© Midjourney x What's up Doc
Le 7 juillet, en fin de matinée, Doriane C. sortait d’un centre commercial de Sarlat, en Dordogne, avec sa fille de 2 ans dans les bras lorsqu’elle a chuté sur le parking. Enceinte de neuf mois, avec un terme prévu pour le 23 juillet, elle s’est immédiatement rendue aux urgences de l’hôpital de Sarlat, accompagnée de sa mère.
La patiente a rapidement été orientée vers le service de maternité. Celui-ci reste ouvert pour assurer le suivi des femmes enceintes, mais les accouchements y sont suspendus depuis juillet 2024, faute d’une équipe médicale complète.
Une sage-femme a alors tenté de contrôler le rythme cardiaque du fœtus. « Il ralentissait quand je contractais », a raconté Doriane C. à Sud Ouest. Un gynécologue a été contacté, mais n’était pas immédiatement disponible. Selon les parents, il est arrivé une vingtaine de minutes plus tard et a réalisé une échographie.
Une césarienne déclenchée en « code rouge »
L’examen a révélé une situation critique. Un transfert vers la maternité de Périgueux, située à plus d’une heure de route, n’était plus envisageable. Les médecins ont décidé de pratiquer immédiatement une césarienne dite « code rouge », niveau d’urgence utilisé lorsque le pronostic vital de la mère ou de l’enfant est directement engagé.
L’intervention a eu lieu environ une heure après l’arrivée de la patiente aux urgences. Malgré la suspension du plateau obstétrical, un gynécologue, un anesthésiste et un chirurgien étaient présents ou ont pu être mobilisés à Sarlat.
Lou est né en état de mort apparente et ne respirait plus. Il souffrait d’un hématome rétroplacentaire, une complication provoquée par le décollement prématuré du placenta. Les équipes médicales ont entrepris une réanimation prolongée du nouveau-né.
Un transfert en urgence vers Limoges
Un pédiatre du CHU de Bordeaux a été dépêché à Sarlat par hélicoptère. Selon le récit des parents, le médecin leur a immédiatement expliqué que la situation de leur enfant était « très grave et très préoccupante ».
Lou a ensuite été transporté par hélicoptère à l’Hôpital de la mère et de l’enfant de Limoges. Un électroencéphalogramme a montré l’absence d’activité cérébrale. Face à la dégradation de son état, ses parents ont décidé de ne pas poursuivre les soins de manière déraisonnable.
« Son état se dégradait, on ne voulait pas d’acharnement, c’était aussi mieux pour lui », ont-ils expliqué à Sud Ouest. Le nouveau-né est mort le mercredi 8 juillet à 11 h 08, quelques heures après sa naissance.
Les parents saluent des soignants qui « ont fait l’impossible »
Dans un message publié le 15 juillet sur des pages Facebook consacrées à l’actualité de Sarlat, Doriane C. et son compagnon, Johan S., ont rendu publique la mort de leur fils.
Ils ont tenu à remercier les professionnels mobilisés lors de la prise en charge. « On s’est senti très soutenus », ont-ils déclaré, saluant des soignants qui « ont fait l’impossible ». Le couple précise ne pas chercher à désigner de responsables.
La directrice des centres hospitaliers de Périgueux et de Sarlat, Corinne Mothes, s’est dite « très affectée par le deuil qui frappe les parents de Lou ». Elle a souligné « l’engagement et la cohésion de l’ensemble de l’équipe dans cette prise en charge exceptionnelle », sans commenter le détail du dossier médical.
La fermeture de la maternité au cœur des interrogations
Le drame relance néanmoins le débat sur la suspension du plateau obstétrical de Sarlat. Les parents de Lou s’interrogent sur « ce système qui fait que notre maternité est fermée alors que chaque minute compte ». Ils reconnaissent que la question de savoir si leur fils aurait pu survivre avec une maternité pleinement opérationnelle restera probablement sans réponse.
Le couple souhaite toutefois que ce drame contribue à défendre l’hôpital de proximité. « Si notre malheur peut aider au combat de l’hôpital », écrivent-ils, estimant que celui-ci est « juste vital » pour les habitants du secteur.
Le maire de Sarlat, Basile Fanier, également président du conseil de surveillance de l’hôpital, a exprimé son soutien à la famille. Selon lui, cette mort rappelle que « la santé, et en particulier l’accompagnement des naissances, est un enjeu fondamental pour notre territoire ». Il a annoncé vouloir « se battre pour renforcer la maternité de Sarlat ».
A voir aussi
Un pédiatre en vacances porte secours à une fillette victime d’une noyade en Normandie