Cent tons de solitude - Critique de « Jim Queen » de Marco Nguyen & Nicolas Athané, et de « Maspalomas » de Aitor Aregi & José Mari Goeanaga

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L’analyse comparée de deux films à la tonalité radicalement différente mais qui se font écho par un sous-texte étonnamment similaire.

Cent tons de solitude - Critique de « Jim Queen » de Marco Nguyen & Nicolas Athané, et de « Maspalomas » de Aitor Aregi & José Mari Goeanaga

© Jim Queen à gauche, Maspalomas à droite

Un jeune homosexuel parisien est terrifié à l’idée de faire son coming-out auprès de sa mère, Ministre de la santé se situant quelque part entre Christine Boutin et Kim Jong-Un. 
À la suite d’un accident vasculaire et d’un placement en maison de retraite dans la ville qu’il avait choisi de fuir, un vieil homosexuel se condamne à retourner dans un placard dont il n’était peut-être jamais totalement sorti. 

Il y a de cela plusieurs décennies, Alain Souchon chantait ce sentiment intemporel qu’est la solitude, la revêtant d’un caractère « ultra moderne », au diapason d’une époque qui se vivait comme telle. Les années ont passé et la solitude, au sein d’une société fracturée qui, pour continuer à « vivre ensemble », s’est organisée en communautés, est peut-être encore plus universellement partagée. Comme une fatalité à laquelle l’on serait toujours ramenés. C’est en tout cas ce que l’on ressent au sortir de ces deux films a priori fort différents, mais dont les points communs dépassent pourtant la qualité et le plaisir pris à les découvrir.

Des personnages réunis par l'exclusion

Peu de ressemblance en effet entre Jim Parfait et Lucien, couple que son improbabilité rend paradoxalement prévisible voire archétypal, et le discret Vicente, vieil homosexuel qui a passé sa vie à quitter une prison pour une autre. Dans ces univers frappés du sceau et du fantasme de la liberté absolue que sont un Marais parisien - dont il ne reste par ailleurs quasiment rien - ou cette station balnéaire des Canaries emblématique de l’amour, et surtout du sexe, libres, tous ces personnages, qui représentent autant de facettes de l’homosexualité en tant que vécu intime, expérimentent ce sentiment qu’est l’auto-exclusion. Celle-ci ne se limitant pas à une simple réaction au rejet, souvent exacerbé dans ce cas précis, qu’occasionne le refus de l’altérité. 

Ce que nous font percevoir ces duos de réalisateurs, l’un basque l’autre parisien, c’est ce qu’engendre ou plutôt perpétue une communauté en son sein, une différence qui serait davantage stigmatisée voire condamnée, vécue plus douloureusement encore, justement parce que ses fondations reposent sur l’adaptation à un rejet originel qu’elle aurait, par le déni, vainement tenté d’annuler. Jim Queen, film qui dénonce les cases et les castes, ne parle d’ailleurs que de cela. Tout en n’échappant pas à une dimension excluante qui, si elle fera le bonheur des initiés, risque de laisser tous les autres sur le carreau.

« Dans les deux films, c'est l'expérience de la vulnérabilité qui permet aux personnages de se confronter au réel »

Dans l’une des scènes de Maspalomas, Vicente s’interroge, avec un ami retrouvé, sur ce qu’est devenue la discrète communauté homosexuelle qui se retrouvait dans le peu de bars gays de San Sebastian. Pour en conclure que l’apparent eldorado dans lequel beaucoup ont trouvé refuge, pas tant par désir d’émancipation que par nécessité de survie dans une société où faire son coming-out reste pour beaucoup inenvisageable, n’est au final qu’un placard un peu plus grand. 

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On remarquera que, dans les deux films, c’est l’expérience de la vulnérabilité - la vieillesse comme la maladie, cette « hétérose » dont le caractère frontalement potache atténue à peine la résurgence des sombres aspects des « années SIDA » qu’elle suscite - qui permet aux personnages de se confronter au réel. Une prise de conscience qui, malgré une tonalité et une issue en apparence aux antipodes, aura au final la même fonction émancipatrice. Face à une crise sanitaire d’ampleur mondiale, Lucien apprendra à se connecter à l’autre - on vous laisse la surprise d’en découvrir les modalités - tandis que Vicente pourra, peut-être, enfin cesser d’échapper à lui-même. 

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