Y'a pas trop tôt

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Critique de "Professeur Yamamoto part à la retraite", de Kazuhiro Sôda (sortie le 4 janvier 2023)

Y'a pas trop tôt

Le professeur Yamamoto, qui a dirigé une institution psychiatrique à la marge du système hospitalier toute sa vie durant, dit au revoir à ses patients. Le réalisateur le suit dans cette transition où se télescopent, comme il en a toujours été, vie professionnelle et vie intime, pour se rejoindre dans une singulière conclusion. Atypique et touchant, le documentaire repose sur une absence de jugement qui se révèle être l'argument le plus convaincant de l'hommage sur lequel il débouche.

Kazuhiro Sôda réalise ses documentaires selon une méthode stricte garantissant leur qualité de "films d'observation", ainsi qu'il les dénomme. Parmi ses dix commandements, notons l'absence de recherche sur le sujet ou de scénario, un travail totalement solitaire, filmer aussi longtemps que possible et laisser le thème émerger au montage. Le film a les défauts de ses qualités, la longueur de certaines séquences ne révélant leur intérêt qu'après-coup, mais c'est aussi à ce prix que s'illustre l'originalité de la méthode.

Le professeur Yamamoto et sa femme avaient déjà été filmés dans un précédent film du cinéaste, Mental. C'est par l'usage ponctuel et intelligent d'extraits de ce film, à valeur saisissante de flash-backs, que conscience est prise du temps parcouru, et des conséquences de l'abnégation hors normes de ce psychiatre ayant souhaité adopter un lien différent avec ses patients. Les premières séquences, une succession d'entretiens cliniques souvent remplis de malice, jamais exempts de bonté, laissent présager que le thème principal du film résidera dans cette approche atypique - un couple de patients sort ainsi au médecin imperturbable et débonnaire qu'ils auront bien ri tous ensemble durant toutes ces années! Il n'en est rien. Par un glissement progressif et assez désarçonnant, un tournant qu'il faut savoir négocier, le réalisateur laisse apparaître le coeur-même de son sujet, à savoir la vraie raison du départ à la retraite de cet homme qui, on va le comprendre rapidement, amorce un autre type de prise en charge.

Le film n'est pas univoque, encore moins hagiographique, même si le lien entre le réalisateur et son sujet est tout sauf neutre. Progressivement, le documentaire révèle le coût humain et les sacrifices que l'exercice du praticien a imposés, l'égoïsme parfois cruel qui en a résulté, ainsi que l'effacement d'une femme, au second comme au premier degré. C'est dans la toute fin du documentaire que l'on est saisi par la beauté de ce couple qui s'en va main dans la main, avec des fragilités exposées crument mais sans aucun misérabilisme, rejoindre le chemin de ses ancêtres.

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