Anesthésistes et chirurgiens : le grand amour

Et mon poing ? Tu l’as vu mon poing ?

Un chirurgien uro et un anesthésiste en sont venus aux mains en pleine intervention, à la polyclinique de Lisieux (Calvados). Ils comparaissaient le 26 mai devant la chambre disciplinaire du conseil régional de l’Ordre de Basse-Normandie. Ils risquent gros.

Samedi 25 février 2017, polyclinique de Lisieux (Calvados), 18h. L’urologue est au bloc depuis cinq heures. C’est le week-end, mais il a décidé d’enchaîner sur une intervention qu’il estime urgente, passant outre la politique de la clinique : pas d’intervention programmée après 16 heures . Mais bon, une urgence est une urgence…

Sauf quand l’anesthésiste n’est pas d’accord ! Estimant que la patiente aurait pu attendre, celui-ci craque. Il fait irruption en furie dans le bloc de l’urologue, un « connard incompétent » d’après lui, et signale qu’il refusera d’anesthésier.

Tarta gueule à la récré

L’histoire, rapportée par Le Parisien, aurait pu s’arrêter là. Mais elle aurait été bien moins savoureuse. On reprend : irruption en furie de l’anesthésiste, altercation verbale, le ton monte, les noms d’oiseaux pleuvent, et de la Bétadine atterrit sur le visage de l’anesthésiste. Réponse toute proportionnée de ce dernier : il s’empare de ciseaux de robot qu’il semble prêt à utiliser sur le chirurgien. Un infirmier intervient, ceinture l’anesthésiste trop animé et l’entraîne vers la sortie du bloc. Fin de l’acte I.

Acte II : le vestiaire. Les deux médecins n’aiment pas les choses à moitié faites, et le contact physique leur manque. Après le rendez-vous manqué du bloc, ils se retrouvent au vestiaire. Mais c’est la partie sombre de l’histoire : seuls les téléphones retrouvés par terre et une montre cassée sont là pour témoigner d’une empoignade virile et sans doute peu correcte.

Acte III : le dénouement de la mallette. Les deux protagonistes ont le sens du cliché. Ils décident visiblement de se retrouver sur le parking de la clinique afin de mettre un terme théâtral au conflit. Dans les grandes lignes : un chirurgien, sa mallette d’ordinateur, un visage d’anesthésiste, bim, et crac, fracture au niveau de l’oeil, arrêt de travail.

Anesthésie-réa 101 : haïr les chir’

C’est donc avec panache que les deux protagonistes ont matérialisé cet amour éternel entre chirurgiens et anesthésistes. Un amour tellement passionnel que l’Ordre a dû s’en mêler officiellement. Pas pour ce cas particulier, mais pour tous les cas ! En décembre 2001, le Conseil national de l’Ordre des médecins a publié un livret de recommandations de bonnes pratiques concernant les relations entre les deux professions – et ce n’est pas une blague.

Paragraphe 1 : Principes déontologiques ; sous-paragraphe 1.1 : Généralités. « On s’abstiendra, notamment en présence de tiers, de toute injure, insulte ou calomnie », explique l’Ordre à propos des deux spécialités. Était-il nécessaire de le préciser spécifiquement pour eux ? Apparemment, oui…

Témoignage d’un infirmier anesthésiste : « Lors de mon premier jour, j’ai appris les bases : 1. vérifier l’alimentation en oxygène, 2. toujours identifier le patient et l’opération, 3. haïr tous les chirurgiens ». C’est comme cela…

On en a gros !

L’histoire en fera sourire plus d’un, mais sans doute moins les deux médecins. Le 26 mai dernier, ils comparaissaient devant la chambre disciplinaire du Conseil régional de l’Ordre des médecins de Basse-Normandie. « On a évité un drame catastrophique » ; « Il aurait suffi de toucher la carotide de la patiente, et vous l’auriez tuée » ; « Vous auriez dû garder votre sang-froid, surtout au bloc… ». Les membres de la chambre ne semblent pas leur donner d’excuses, et ne pas adhérer aux problèmes de l’anesthésiste, déjà démissionnaire au moment des faits, et soumis à une surcharge de travail après la démission d’un autre anesthésiste quelques semaines auparavant. Ils ne sourient pas, car ils risquent tous deux la radiation.
 

Verdict dans un mois.
 
Crédit photo : Fight Club (UGC Fox Distribution)
Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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