Nouvelles compétences infirmières : 63 % des médecins refusent la prescription de médicaments

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Selon une étude MACSF menée en février 2026 auprès de 890 professionnels de santé, dont 201 médecins et 34 étudiants ou internes en médecine, les orientations du décret du 24 décembre 2025 sur l'évolution de la profession infirmière divisent nettement les soignants. Si les infirmiers y voient majoritairement une reconnaissance de leurs compétences, les médecins se montrent beaucoup plus réservés dès que l'élargissement touche à la prescription, aux examens complémentaires ou à la prise en charge directe des patients.

Nouvelles compétences infirmières : 63 % des médecins refusent la prescription de médicaments

© Midjourney x What's up Doc

La réforme divise selon qui elle sert

Trois quarts des professionnels interrogés ont entendu parler du décret, mais seulement 69 % des médecins, contre 100 % des infirmiers en pratique avancée. Et la perception suit la même logique : 54 % des répondants y sont globalement favorables, mais ce chiffre recouvre des réalités très différentes. Les IPA sont 83 % à juger positivement le texte. Les médecins basculent à 47 % d'avis défavorables. Chez les étudiants et internes en médecine, l'opposition monte à 59 %. Le décret est bien accueilli par ceux dont il élargit les compétences, et mal vécu par ceux dont il redessine le périmètre.

Les médecins oui au renfort, non à la confusion des rôles

La position des médecins n'est pas un refus de principe. 59 % d'entre eux sont favorables à un champ de compétence infirmier plus large. Ce qu’ils refusent, c'est que cet élargissement empiète sur la décision médicale. La prise en charge directe de patients sans prescription ? 55 % contre. La prescription de médicaments ? 63 % contre. Le renouvellement d'ordonnances ? 62 % contre. La demande d'examens complémentaires ? 63 % contre.

Chez les plus jeunes, le rejet est encore plus tranché : 77 % des étudiants et internes s'opposent à la prescription infirmière. La ligne est claire.

Ce n'est pas du corporatisme, c'est de la responsabilité

Ce qui ressort des verbatims, ce n'est pas la défense d'un pré carré. C'est la crainte d'une médecine dégradée et d'un vide juridique dangereux. « On crée une médecine low-cost », disent certains. « Pas les mêmes connaissances et compétences, 10 ans contre 3 ans d'études, risque de dépassement de compétences et impact sur les responsabilités », précisent d'autres. Et la question qui revient en filigrane dans presque tous les avis négatifs : en cas d'erreur, qui porte la responsabilité ? « Le médecin devra rattraper les erreurs si la prescription n'est pas adaptée. » Voilà le vrai point de blocage.

Les infirmiers eux-mêmes ne se sentent pas prêts

L'étude évite heureusement le manichéisme. 41 % des infirmiers interrogés admettent ne pas se sentir prêts à assumer pleinement ces nouvelles responsabilités. Leurs demandes sont explicites : 80 % réclament des formations complémentaires, 77 % une clarification juridique des responsabilités, et presque tous mentionnent la question de la rémunération : « contrepartie financière », « salaire en conséquence », « acte rémunéré ». Le message est sans ambiguïté : élargissement oui, mais avec un cadre, une formation et une revalorisation.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/reforme-du-metier-dinfirmier-ne-va-pas-remplacer-le-medecin-ou-empieter-sur-ce-quil-fait

La coopération, point faible de toute la réforme

Le décret mise sur la coordination interprofessionnelle. Mais 56 % de l'ensemble des répondants jugent déjà la coopération entre professionnels de santé « problématique », et 57 % parmi les médecins à partagent ce diagnostic. Renforcer les compétences infirmières sans régler d'abord ce déficit de confiance et d'organisation, c'est risquer d'aggraver les frictions plutôt que de les réduire.

Les médecins ne sont pas contre l'évolution du métier infirmier. Certains le reconnaissent franchement : il faut « trouver des solutions pour pallier l'absence de médecins » et décharger les praticiens « de missions chronophages et simples ». Ce qu’ils refusent, c'est une délégation mal bornée, sans filet de sécurité juridique, sans formation solide, et sans réponse claire à la question de la responsabilité.

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