"Il faut saluer la grande entente sur le terrain entre MIR et MAR"

Il semble loin, le temps ou médecin intensivistes et réanimateurs (MIR) et médecins anesthésistes-réanimateurs (MAR) se regardaient en chiens de faïence. Malgré les propos jugés agressifs du professeur Éric Maury à l’endroit des anesthésistes-réanimateurs, les jeunes MIR et MAR préfèrent mettre en avant leur collaboration commune. Après la publication d’un communiqué commun signé de l’association des jeunes anesthésistes-réanimateurs (Ajar), l’association nationale des jeunes médecins intensivistes et réanimateurs (ANJMIR), et le syndicat national des jeunes anesthésistes-réanimateurs (SNJAR), qui notent que « face à l’épidémie de Covid19 qui touche particulièrement nos services, les organisations représentatives des jeunes médecins pratiquant la réanimation tiennent à saluer la collaboration exceptionnelle dont font preuve l’ensemble des personnels soignants médicaux et paramédicaux qui permet une prise en charge optimisée de patients atteints de COVID19 », le président du SNJAR, Franck Verdonk, dans un entretien qu’il nous a accordé, revient sur la polémique soulevée par le professeur Maury pour souligner l’exceptionnelle collaboration, pendant cette crise du COVID19, entre MIR et MAR. 
 

What’s up Doc. Comment avez-vous pris les remarques du professeur Éric Maury, qui semblait dénigrer la participation des MAR à la réanimation ? 

Franck Verdonk, président du SNJAR : évidemment nous avons été choqués par ces propos qualifiés par certains d'agressifs du professeur Maury. Nous sommes dans une période où la synergie est de mise, et nous ne nous attendions pas à ces remarques. Néanmoins je tiens à préciser qu’une grande partie des MAR ont pris ces remarques avec distance et humour. En tous les cas cela n’a pas rajouté de la tension entre MIR et MAR, et la SRLF (société de réanimation de langue française) semble avoir pris ses distances avec les propos du professeur Maury. Nous avons par ailleurs reçu des mails de solidarité des MIR, ce qui nous a confortés. 

WUD. Avez-vous décidé de tourner la page  ?

F. V. : Oui. Mais ses propos peuvent relever de la non-confraternité et aucune décision n'a été prise sur cet aspect. 
 

WUD. Comment s’est organisée le travail entre MIR et MAR sur le terrain ? 

F. V. : Il faut saluer la grande entente sur le terrain entre MIR et MAR. Les MIR étaient aux avant-postes en réanimation, ces patients "médicaux" sont leur cœur de métier, mais ils ont été submergés par l’afflux de patients, et les MAR, internes et seniors, ont été intégrés dans certains pools de MIR comme à La Pitié Salpêtrière par exemple pour prêter main forte. Autre exemple, les protocoles de prise en charge de patients ont été réfléchis de manière conjointe entre la SFAR et la SRLF. 
Cette crise nous a également permis de juger de l’intérêt de la double compétence anesthésie/réanimation, qui a apporté souplesse et plasticité au système de soins. Elle a permis de supporter l'effort des MIR en ouvrant blocs et salles de réveil comme chambres de réanimation. Il faut aussi évoquer la participation des chirurgiens qui ont déprogrammé leurs interventions non urgentes. Je retiens de cette crise l'esprit de confraternité et la synergie d’équipe. Nous espérons que cela va se poursuivre, tout le monde a pris conscience de l'importance de cette dynamique.

WUD. Qu’en est-il actuellement sur le terrain ? 

F.V. : il faut savoir que les patients Covid-19 rentrent facilement en réanimation mais en sortent plus difficilement, ils y restent entre 15 jours et trois semaines. Actuellement nous sommes confrontés à une poussée de patients non covid-19. Cette pression est tout à fait justifiée puisqu’ils ont dû être reportés depuis un mois et demi (pour les cas non urgents), pendant que nous prenions en charge les patients Covid-19. La crise Covid est sous contrôle grâce au confinement et au respect du confinement, maintenant arrivent les autres patients. Donc nous ne nous attendons pas à prendre de vacances de sitôt et je crains que le plus dur soit devant nous. Et nous espérons, qu'après le soutien de la population, le système hospitalier pourra bénéficier du soutien politique promis.

Cette crise a été bénéfique sur l’esprit d’équipe

WUD. Les patients Covid-19 étaient-ils des SDRA classiques ? 

F.V. Ce ne sont pas des SDRA classiques, nous avons été confrontés à une nouvelle forme symptomatique et évolutive. Plus exactement, la prise en charge de ces patients covid-19 a nécessité de réfléchir à une adaptation de la prise en charge de SDRA classique, il a fallu débattre de sa physiopathologie. Cette réflexion est très stimulante pour les équipes. Le fait de pouvoir travailler en équipe soudée et de faire en sorte que l’information circule vite a permis de faire évoluer la prise en charge. Nous avons pu juger de l’importance de l’esprit d’équipe et du fait de se connaitre, pour adapter nos protocoles efficacement. 

WUD. On dit que les patients Covid-19 sont plus consommateurs de traitements ? 

F.V. : c’est un sentiment que l’on a, mais qui n’a pas encore été objectivé par la littérature. Nous avons eu l’impression que pour un même patient, dans une autre pathologie, nous aurions eu besoin de moins d'hypnotiques pour un même niveau de sédation. Cela pourrait être expliqué par différents mécanismes, en particulier la neuro-inflammation induite par le virus. Une des hypothèses repose sur le tropisme neurologique de ce virus, l'autre sur l'importance de la tempête cytokinique induite par celui-ci, à l'origine d'une neuro-inflammation qui pourrait expliquer une augmentation des besoins en sédation. Ces hypothèses ne sont pour le moment absolument pas prouvées, mais c’est une explication possible. 
 

WUD. Qu’est-ce qui vous a paru le plus difficile ? 

F.V. Cette crise a été très exigeante en terme d’investissement clinique et personnel puisqu’il a fallu médicaliser une grande partie des lits en quelques jours. Qui plus est, il faut y ajouter le stress pesant du risque d'infection du personnel soignant. Mais cette crise a été bénéfique sur l’esprit d’équipe. L’attention et les encouragements de la population nous ont aussi fait le plus grand bien. De nombreux professionnels de santé se sont investis dans des tâches qui n’étaient pas les leurs...les chirurgiens par exemple se sont investis dans les changements de position des patients, dans les transferts de patients… Tous les professionnels de santé se sont investis dans cette prise en charge et dans un même élan. C’est magnifique. Surtout à l’Assistance Publique qui était au beau milieu d’une crise économique et de gouvernance au moment où l’épidémie s’est déclarée. L’épidémie du Covid-19 a permis de relancer une dynamique très appréciable.  

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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