© Echopen
What’s up Doc : Comment est née l’idée d’Echopen ?
Mehdi Benchoufi : J’étais interne à l’hôpital Saint-Antoine. Sur une semaine, en étant de garde aux urgences, j’ai perdu deux patients d’une rupture d’anévrisme de l’aorte abdominale. L’un d’eux avait été pris en charge à domicile par un médecin du SAMU qui suspectait le diagnostic, mais sans disposer des moyens pour le confirmer. Il a échangé avec différents services de l’AP-HP pour orienter le patient, mais comme celui-ci n’avait pas un profil typique pour une pathologie aussi grave, il y a eu un délai.
Il a été orienté après 45 à 50 minutes, avec un temps d’errance diagnostique important. Puis, il a dû attendre une heure supplémentaire pour obtenir une échographie. Il est décédé faute de rapidité. Il n’y a pas de responsabilité particulière, simplement un manque de technologie adaptée. C’est ainsi que l’idée a germé : s’il avait eu un moyen d’investigation sur place, on aurait pu lui sauver la vie.
« Aujourd’hui, nous sommes leaders sur le marché français et l’impact se mesure en vies sauvées. »
Que s’est-il passé entre cet événement et la création du produit ?
MB. : L’idée a mûri avec le temps. À l’Hôtel-Dieu, dans un espace d’open innovation mis à disposition par Martin Hirsch (DG de l’AP-HP de 2013 à 2022), nous avons constitué un groupe de travail avec des ingénieurs. Progressivement, le projet a pris de l’ampleur.
En 2020, en plein Covid, nous avons créé l’entreprise. Nous sommes passés du prototype artisanal à une véritable industrialisation, ce qui est très différent. L’objectif n’était pas simplement de miniaturiser un échographe, mais de penser les usages les plus simples et les plus utiles.
Nous avons conçu l’outil comme un « stéthoscope du XXIe siècle », accessible et peu coûteux. Après avoir franchi les exigences réglementaires européennes, nous avons pu lancer le produit il y a deux ans. Aujourd’hui, nous sommes leaders sur le marché français et l’impact se mesure en vies sauvées.
À qui s’adresse l’outil ?
MB. : À tous les médecins, sauf les spécialistes avancés de l’échographie que sont les radiologues, cardiologues et obstétriciens. Pour les autres spécialités, il s’agit d’un outil simple de tri au lit du patient, pour un premier diagnostic.
On passe d’une pratique classique (palpation, percussion, auscultation) qui donne des informations peu sensibles et peu spécifiques, à un outil permettant de voir directement dans le corps. Cela permet de trancher plus rapidement et d’avancer dans le diagnostic.
En cas d’urgences, cela sauve des vies. Mais au-delà, c’est aussi très utile dans les déserts médicaux où l’imagerie est difficile d’accès.
Faut-il se former pour utiliser l’outil ?
MB. : Oui, bien sûr. Les formations peuvent être longues ou très courtes et ciblées. L’avantage est que l’outil étant accessible, un médecin peut se former en une journée sur un sujet précis et être opérationnel rapidement. Par exemple, l’échographie pulmonaire est simple à apprendre et très utile.
Echopen n’est pas un organisme de formation à proprement parler. En revanche, nous proposons des contenus d’accompagnement : révision des fondamentaux, cas cliniques, échanges communautaires, et des modules pour se familiariser avec le geste. Cela complète les formations existantes.
« Nous exploitons notamment la puissance des smartphones auxquels l’appareil est connecté, ce qui permet de réduire les coûts. »
Vous avez reçu le prix Galien. Que représente-t-il pour vous ?
MB. : C’est une reconnaissance par les pairs. Au-delà de la crédibilité et de la motivation pour les équipes, cela valorise une pratique essentielle à la médecine moderne, qui doit être largement diffusée.
Nous avons un certain succès, mais pas encore l’ampleur recherchée. L’objectif est un impact global en santé publique, ce qui demande encore beaucoup de travail.
L’outil est accessible à partir de 1500€. Comment parvenez-vous à ce coût réduit ?
MB. : En Europe, nous sommes le seul fabricant. Mais il existe des concurrents américains et chinois. Nous sommes environ trois fois moins chers qu’eux grâce à une technologie spécifique développée après des années de recherche.
Nous exploitons notamment la puissance des smartphones auxquels l’appareil est connecté, ce qui permet de réduire les coûts.
Q : Que prévoyez-vous pour les prochains mois/années ?
MB. : L’objectif reste d’améliorer l’accessibilité. Nous travaillons notamment sur l’intégration de l’intelligence artificielle pour faciliter le geste et automatiser en partie la lecture des images, en fournissant des indicateurs sur le fonctionnement des organes.
A voir aussi
Arrêts maladie en téléconsultation : trois médecins, neuf jours d’arrêt, zéro examen clinique