Doc en papier : Benassis, médecin des crétins

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Cet été, on manque de médecins, et vous ne voulez pas abandonner vos confrères… Pas de panique, WUD a la solution ! Pour rester en compagnie médicale, même sur la plage avec un bon bouquin, nous vous présentons quelques docteurs piochés dans les classiques de la littérature. Aujourd’hui, le Benassis de Balzac.

Doc en papier : Benassis, médecin des crétins

Au chevet d’un crétin des Alpes. Voilà où se trouve le Dr Benassis lorsque lecteur du Médecin de campagne, de Balzac, fait sa connaissance au début de ce roman paru en 1833. Et l’expression de « crétin des Alpes » n’est pas ici une insulte du capitaine Haddock ! Elle fait référence au crétinisme, maladie bien réelle causée par l’insuffisance thyroïdienne qui sévissait à l’époque de Balzac dans les régions où l’alimentation des populations était trop pauvre en iode. Or il se trouve que Le Médecin de campagne se déroule dans l’une de ces régions : le massif de la Chartreuse, au-dessus de Grenoble.

Benassis, donc, est un héros balzacien paré de toutes les vertus, du moins aux yeux d’un lecteur du XIXe siècle. Arrivé dans un village de montagne une dizaine d’année avant que l’histoire ne débute, il en est rapidement devenu le maire et a œuvré sans relâche à ce qu’on nommerait aujourd'hui le développement de son territoire : éradication du crétinisme, mais aussi développement de l’agriculture, de l’industrie, de l’éducation… Bref, le bon Dr Benassis est venu apporter la civilisation aux populations alpines arriérées.

Crétins en déportation

Le problème, c’est que le lecteur d’aujourd'hui a quelque difficulté à succomber à l’admiration que Balzac cherche à susciter pour son héros : les méthodes du médecin nous font trop penser aux heures les plus sombres des époques qui ont suivi. C’est ainsi que, craignant la propagation du crétinisme, que l’on croyait alors contagieux, Benassis se vante d’avoir déporté « nuitamment […] quelques-unes de ces malheureuses créatures du côté d’Aiguebelle, en Savoie ».

Et le bon médecin de relater l’ingratitude des populations face à cette mesure pourtant si salutaire. « Malgré mes efforts pour expliquer aux meilleures têtes du bourg combien était importante l’expulsion de ces crétins, malgré les soins gratuits que je rendais aux malades du pays, on me tira un coup de fusil au coin d’un bois », se désole-t-il.

Rastignac des montagnes

Mais Benassis ne serait pas un vrai héros balzacien s’il ne surmontait pas l’adversité. En véritable Rastignac des montagnes, il finit donc par vaincre les réticences des habitants, et leur fait accepter la justesse de ses vues non seulement sur le crétinisme, mais aussi sur les mesures à prendre pour assurer la prospérité du village. Loin d’être étouffé par la modestie, il explique sa méthode pour convaincre les paysans. « Je ne leur donnai que des conseils d’un effet certain qui les contraignaient à reconnaître la justesse de mes vues, se félicite-t-il. Avec le peuple, il faut toujours être infaillible. »

Reste que Le Médecin de campagne est loin de se limiter aux questions de développement rural : le lecteur devine bien vite que Benassis a un secret. « Par quel hasard est-il resté médecin de campagne ? », se demande Genestas, l’autre personnage essentiel du roman. Ce militaire et vétéran des campagnes napoléoniennes a du mal à croire qu’un tel génie, qui devrait jouer les premiers rôles à Paris, végète au fin fond des Alpes. Et c’est à lui que Benassis va finir par raconter toute son histoire, faite d’intrigues où se mêlent l’amour, l’argent, la condition sociale… bref, tout ce qui, à défaut d’apporter de l’iode aux crétins, fait le sel de La Comédie humaine.

 

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