Brute ou pas brute, épisode 1 : Dominique Dupagne

À la suite de la publication par Martin Winckler de Brutes en blanc, son livre dénonçant la maltraitance médicale, la rédaction a décidé de donner la parole aux accusés. Aujourd’hui, c’est le Dr Dominique Dupagne qui répond à nos questions.

La publication de Brutes en blanc, le livre de Martin Winckler dénonçant la maltraitance médicale, a suscité une immense polémique dans la profession. La rédaction estime qu'il est aussi caricatural de considérer tous les médecins comme des brutes que de nier l’existence de la maltraitance. Nous avons donc décidé de faire parler le terrain en demandant à des praticiens de réfléchir à la question à partir de leur propre expérience. Le premier à avoir accepté de se plier à cet exercice introspectif est le Dr Dominique Dupagne, généraliste parisien et fondateur du célèbre site atoute.org.

What’s up Doc. Avez-vous en mémoire une situation dans laquelle vous avez pu vous conduire de manière inappropriée, de sorte que votre patient voie en vous une « brute » ?

Dr Dominique Dupagne. J’ai été très marqué par la maltraitance à l’hôpital pendant mes études, et j’ai le souvenir d’avoir moi-même été maltraitant une fois. C’était un patient en état de mort cérébrale, que l’on transportait dans un camion de Smur pour des prélèvements en vue d’une greffe. On m’a proposé de m’entraîner à poser des cathéters sur lui. Je l’ai fait et je le regrette, c’est quelque chose que j’ai toujours en tête et dont je ne suis pas fier.

WUD. Et dans votre pratique actuelle ?

DD. J'espère que mes patients ne se sentent pas maltraités. Je vois encore beaucoup d'exemples de maltraitance hospitalière, mais moins en ville. Le paiement à l'acte influence peut-être les libéraux dans le bons sens : ils doivent demander des honoraires en fin de consultation. Mais le secteur libéral comporte des escrocs, ce qui est une autre forme de maltraitance.

WUD. À titre personnel, comment faites-vous pour vous prémunir contre la maltraitance ?

DD. J’ai la chance d’être dans un contexte où je prends le temps : j’ai des rendez-vous toutes les demi-heures, parce que je ne veux pas être forcé de couper la parole aux patients. J’ai fait le choix d’une médecine plus lente, et donc fatalement en secteur 2.

WUD. Quelles peuvent être selon vous les raisons de cette maltraitance ?

DD. Il y a des médecins débordés, qui ne peuvent faire autrement qu’expédier leurs patients en cinq minutes. Il y a aussi des médecins old school, peu empathiques, dogmatiques, qui font la leçon au patient. Et puis il faut reconnaître, au risque de paraître vulgaire, qu’il y a chez les médecins comme dans n’importe quelle catégorie de la population un pourcentage incompressible de cons.

WUD. Pensez-vous que Martin Winckler ait raison d'attirer l'attention du public sur cette maltraitance ?

DD. Je ne comprends pas la levée de boucliers actuelle contre lui. Il soulève des problèmes récurrents et graves. C’est un emmerdeur, j’en suis un aussi, je ne peux qu’avoir de la sympathie pour lui. C’est quelqu’un qui, comme moi, a énormément communiqué avec des patients de tous horizons, et qui voit les choses au-delà de sa propre patientèle. Sa vision est-elle déformée à force de parler avec tant de patients qui ont été maltraités ? Peut-être, car il faut rappeler que la majorité des médecins sont des gens humains, qui sont à l’écoute de leurs patients et qui n’ont pas choisi ce métier pour maltraiter les gens !

Pour lire le deuxième épisode de notre série « Brute ou pas brute» avec Baptiste Beaulieu, c'est par ici ! Le troisième, avec Christian Lehmann, vous attend là. Quant au quatrième, avec Cécile Monteil, on peut le trouver ici.

Portrait de Whats up doc

Vous aimerez aussi

La cour administrative d’appel de Nantes a confirmé que la dépression d’un médecin du travail employé par Brest métropole était bien imputable à ses...
Une femme médecin sur six a été victime de harcèlement sexuel de la part d’un collègue au cours des six dernières années, selon une enquête sur le...
Le tweet a fait du bruit sur la toile. En France, mais aussi à l’étranger. « Les forces de l’ordre m’obligent à retirer ma blouse sur laquelle...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.