Outils numériques de prévention : les médecins ne les rejettent pas, ils réclament des preuves

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Programmes de nutrition, d'arrêt du tabac, d'activité physique ou d'accompagnement du sommeil : les outils numériques de prévention sont déjà entrés dans les usages des patients. Leur crédibilité médicale, elle, reste disputée. Un sondage réalisé par What's up Doc pour Santéclair auprès de 102 médecins montre que les praticiens ne sont pas hostiles au numérique. Ils demandent surtout des contenus scientifiquement étayés, des promesses mesurées et une place clairement définie aux côtés du médecin, une exigence à laquelle Santéclair entend répondre par un processus formalisé de sélection, d'évaluation et de suivi de ses solutions.

Outils numériques de prévention : les médecins ne les rejettent pas, ils réclament des preuves

© Midjourney x What's up Doc

Premier constat, sans surprise : ces programmes ne sont plus un phénomène marginal. Parmi les médecins interrogés, 38,2 % estiment que leurs patients les utilisent occasionnellement et 24,5 % fréquemment, soit 62,7 % des répondants qui observent un recours régulier ou ponctuel. À l'inverse, seuls 2 % pensent que leurs patients n'y ont jamais recours.

L'adhésion des médecins, elle, ne suit pas la même courbe. Ils sont 45,1 % à juger ces outils « plutôt » ou « très » utiles, contre 49 % qui les considèrent peu ou pas utiles du tout. Ni rejet massif, ni adhésion franche : un décalage, simplement, entre des usages déjà installés et une utilité médicale encore à démontrer pour une bonne partie des praticiens.

L'usage ne vaut pas validation. Qu'un patient télécharge une application ou démarre un programme de coaching ne prouve ni sa qualité scientifique, ni son efficacité, ni sa capacité à changer durablement un comportement. Mais la prudence des médecins n'est pas non plus une opposition de principe à l'accompagnement numérique.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/grand-format/appli-de-prevention-ce-que-les-medecins-peuvent-vraiment-recommander

Une recommandation possible, mais rarement sans condition

La majorité des répondants ne ferme pas la porte à ces dispositifs : 56,9 % se déclarent prêts à les recommander. Le chiffre mérite d'être précisé, seuls 15,7 % envisagent de le faire régulièrement, 41,2 % au cas par cas. Et 37,3 % ne les recommanderaient pas du tout.

Même prudence sur la place que ces outils occupent dans leur pratique. Pour 45,1 % des répondants, ils peuvent être complémentaires à leur rôle. 18,6 % les jugent neutres, 17,6 % inutiles, 12,7 % perturbateurs, notamment à cause du risque de confusion ou de messages contradictoires.

Les médecins ne demandent donc pas que le numérique disparaisse du parcours de prévention. Ils refusent qu'un outil s'y impose sans indication claire, sans encadrement, sans éléments permettant d'en juger la fiabilité.

Un potentiel reconnu dans la prévention

Les réponses sur l'impact de ces programmes se partagent tout aussi nettement. 46,1 % des médecins leur reconnaissent un effet sur la prévention, tabac, alimentation, sommeil en tête. Un tiers (34,3 %) estime qu'ils peuvent agir sur les comportements de santé, et 25,5 % sur l'adhésion aux recommandations médicales.

À l'inverse, 43,1 % ne leur attribuent aucun impact significatif, et 56,9 % pensent que leur disparition n'aurait que peu ou pas d'effet sur la santé de leurs patients, contre 39,2 % qui anticipent un impact modéré ou important.

Rien de vraiment contradictoire là-dedans. Un outil peut faciliter l'information, la motivation ou le maintien d'un comportement sans devenir indispensable à la prise en charge. Sa fonction n'est pas de remplacer une consultation, mais de soutenir le patient entre deux contacts avec un professionnel, de l'aider à repérer ses habitudes, à renforcer sa capacité à agir.

Le problème central : des outils qui ne se valent pas

Le chiffre le plus structurant du sondage concerne la crédibilité médicale. Pour 63,7 % des répondants, elle est « variable selon les programmes ». Seuls 2 % l'estiment globalement élevée ; 31,3 % la jugent faible ou très faible.

Le message est moins radical qu'il n'y paraît. Les médecins ne disent pas que tous les outils numériques sont sans intérêt, ils disent qu'on ne peut pas les mettre sur le même plan. Une application construite avec des professionnels de santé, fondée sur des données publiées et suivie dans la durée n'a rien à voir avec un programme dont les contenus, les auteurs et les résultats restent opaques.

Cette hétérogénéité nourrit les deux principales craintes de l'enquête : 62,7 % des médecins redoutent les surpromesses ou les attentes irréalistes, 56,9 % des contenus insuffisamment validés scientifiquement. Suivent la confusion pour les patients (31,4 %) et le risque de retard de prise en charge médicale (16,7 %).

La confiance ne peut donc pas reposer sur une formule générique du type « validé médicalement ». Encore faut-il préciser ce qui a été validé, par qui, selon quelle méthode, avec quelles limites.

« Commercial » ne signifie pas nécessairement « inutile »

Plus d'un médecin sur deux (53,9 %) estime que ces programmes relèvent notamment d'une stratégie commerciale des complémentaires. Isolé, ce chiffre pourrait laisser croire que les praticiens réduisent ces dispositifs à des produits de communication.

La question autorisait plusieurs réponses, pourtant : 46,1 % des médecins leur attribuent aussi une fonction d'éducation du patient, 29,4 % les voient comme des services de confort, 27,5 % comme des outils de prévention en santé.

Stratégie commerciale et intérêt sanitaire constituent-ils des intentions non conciliables ? Un service peut bien entendu enrichir l'offre d'une complémentaire tout en étant utile à ses bénéficiaires, à condition que son origine commerciale s'accompagne d'une transparence renforcée : la communication ne doit pas dépasser le niveau de preuve disponible, et le patient doit connaître le rôle exact du dispositif.

Comment Santéclair sélectionne ses outils numériques

Face à cette défiance, Santéclair ne présente pas la « validation médicale » comme un tampon unique applicable à toutes les solutions. Le niveau d'évaluation dépend de la nature de l'outil : programme de coaching, questionnaire de prévention, dispositif médical numérique ou thérapie numérique.

Le Lab' Innovation Santé de Santéclair organise une veille continue sur les enjeux de santé publique et les outils digitaux disponibles. Les besoins à couvrir sont identifiés en amont, en 2025, la démarche a porté sur la diététique, l'activité physique, le sevrage tabagique, le sommeil et la santé mentale.

Un cahier des charges est ensuite établi. Il intègre la construction scientifique du contenu, l'intervention éventuelle d'un comité scientifique ou d'un médecin, les études cliniques disponibles, les résultats observés chez les utilisateurs et les indices de satisfaction. Lorsqu'ils existent, le statut de dispositif médical, celui de thérapie numérique et les évaluations de la Haute Autorité de santé sont aussi examinés.

S'ajoutent à cela la conformité au RGPD, la sécurité des données personnelles, la robustesse technique du service et la solidité de l'entreprise qui le porte. Deux à quatre solutions peuvent être comparées et classées sur ces critères. Après le déploiement, Santéclair organise des suivis mensuels pour analyser les usages, les réclamations et les évolutions des outils, avec parfois des études en vie réelle pour compléter les données disponibles.

Ce processus ne place pas un coaching numérique au même niveau de preuve qu'un médicament ou un dispositif médical évalué par la HAS. Il permet en revanche de distinguer plusieurs dimensions trop souvent confondues : la validité des contenus, la compétence des intervenants, la sécurité technique, la conformité réglementaire et l'efficacité observée.

Des questionnaires de prévention fondés sur des données publiées

Dans son parcours de prévention, Santéclair utilise une évaluation de la santé perçue et des habitudes de vie construite à partir de questionnaires scientifiquement validés, de données issues de la littérature médicale et de l'expertise de son Lab' Innovation Santé. Elle aborde la santé mentale, les risques cardiovasculaires, de diabète ou d’insuffisance rénale, les habitudes de vie liées à l'alimentation, au tabac, au sommeil, à l'activité physique, le point sur la vaccination ou encore les dépistages des cancers, en débouchant sur une synthèse personnalisée et une orientation vers les services adaptés.

L'idée n'est pas de proposer le même programme à tous, mais d'identifier des priorités puis d'orienter chacun vers l'accompagnement qui correspond le mieux à ses besoins, en assumant pleinement ses choix d’outils digitaux dont voici deux exemples : 

Sevrage tabagique : un coaching appuyé sur les TCC

Pour l'arrêt du tabac, Santéclair propose un accompagnement développé avec Kwit, présenté comme fondé sur les thérapies cognitives et comportementales. Il vise à identifier les situations qui déclenchent l'envie de fumer, à soutenir l'utilisateur lors des envies fortes, à suivre ses progrès et entretenir sa motivation. Le programme propose aussi des contenus approuvés par des spécialistes, sur les répercussions de l’arrêt du tabac sur le sommeil, la gestion du stress ou l'alimentation.

Il ne se limite donc pas à compter les jours sans cigarette : il cherche à agir sur les habitudes et les situations à risque qui entretiennent la consommation. Le recours aux TCC et à des contenus relus par des spécialistes ne suffit pas, seul, à démontrer l'efficacité clinique propre de l'application, mais il répond directement à l'une des réserves des médecins interrogés : le risque de conseils produits sans expertise identifiable ni fondement méthodologique.

Nutrition : maintenir une présence professionnelle dans le parcours numérique

Le programme nutrition proposé avec SmartDiet associe l'outil digital à l'intervention de diététiciens-nutritionnistes. Les utilisateurs peuvent bénéficier d'un accompagnement personnalisé, d'échanges par messagerie ou téléconsultation, d'un journal alimentaire et d'un suivi de leur progression.

Cette présence professionnelle évite de réduire l'accompagnement à un algorithme qui délivrerait des recommandations standardisées, sans tenir compte des pathologies, des contraintes personnelles ou des pratiques alimentaires de l'utilisateur. L'enjeu n'est pas d'opposer accompagnement humain et numérique, mais de déterminer comment le second peut prolonger le premier.

Poppins : un exemple d'évaluation allant jusqu'à la HAS

Hors du champ strict des coachings de prévention étudiés dans le sondage, l'exemple de Poppins illustre un niveau supplémentaire de validation possible pour les thérapies numériques.

Santéclair a conduit en 2025 un proof of concept de trois mois avec cette application destinée aux enfants de 7 à 11 ans présentant des troubles spécifiques des apprentissages. Plus de 130 enfants y ont participé ; l'expérimentation a montré une amélioration de la lecture et une forte observance.

Poppins Clinical a ensuite reçu, le 23 juin 2026, un avis favorable de la Commission nationale d'évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé de la HAS pour une prise en charge anticipée. L'indication retenue concerne les enfants de 7 à 11 ans présentant un trouble spécifique des apprentissages avec déficit de lecture, en complément d'une rééducation orthophonique. La prise en charge anticipée par l'Assurance maladie est effective depuis le 3 août 2026, après publication des textes réglementaires.

Cet exemple ne permet pas d'extrapoler le même niveau de preuve à tous les programmes de prévention. Il montre en revanche ce que peut devenir une démarche d'évaluation lorsqu'elle associe expérimentation, données cliniques, encadrement réglementaire et expertise externe.

La confiance se construit outil par outil

Le sondage ne dessine pas un corps médical hostile à la santé numérique. Il décrit des médecins confrontés à des patients qui utilisent déjà ces services, conscients de leur potentiel, mais peu disposés à les recommander sans garanties.

Deux chiffres résument cette position : 56,9 % des répondants pourraient conseiller un programme numérique, au moins dans certaines situations, et 63,7 % estiment que sa crédibilité dépend du programme concerné.

La ligne de partage ne passe donc pas entre le numérique et le médecin, ni entre les complémentaires et le système de soins. Elle passe entre les outils capables de documenter leur méthode, leurs contenus, leurs limites et leur suivi, et ceux qui ne reposent que sur une promesse.

Pour gagner durablement la confiance des professionnels de santé, les acteurs du secteur devront faire plus que proposer de nouvelles applications. Ils devront rendre visibles les critères de sélection, les compétences mobilisées, les résultats mesurés et les limites de chaque service. Le numérique ne trouve sa légitimité ni contre le médecin ni à sa place, mais à ses côtés.

Méthodologie : enquête descriptive réalisée par What's up Doc auprès de 102 médecins répondants entre le 27 avril et le 2 juillet. Les médecins libéraux représentent 44,1 % de l'échantillon et les médecins généralistes 32,4 %. Ces résultats décrivent les opinions des répondants et ne constituent pas une estimation représentative de l'ensemble des médecins français.
- Un sondage réalisé et commenté en partenariat avec Santéclair
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