Pierre Guéroult : médecin et peintre

Le pontage, Pierre Guéroult, 46x61cm, Gouache sur papier
Le pontage, Pierre Guéroult, 46x61cm, Gouache sur papier

Interne en chirurgie viscérale à Angers, Pierre Guéroult progresse en même temps dans sa double carrière de chirurgien et de peintre. Il peint des gouaches éclatantes de couleur qui racontent le quotidien du bloc et des internes…

What’s up Doc. Comment est née cette passion pour la peinture ?
 
Pierre Guéroult. Je peins depuis le lycée où j'ai passé un bac « arts plastiques ». Longtemps, la peinture est restée un plaisir d'été jusqu'à un séjour en Espagne au cours duquel j'ai rencontré un peintre expérimenté. Il m'a appris à peindre sur le motif. J'utilise toujours la gouache appliquée sur papier ou des cartons rigides de 80 X 60 cm.
 
WUD. Qu’est-ce que la peinture vous apporte ?
 
PG. Ça me vide la tête ! Je m'échappe du travail d'interne, très exigeant, qui demande beaucoup de temps et d'engagement. Je prends l'air quand je peins et je décroche de l'univers hospitalier. C'est un plaisir très solitaire : je pars seul et pourtant je n'ai jamais rencontré autant de gens. On m’aborde pour commenter mon travail, voire l'acheter.
 
WUD. Une activité qui prend de l'ampleur ?
 
PG. Il y a sept ans, j'ai commencé à vendre mes premières gouaches. À la famille d'abord, puis ça a pris un peu plus d'ampleur. J'ai rencontré des galeristes qui m'ont fait confiance, comme la Galerie des glaces à Nantes. Ça me permet de dégager un petit revenu en plus de la chirurgie. La vente est nécessaire, flatteuse, mais le vrai plaisir c'est de faire.
 
WUD. Vous mettez le monde médical en peinture...
 
PG. Pendant mon début d'internat, à Cholet, j'ai peint quelques toiles sur les gens, les chambres, le salon de télé… même un autoportrait en lendemain de garde : face au miroir, en blouse blanche, pas très frais ! J'ai exposé au CHU de Nantes une série de gouaches représentant le bloc opératoire. Elles sont peintes d'après photos pour des raisons d'hygiène.
 
WUD. Ça change vos rapports avec les modèles ?
 
PG. On ne reconnaît jamais les patients. Une seule fois, pour une toile sur la réanimation, j'ai demandé l'autorisation de photographier le patient. Les réactions du milieu médical sont plus vives que celles des autres : « Ah c'est toi qui as fait ça ! » L'art est un élément très cool dans ma vie d'interne. Il casse les frontières hiérarchiques. J'ai reçu beaucoup de demandes de médecins qui voulaient faire peindre leur bloc, leur cabinet ou leur hôpital.
 
WUD. Quel est le lien entre les deux activités ?
 
PG. Ces deux pratiques très manuelles me font vibrer. Je suis heureux d'être au bloc et heureux de peindre en plein air. Le regard que je porte sur la chirurgie est avant tout esthétique. Ce n'est pas un reportage. Je cherche à restituer la beauté des choses, par les couleurs et les formes : les belles lumières du bloc, la couleur du sang.
 
WUD. Et si vous deviez choisir entre les deux ?
 
PG. Pour l'instant la peinture est encore un passetemps mais elle prend de plus en plus de place dans ma vie. Être peintre un jour ? Une idée qui trotte !

Portrait de Laurent Joyeux
article du WUD 41

 

Vous aimerez aussi

L’Anses voudrait mieux réglementer l'usage du portable en pratique
Le nombre de groupes d'entraide mutuelle continue d'augmenter. Les groupes d'entraide mutuelle manquent d'attractivité. Vrai ou Faux ?

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.