Premières et dernières fois de Michel Dru

Michel Dru, anesthésiste-réanimateur jeune retraité (AP-HP), docteur en droit et président du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (SNPHARe).

LA PREMIÈRE FOIS OÙ…

... tu as eu l’idée de faire médecine ? 
Michel Dru.
Il y a très longtemps. J’avais 4 ans et j’étais malade. Mes parents ont fait appel à un médecin qui m’a examiné, palpé et ausculté – bref qui a fait son métier –. Traité par son remède, je me suis dit : « C’est chouette ce métier où on fait du bien aux gens. Je serai donc médecin plus tard ». L’idée ne m’a plus jamais quitté. Ainsi, en première année lorsqu’on me posait la question : « Que feras-tu comme études si tu échoues ? », invariablement, je répondais que je ne pouvais pas rater cette première année. Je n’avais vraiment aucune idée de ce que je pourrais faire d’autre. 

... tu as été seul avec des responsabilités ? 
MD.
J’étais tout juste nommé PH dans un service de chirurgie digestive. Après m’avoir félicité, mes collègues m’annoncent qu’ils partent tous en vacances d’été pendant 15 jours ! Il me fallait alors, en plus de mon travail, gérer les internes ainsi que les attachés en anesthésie et en réanimation. De fait, je devenais le référent pour les chirurgiens durant cette période. J’ai beaucoup transpiré dans mon rôle de superviseur ! Je n’ai pas eu beaucoup de situations compliquées, et c’est heureux, mais le stress était tel que j’ai commencé à perdre mes cheveux... Ma calvitie remonte à mon année probatoire de PH. 

 

ET LA DERNIÈRE FOIS OÙ… 

... tu as eu peur en exerçant ton métier ? 
MD.
En intervention SMUR dans une cité où un homme de 41 ans avait été victime d’une plaie thoracique par arme blanche. Je commence à examiner le patient, lorsque j’entends : « Laisse-le mourir, Docteur, c’est un pourri, ce mec ! » Je continue mon examen, imperturbable, lorsque l’ambulancier me dit : « Je crois qu’il faut faire vite. » Je lève la tête pour m’apercevoir que j’étais entouré d’une dizaine de personnes, qui commençaient à être menaçantes. C’est évidemment ce moment qu’a choisi le moteur pour ne pas démarrer ! La foule dehors commençait à nous insulter, en tapant sur le véhicule. J’ai commencé à transpirer. Finalement, l’ambulance a démarré et nous avons pu nous éloigner. 

... tu as été affecté par une situation ? 
MD.
J’étais au bloc opératoire avec un patient porteur d’un cancer métastasé. Un jeune chirurgien orthopédiste avait entrepris de traiter ces localisations secondaires. J’étais dubitatif sur l’indication, mais l’opérateur était déterminé. En anesthésiste avisé, je mets 2 grosses voies veineuses périphériques. Ces tumeurs extrêmement vascularisées ont commencé à saigner. J’ai entamé une transfusion de plus en plus activement, en le faisant remarquer au chirurgien qui continuait son geste. Je lui ai indiqué que j’avais renouvelé déjà plus d’une fois la totalité du sang, et qu’il était probablement temps d’arrêter le geste. Le patient demeura vivant au sortir de l’intervention, mais au prix d’une réanimation intensive peropératoire. J’entendis le chirurgien dire aux proches du malade : « L’intervention s’est très bien passée, mais je crois qu’il y a eu des problèmes pendant l’anesthésie. Le médecin est là, il viendra vous voir ». J’étais stupéfait de cette sortie de la part de mon collègue ! 

... tu as eu envie d’arrêter ? 
MD.
Une jeune collègue, interne trois mois avant, nous parle de sa prise en charge d’une enfant de 3 ans qui présentait une crise d’asthme. Je lui demande quelle était la température de l’enfant, elle me répond avec un aplomb incroyable : « Ce n’est pas le problème. De toute façon, elle n’était pas chaude ! » Je lui dis qu’il faut toujours prendre la température des enfants. Elle me fixe et me dit : « Je crois qu’on n’a pas appris la même médecine... ». Là, je me suis dit qu’il était temps que je prenne ma retraite pour tourner une page et pratiquer les activités que je n’avais plus le temps de faire ! 

Portrait de Idris Amrouche

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