Harcèlement moral : le président de CME porte plainte contre le directeur du CH d'Arras

De nombreux personnels dénoncent un climat délétère au centre hospitalier d'Arras.
De nombreux personnels dénoncent un climat délétère au centre hospitalier d'Arras.

Le 4 mars dernier, le Dr Patrick Le Coz, président de la CME du centre hospitalier d'Arras, a décidé de déposer plainte contre son directeur, Pierre Bertrand. Des personnels se plaignent d'un climat "toxique" dans l'hôpital depuis plusieurs années. 

Le 4 mars dernier, le Dr Patrick Le Coz a décidé de franchir le pas et de déposer plainte au commissariat de police contre son directeur d’établissement. C’est le quotidien l’Avenir de l’Artois qui révèle cette affaire. Joint par WUD, le Dr Patrick Le Coz a confirmé le dépôt de plainte. C’est l’aboutissement d’un conflit latent entre le nouveau directeur, arrivé le 1er janvier 2016, et une partie des personnels du centre hospitalier d’Arras.

Dès janvier 2017, un collectif de 70 personnels, toutes catégories confondues, adressait une missive à au nouveau directeur pour faire part de leur malaise. « Depuis, le collectif n’existe plus vraiment, les gens ont peur d’être harcelés », nous a confié un médecin du CH. Joint par WUD, Pierre Bertrand relativise la teneur de ce courrier : « On me demandait tout simplement d'ouvrir un espace de dialogue, ce courrier tenait en trois phrases ».

Courrier officiel de l'association Jean-Louis Megnien

Quoi qu’il en soit, l’association nationale Jean-Louis Mégnien (ANJLM) a adressé un courrier officiel au ministère de la Santé pour remédier à cette situation. « Nous avons écrit un courrier officiel au ministère de la Santé pour nous plaindre de cette affaire et jouer les lanceurs d’alerte », nous a confirmé le professeur Philippe Halimi, président de l'ANJLM. « C’était il y a deux mois, en mars, et Monique Ricomes, alors directrice générale de l’agence régionale de santé des Hauts-de-France, a évoqué l’idée de lancer une enquête sur la situation du CH d’Arras. Nous n’en savons pas plus sur l’existence ou non de cette enquête ».

Certains médecins sur place se plaignent du manque de réactivité de la tutelle. « Depuis deux ans, tout le monde est au courant de cette affaire et personne ne bouge. Il existe un gros malaise dû à des dérives managériales. Et cela touche tous les corps de métiers : les soignants, les médecins, mais aussi le personnel de direction », témoigne un autre médecin. Jusqu’au dépot de cette plainte pour harcèlement moral, qui marque un nouveau tournant dans cette affaire.

Pas d'ambiance délétère pour le chef d'établissement

Le directeur d'établissement, nie les accusations portées contre son management. « Nous sommes un établissement dynamique, attractif, et il n'y a pas d'ambiance délétère au sein du CH d'Arras. La plainte du Dr Le Coz est le résultat d'un conflit personnel : je lui ai demandé de payer la redevance qu'il devait, au titre de l'exercice libéral qu'il pratique au sein du centre hospitalier, et nous étions également en conflit sur le versement de certaines primes. Deux autres praticiens, un chirurgien qui a quitté l'établissement et un pédiatre en retraite, en conflit avec moi, alimentent également ce malaise, qui reste circonscrit à quelques personnes ».

D'autres médecins présentent une toute autre version des faits. S'il y a harcèlement, il n'est pas du fait du directeur, mais d'un groupe de médecins. « Je confirme que le climat est plus que délètère et que je vais partir », nous a confié la vice-présidente de la CME du CH d'Arras, le Dr Audrey Pereira, chirurgien gynécologue de 42 ans. « M. Le Coz me rend la vie impossible, je vis un véritable enfer », ajoute-t-elle.

« Cela fait dix ans que je suis au CH d'Arras, et trois ans et demi que j'ai été élue à la vice-présidence de la CME, et je peux vous dire que nous subissons le comportement toxique de cinq à six médecins. Un chirurgien particulièrement toxique est parti, et depuis, de nouveaux médecins sont arrivés. Mais d'autres sont encore en poste, et ils ont réussi à faire pleurer l'ancienne directrice. Ils s'en prennent systématiquement au directeur en poste. Du coup, cela donne une mauvaise image à notre établissement. De nombreux médecins sont choqués par l'image du CH d'Arras ». Comme pour calmer le jeu, le chef d'établissement devrait délivrer un message d'apaisement en cours d'après-midi. 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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