Affaire glacée - Critique de « L’affaire Zanetti » de Leonardo Di Costanzo

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Partant d'une affaire ayant secoué son pays, Leonardo Di Costanzo ambitionne d'explorer l'humanité du criminel pour comprendre son geste. Vaste programme pour cette démarche sincère, hélas bien trop théorique et désincarnée pour susciter plus qu'une attention de rigueur.

Affaire glacée - Critique de « L’affaire Zanetti » de Leonardo Di Costanzo

© Olivier Oppitz

Elisa Zanetti, meurtrière de sa jeune soeur, purge sa peine dans la prison de Moncaldo, modèle du genre puisqu'elle dispose de son propre centre de recherche universitaire. C'est dans ce cadre qu'elle rencontre un célébre criminologue. Les deux partent à la recherche du sens de son geste, qu'elle dit avoir presque totalement oublié.

Voici un point de départ qui aurait pu être passionnant, à ceci près qu'il épouse une thématique récurrente dans le septième art, celle d'expliciter une mécanique criminelle. Le dispositif est souvent le même, à coups de flash-backs comme autant de pièces d'un puzzle s'agençant sous nos yeux. Et si L'affaire Zanetti ne déroge pas à cette règle, son postulat criminologique n'en reste pas moins attractif. Il s'agit en effet d'explorer l'amnésie traumatique, ou présentée comme telle, non pas de la victime mais de l'auteur d'un crime.

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L'originalité résidant dans le fait de battre en brèche, pour partie, ce concept, tant à l'amnésie répond une mécanique plus plausible, celle du clivage, destiné à se protéger non pas de la violence de la situation mais bien de l'effondrement qu'engendrerait, encore plus que la culpabilité, la remise en question de son inéluctabilité. C'est bien parce qu'il lui a semblé impossible, à un niveau de sa conscience, d'agir autrement, et parce qu'il lui était vital de ne pas reconsidérer tout le processus d'autopersuasion sur lequel elle s'est construite, que le symptôme occultant, plus basé sur l'anesthésie émotionnelle que sur l'oubli, s'est éclos.

Un criminologue trop statufié

Leonardo Di Costanzo confie avoir pensé à Roschdy Zem pour le rôle du criminologue après l'avoir vu dans Roubaix, une lumière, dans le rôle d'un commissaire dont l'approche instinctuelle était érigée en sagesse. Le professeur Alaoui représente pourtant l'antithèse du commissaire Daoud, tant il est marmoréen et dévitalisé. C'est au final le principal inconvénient du film, que d'afficher cette confrontation, thérapeutique plus qu'expertale, comme le moyen d'accéder à l'humanité du coupable alors que, dans le même temps, celle de l'interlocuteur est gommée.

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Zem est ainsi prisonnier d'un personnage figé dans une intégrité plus posturale que tempéramentale, jamais spontané, ne s'exprimant que par sentences désincarnées, jusqu'à l'héroïsation - l'on pense à la scène, par ailleurs très forte, où, réceptacle consentant et théorisant, il fait face à une mère de victime, interprétée par la toujours juste Valeria Golino, lui assénant la fatalité de sa douleur. L'on peut estimer que ce parti pris concourt à mettre l'accent sur le personnage d'Elisa et sa complexité. Mais il s'inscrit dans une austérité déjà tellement pesante qu'il renforce le constat d'une occasion manquée, celle d'humaniser non pas une criminelle - le jeu tout en retenue de Barbara Ronchi lui garantit de l'être - mais une démarche, et le changement que celle-ci aura permis.

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