L'accès à l'avortement demeure très inégal dans le monde

Totalement interdit dans une minorité de pays, autorisé dans les autres avec plus ou moins de restrictions : l'accès à l'avortement, légalisé ce jeudi par l'Assemblée nationale au Bénin, demeure très inégal dans le monde.

Légalisé ce jeudi au Bénin, l'accès au droit à l'avortement reste très inégal dans le monde. Où est-il interdit, à ce jour ? Nous faisons le point.

L'IVG était auparavant interdite au Bénin sauf circonstances exceptionnelles, comme lorsque la grossesse était la conséquence d'un viol ou d'une relation incestueuse ou en cas de risque pour la vie de la femme.

Interdictions totales

En Europe, l'interdiction totale est une exception: l'avortement est ainsi totalement illégal à Malte (où en cas d'infraction la peine encourue va de 18 mois à trois ans de prison) ainsi que dans les deux micro-Etats d'Andorre et du Vatican.

Dans le reste du monde, l'IVG est interdite dans une quinzaine de pays: Congo, Djibouti, Egypte, Guinée-Bissau, Madagascar, République démocratique du Congo, Sénégal en Afrique; Honduras, Nicaragua, Surinam, Haïti et République dominicaine en Amérique; Philippines et Laos en Asie; Palaos en Océanie.

Le Salvador a adopté dans les années 1990 une législation draconienne qui interdit l'interruption de grossesse en toutes circonstances, même en cas de risque pour la vie de la femme. L'avortement est théoriquement passible de deux à huit ans de prison mais, dans les faits, les juges considèrent toute perte du bébé comme un "homicide aggravé", puni de 30 à 50 ans de réclusion.

Accès restreint

Dans de nombreux pays, l'avortement est soumis à des conditions extrêmement restrictives.

Ainsi, l'IVG est accessible uniquement en cas de danger pour la vie de la mère en Côte d'Ivoire, Libye, Ouganda, Soudan du Sud, Irak, Liban, Syrie, Afghanistan, Yémen, Bangladesh, Birmanie, Sri Lanka, Guatemala, Paraguay ou encore Venezuela.

Au Brésil, l'accès à l'IVG est également très limité, en cas de viol, risque pour la mère ou grave malformation du fœtus.

En 2017, le Chili a mis fin à près de 30 ans d'interdiction totale de l'IVG, désormais autorisée en cas de risque pour la vie de la mère, du bébé ou de viol. Fin septembre, les députés ont approuvé une proposition de loi qui dépénalise l'avortement jusqu'à 14 semaines de grossesse, le texte devant encore être débattu au Sénat.

En Pologne, le Tribunal constitutionnel a restreint en octobre 2020 le droit à l'IVG, interdisant les avortements en cas de malformation du foetus. L'avortement n'y est permis qu'en cas de viol, d'inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger.

Un droit parfois récent et sous pression

Ce sont globalement les femmes d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Océanie qui bénéficient des législations les plus libérales, acquises parfois très récemment.

La petite république de Saint-Marin l'a approuvé par référendum fin septembre.

En Argentine, le texte autorisant l'IVG jusqu'à 14 semaines de grossesse a été adopté en décembre 2020 par le Congrès. Jusqu'ici, l'avortement n'était permis qu'en cas de viol ou danger pour la vie de la mère.

La Nouvelle-Zélande n'a dépénalisé l'avortement qu'en 2020. En Australie, l'Etat du Queensland a légalisé l'avortement en 2018 et seule la Nouvelle-Galles du Sud, Etat le plus peuplé du pays, continue à proscrire l'IVG.

En Corée du Sud, la plus haute juridiction du pays a ordonné en 2019 la levée de l'interdiction de l'avortement, jugée anticonstitutionnelle, et demandé une évolution de la législation très restrictive.

En Irlande, l'avortement n'est légal que depuis 2018, à la suite d'un référendum historique abrogeant l'interdiction constitutionnelle de l'IVG. Il a également été libéralisé en 2019 en Irlande du Nord, seule partie du Royaume-Uni où il restait interdit.

Aux Etats-Unis, l'avortement a été autorisé par un arrêt célèbre ("Roe v. Wade") de la Cour suprême en 1973, garantissant le droit des femmes à avorter tant que le fœtus n'est pas viable, soit vers 22 semaines de grossesse.

Mais le droit à l'avortement y fait toujours l'objet d'une féroce bataille.

Le Texas a adopté une législation très restrictive, entrée en vigueur le 1er septembre. La loi texane interdit l'avortement une fois que les battements de coeur de l'embryon sont détectés, soit environ six semaines de grossesse et ne prévoit pas d'exception en cas d'inceste ou de viol.

Le gouvernement du président démocrate Joe Biden a formellement demandé le 18 octobre à la Cour suprême des Etats-Unis de bloquer cette loi.

Au Mexique, le 7 septembre, la Cour suprême a déclaré inconstitutionnelle l'interdiction de l'avortement, ouvrant la porte à la légalisation dans l'ensemble des 32 Etats du pays.

Pour l'instant, ce n'est le cas que dans la ville de Mexico et les Etats de Oaxaca (sud), Veracruz (sud) et Hidalgo (Est), pendant les douze premières semaines de grossesse.

Avec AFP 

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