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Alors que dans son lycée circule une pétition pour demander qu'un pédocriminel prochainement libéré ne puisse retourner dans la ville où il a sévi, la jeune Joo-Yin choisit de ne pas la signer, refusant de cautionner un texte qui essentialise la figure de la victime. Derrière le masque de l'adolescente espiègle, voire provocatrice, se cache en effet une petite fille ayant elle aussi été confrontée aux violences sexuelles...
Il en est des films pédagogiques comme de chaque genre au cinéma : il y a les réussis, et il y a le reste. À ceci près que le droit à l'erreur y est probablement moins permis, tant l'efficacité du message repose sur celle de sa transmission, voire de sa digestion. À ce jeu-là, The world of love s'en tire avec les honneurs. Ce drame coréen réussit en effet à ne jamais surligner les nombreux effets psychologiques comme narratifs dont son scénario est pourtant truffé, la réalisatrice préférant une mise en scène épurée et allant à l'essentiel, à l'image de l'entièreté et de la détermination de son héroïne.
Nommer sans jamais dire
Nous assistons ainsi à la description de situations et à la délivrance d'informations tout sauf évidentes, où le tabou, une fois levé, viendrait se heurter au risque de la simplification et de la binarité. Ce tabou, celui de l'inceste, est paradoxalement tout autant aisément exposé par Joo-Yin - et Ga-Eun Yoon - que jamais nommé. C'est par la description, jamais appuyée mais sans détour, de ses conséquences insidieusement successives que le film impressionne le plus, au sein d’une société que l'on imagine encore corsetée sur de nombreux sujets.
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Sont ainsi abordées des thématiques aussi diverses que l’injonction sociale imposée aux victimes, l'alcoolisme féminin, la perpétuation des violences, les négligences éducatives - authentiques violences s'il en est - ou encore la difficulté de la reconstruction personnelle, la résilience semblant être presque trop à l'étroit dans la conceptualisation à laquelle on a tendance à la résumer. Et à laquelle on préfèrera celle, plus diverse et plus réaliste, de la croissance post-traumatique. S'il y a bien quelque chose qui n'est jamais évident à atteindre après un traumatisme sexuel, c'est l'espoir. Le film réussit fort bien à en faire entrevoir et la difficulté et la possibilité.