Iran : les médecins ayant soigné les manifestants pris pour cibles par les autorités

Article Article

Depuis les manifestations de masse qui ont secoué l’Iran du 8 au 11 janvier, la répression ne vise plus seulement les manifestants, mais aussi les soignants qui les ont pris en charge. Le Monde rapporte que des médecins sont désormais sommés par les services de renseignement hospitaliers de transmettre l’identité des blessés.

Iran : les médecins ayant soigné les manifestants pris pour cibles par les autorités

© Midjourney X What's up Doc

Une jeune médecin à Téhéran explique que son hôpital lui a demandé « les noms et les numéros de carte d’identité des manifestants blessés ». Après avoir refusé, elle affirme que des policiers ont fait irruption à son domicile et l’ont « menacée de mort » si elle ne collaborait pas. Elle vit depuis cachée, craignant une arrestation imminente.

Selon le quotidien réformateur Shargh, au moins « 25 médecins et infirmiers » ont été arrêtés. Le journal décrit une série de pressions exercées dans les hôpitaux : convocations par les antennes locales des services de renseignement, menaces de licenciement, non-renouvellement de contrats conditionné à une « validation sécuritaire ».

Le Monde rapporte également l’arrestation d’un médecin pour avoir transporté « des fournitures médicales de base », détenu plusieurs jours avant d’être libéré contre une caution élevée, et accusé d’avoir joué un rôle de « leader » dans les manifestations.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/dr-ahmadreza-djalali-expert-en-medecine-des-catastrophes-dans-le-couloir-de-la-mort-en-iran

Face à ces risques, de nombreux manifestants blessés ont quitté les établissements de santé « avant d’être totalement rétablis », parfois encore sous perfusion. Certains médecins ont été contraints de les enregistrer « sous de faux noms » ou de les déclarer comme victimes d’accidents, tandis que d’autres ont choisi de les soigner en dehors des structures hospitalières.

Selon la Human Rights Activists News Agency (Hrana), « au moins 6 305 manifestants » ont été tués, et des milliers de cas supplémentaires sont encore en cours de vérification.

Une « pénalisation de l'acte médical »

Aucune liste officielle des soignants arrêtés n’a été publiée. Le 31 janvier, le président de l’ordre des médecins iraniens, Mohammad Raisszadeh, a confirmé l’existence de procédures judiciaires visant 17 médecins, tout en affirmant que leur arrestation « n’était pas liée à des actes médicaux ». Une position perçue par certains comme une tentative de dissocier l’acte de soin des accusations sécuritaires.

Cette lecture est contestée par le collectif Médecins et droits, qui a dénoncé la « pénalisation de l’acte médical » et alerté sur l’installation d’une « peur judiciaire » au sein du personnel soignant, rappelant que « la pratique de la médecine n’est pas un crime ».

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/il-faut-en-finir-avec-ce-regime-neveu-du-guide-supreme-diran-ce-medecin-exile-en-france

La situation inquiète aussi la communauté internationale. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a fait part de sa « vive inquiétude » face aux informations faisant état d’arrestations de soignants, d’attaques contre des établissements de santé et d’« actes d’intimidation », appelant à la libération immédiate des professionnels détenus.

Pendant ce temps, Le Monde rapporte que les forces de sécurité continuent leurs descentes dans les hôpitaux pour saisir des images de vidéosurveillance et récupérer des données médicales, rappelant aux équipes qu’elles peuvent soigner les blessés, à condition d’en communiquer l’identité.

Aucun commentaire

Les gros dossiers

+ De gros dossiers