Ses premières et dernières fois

Professeur d’anesthésie-réanimation et de médecine d’urgence, GH Diaconesses Croix Saint-Simon (Paris), fondateur d’Emergensim, société spécialisée dans la simulation médicale in situ dans le domaine de l’urgence.

La première fois où...

 

…tu as eu l’idée de faire médecine ?

 

Je dirai que dès la fin du collège, j’aimais déjà les sciences naturelles, et j’ai toujours adoré la physio, comprendre comment ça marche. D’où mon intérêt pour la réanimation où la compréhension des phénomènes physiologiques est essentielle. Je suis fils de militaire, avec des parents qui n’avaient jamais vécu en France ; après le bac, je me suis donc logiquement orienté vers l’école militaire qui m’offrait une formation variée et tournée vers l’étranger.

 

…tu as examiné un patient ?

 

C’était un moment particulièrement marquant. J’étais externe dans un service de rhumato à Bordeaux. Rentrant dans la chambre d’un patient atteint d’une spondylarthrite ankylosante. On demande au patient de se déshabiller et de se baisser pour mesurer l’indice de Schober. J’avais 20 ans et je me suis dit que c’était un moment assez fort. On rentre dans une chambre et on demande à une personne de se mettre en slip et de faire ce qu’on demande… C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de la responsabilité du médecin envers son patient et de tout ce que cela implique en termes de respect, de confidentialité.

 

…tu as vu ton premier mort ?

 

Mon premier mort était un jeune patient en fin de vie sur cancer du poumon. Je me souviens avoir vu l’interne tout seul dans le service, pleurant en réalisant la réanimation cardio-pulmonaire, le corpsdu patient au sol. J’étais externe, ce n’est pas la mort du patient qui m’a ému, mais plutôt la situation de l’interne. C’est quelque chose qui me révolte, et je trouve scandaleux d’abandonner des internes dans des services, ce qui se fait encore malheureusement dans certains hôpitaux.

 

La dernière fois où...

 

…tu n’as pas su faire ?

 

Je fais de la simulation depuis plus de 10 ans, j’enseigne « l’appel de renfort précoce », pour justement éviter ce genre de situation. Mais pour répondre à la question, alors que j’étais chef de service de réa à Percy, un patient s’extube, même si dans le principe je n’étais pas dépassé, j’ai demandé d’appeler du renfort. L’infirmière appelle sa collègue, mais pas d’autres médecins : la raison ? « Mais vous êtes là » me dit-elle. Je me retrouve donc seul devant un patient impossible à ventiler et à intuber. Fort heureusement, le chef de chir’ thoracique passait par là, un coup de bistouri, une trachéo au lit, et le problème était réglé. Mais j’ai vraiment cru que le patient allait mourir.

 

…tu as eu envie d’arrêter ?

 

Ça ne m’a jamais traversé l’esprit, mais aujourd’hui je me pose la question d’alléger mon activité clinique pour développer mon activité de simulation ! Maintenant, je fais en sorte que d’autres que moi soignent bien les malades, ce que je fais reste donc au bénéfice des patients, je n’ai pas l’impression de changer de métier.

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Portrait de Idris Amrouche
article du WUD 39

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