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À l’occasion de la publication de son baromètre 2025, NèreS annonce vouloir porter à 134 le nombre de molécules susceptibles d’être délivrées en pharmacie sans ordonnance. L’association, qui regroupe les laboratoires commercialisant des médicaments de premier recours, défend une logique de « prescription médicale facultative », sur le modèle du paracétamol : accès direct en officine sans remboursement, mais remboursement maintenu en cas de prescription médicale.
Selon NèreS, ces médicaments concernent des pathologies bénignes relevant de la santé du quotidien (rhume, toux, digestion, dermatologie, conjonctivite allergique, etc.). Dans un entretien relayé par Les Échos, son président Vincent Guiraud-Chaumeil affirme que « dans les pays d’Europe où elles sont délistées, toutes, sauf 10, sont sans ordonnance depuis plus de 5 ans sans qu’ait été identifié de problème ou une hausse des cas de mésusage ».
Un argument récurrent : l’accès aux soins dans un système sous tension
L’argument central avancé par NèreS repose sur la crise persistante de l’accès aux soins. Dans son communiqué de presse, l’association rappelle que près d’un million de visites quotidiennes ont lieu en pharmacie et que 2 246 officines sont implantées dans des déserts médicaux, où le pharmacien est parfois le seul professionnel de santé accessible.
Le baromètre 2025, réalisé avec OpenHealth Company, met en avant la montée en puissance des nouvelles missions officinales : tests rapides d’orientation diagnostique (Trod), vaccination, entretiens de prévention, téléconsultations. Selon NèreS, 90 % des pharmacies ont réalisé des Trod pour l’angine et 88,6 % pour la cystite, tandis que 99 % ont effectué au moins un acte de vaccination en 2025.
Dans cette logique, le délistage est présenté comme une extension naturelle du rôle du pharmacien. « Faciliter l’accès aux soins en première intention, en permettant aux pharmaciens de prendre en charge davantage de pathologies bénignes », écrit NèreS dans son communiqué.
Des économies attendues pour l’Assurance maladie
L’enjeu financier est explicitement mis en avant. Selon une étude menée par NèreS avec OpenHealth Company en 2024, citée par BFM Business, le délistage d’une centaine de médicaments pourrait générer entre 202 et 378 millions d’euros d’économies annuelles pour l’Assurance maladie, les médicaments achetés sans ordonnance n’étant plus remboursés.
Le Medef s’est inscrit dans la même logique dans une contribution au rapport Charges et produits 2026 de la Cnam, plaidant pour une stratégie de « pharmacy first », destinée à « libérer du temps médical, faciliter l’accès aux soins et générer des économies significatives », selon les termes rapportés par BFM Business.
Les organismes complémentaires seraient également concernés, avec des économies estimées entre 99,5 et 185 millions d’euros par an.
Une ligne de fracture nette avec les médecins généralistes
Face à ces arguments, les syndicats de médecins expriment une opposition frontale. Pour MG France, syndicat majoritaire chez les généralistes, le délistage constitue une impasse sanitaire.
« Cela génère des économies pour la Sécu mais des coûts pour les patients, sans sécurité. Avec aucun gain au final, et des risques sanitaires. Une fausse bonne idée », tranche Agnès Giannotti, présidente de MG France, citée par BFM Business.
Son secrétaire général, Jean-Christophe Nogrette, insiste : « Il n’y a ni petits médicaments, ni petites maladies tant qu’on n’a pas évalué la situation et posé un diagnostic ».
Derrière la question du remboursement, les médecins pointent le risque d’un contournement du diagnostic médical et d’une perte de chance, notamment dans des situations cliniques atypiques ou évolutives.
Les pharmaciens favorables, sous conditions
Les représentants des pharmaciens, eux, se montrent globalement favorables au projet, tout en appelant à des garde-fous. « C’est plutôt une très bonne chose », estime Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), sur BFM Business.
Philippe Besset, président de la FSPF, se montre plus nuancé : « Il faut juger de la sécurité de la mise à disposition par rapport à l’intérêt d’améliorer l’accès ». Il évoque la possibilité d’une dispensation protocolisée, sur le modèle de ce qui existe déjà pour les cystites et les angines, avec tests rapides et prescription conditionnelle réalisée par le pharmacien, remboursée par l’Assurance maladie.
Un arbitrage attendu du côté de l’ANSM
À ce stade, la décision ne relève ni des syndicats ni des pouvoirs publics, mais de l’Agence nationale de sécurité du médicament, seule à pouvoir décider de délister un médicament.
NèreS indique vouloir présenter sa liste actualisée de 134 molécules au printemps.
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