfait), les collectivités locales (mairies, communautés de communes, départements, régions) « ont compris que l’accès à des soins de qualité dans un territoire était un facteur de développement économique », selon Jean-Paul Ortiz. Elles deviennent donc « des acteurs accompagnant la réorganisation et la restructuration de la médecine libérale dans les territoires en lien avec les médecins libéraux ». Des nouveaux financeurs avec qui il faudra désormais compter dans les territoires « pour qu’ils accompagnent cette évolution vers le cabinet médical de demain ».

Et les assureurs complémentaires ?

Autres acteurs à prendre en compte à l’avenir pour la CSMF : les assureurs complémentaires qui sont aujourd’hui « payeurs aveugles et la plupart du temps obligatoires », mais aussi le monde industriel qui s’intéresse à la santé (prévention, travail dans l’entreprise, impact du travail et de l’environnement sur la santé de nos patients…).
 
Enfin, cette coordination doit se faire avec les autres professionnels de santé dans des structures diverses et variées : équipes de soins primaires, équipes de soins spécialisés, CPTS, groupes médicaux, MSP…  « L’imagination doit prendre le pouvoir contre la bureaucratie toujours normative » pour le président de la CSMF qui plaide pour « une meilleure connaissance des différentes professions, des différents métiers et une meilleure circulation de l’information. »
 
Last but not least, Jean-Paul Ortiz, a estimé, lors du discours de clôture de la 26e université d’été du syndicat, que l’expertise du médecin n’était pas assez reconnue. « Comment qualifier les valeurs des actes que la Cnam appelle téléexpertise ? Comment admettre les valeurs actuelles des actes médicaux tant en consultation que pour les actes techniques quand on considère ce que cela représente en expertise, engagement professionnel, responsabilité ? », s'est-il interrogé. 
 
Pour le président de la CSMF, Il est donc plus que temps de revoir les tarifs des actes médicaux. En commençant urgemment par les actes cliniques, sous peine « de voir disparaitre des spécialités entières en ville ». La négociation qui doit s’ouvrir devra donc« aborder largement la valeur des actes au-delà de cette lettre de cadrage étroite et loin des nécessités ». Car « les médecins libéraux attendent beaucoup après cette grave crise sanitaire » et « ne comprendraient pas de ne pas être reconnus à la hauteur de leur engagement ».
 

Portrait de Julien Moschetti

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