Trois ans de remplacement maxi : les jeunes médecins furieux !

Un amendement vise à limiter à trois années la durée totale des remplacements des médecins, dans le cadre de l’examen du projet de loi santé au Sénat. Les syndicats ISNAR-IMG et ReAGJIR considèrent que cela pourrait contribuer à faire fuir toujours plus les jeunes médecins de l’exercice libéral.

C’est l’énième goutte d'eau qui a fait déborder le vase de la colère des syndicats de jeunes médecins (ISNAR-IMG et ReAGJIR). Dans le cadre de l’examen du projet de loi santé au Sénat, le sénateur Alain Milon (Les Républicains), a proposé le 17 mai un amendement qui vise à limiter à trois années la durée totale des remplacements des médecins.

Réaction du Dr Yannick Schmitt, président de ReAGJIR : « Après les débats sur la fin de la liberté d’installation, voilà que l’on vient d’inventer l’obligation d’installation différée. C’est évidemment une fausse bonne idée qui aura pour conséquence de faire fuir toujours plus les jeunes médecins de l’exercice libéral. »

Et d’ajouter que cette proposition part du principe que « les jeunes médecins ne veulent pas s’installer et qu’il y aurait des remplaçants professionnels ». Or, ces deux hypothèses sont fausses selon lui, comme le prouvent les travaux sur le sujet.

75 % des internes envisagent une installation libérale

En effet, 75 % des internes envisagent une installation libérale, selon une récente enquête du CNOM sur les déterminants à l’installation. Quant au nombre de remplaçants en médecine générale, il ne progresse que très peu (+ 16,2 % de 2010 à 2017) et moins vite que l’ensemble des remplaçants (+ 20 % de 2010 à 2017), comme le montrent les chiffres de l’atlas démographique du Cnom.

En outre, avec l’augmentation de médecins formés, le nombre de premières inscriptions à l’Ordre a progressé de près de 53 % sur la même période, « ce qui démontre que le remplacement n’est ni attractif ni en explosion », assènent l’ISNAR-IMG et ReAGJIR dans un communiqué daté du 23 mai. Enfin, il faut noter que pour le Cnom, sont considérés comme remplaçants les médecins retraités actifs, une population qui augmente de manière significative sur la même période.

Le remplacement est une étape indispensable

Or, l’ISNAR-IMG et ReAGJIR rappellent que « le remplacement est une étape indispensable vers l’installation et les remplaçants permettent aux installés de se former, de prendre des vacances et d’assurer la continuité des soins pendant les arrêts maladies et congés maternité. »  

Les deux syndicats indiquent également que cet amendement s’inscrit « dans un contexte particulièrement défavorable aux remplaçants, entre durcissement de l’obtention des licences de remplacement et obligation prochaine d’affiliation à la CARMF ».

Ces dernières semaines ont en effet ajouté leur lot de difficultés pour les remplaçants, estime Lucie Garcin, présidente de l’ISNAR-IMG. « Les démarches d’obtention des licences de remplacement ont été compliquées dans certaines facultés, mais ces situations s’améliorent. »

Supprimer les freins à l’installation

Dernière embuche sur le chemin des remplaçants : l’entrée en vigueur de l’obligation d’affiliation de tous les remplaçants à la Carmf, une mesure votée en 2017 qui avait été suspendue jusque-là par Agnès Buzyn. « Nous avons appris il y a quelques semaines que cette suspension ne serait pas reconduite. Il nous reste six mois pour trouver une solution viable aux remplaçants non thésés qui cotisent déjà pour un régime de prévoyance et de retraite », détaille le Dr Yannick Schmitt.

Selon lui, l’ensemble de ces mesures va « contribuer à dégrader grandement l’accès aux soins des patients. Avec moins de remplaçants, comment pourra-t-on assurer une continuité des soins pour tous, alors même que nous n’y arrivons déjà plus ? ».

Il appelle donc le gouvernement à « mettre en œuvre une politique volontariste de promotion de l’exercice libéral, qui passera nécessairement par une sécurisation du début d’exercice et une simplification des démarches, deux freins majeurs à l’activité des jeunes médecins recensés dans la récente enquête du CNOM. »
 

Portrait de Julien Moschetti

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