Tu seras autonome, mon fils - Critique de « Ulysse » de Laetitia Masson

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Merveilleux retour au cinéma de Laetitia Masson, Ulysse est un film d'une sensibilité rare, qui transfigure l'intime en universel.

Tu seras autonome, mon fils - Critique de « Ulysse » de Laetitia Masson

Élodie Bouchez dans Ulysse © ARP 2026

Alice, chercheuse en sociologie, et Vladimir, compositeur, mettent au monde le plus merveilleux des petits garçons. En le nommant Ulysse, ils ne se doutent pas à quel point son prénom est adapté au périple qui l'attend. Car Ulysse est atteint du syndrome de Noonan, maladie orpheline qui oblige brutalement les parents à repenser et réorganiser toute leur vie...

Il fut vraisemblablement long, ce voyage-ci. Ce périple à la fois semé d'embûches, entre incertitudes et condamnations sociales, et rectiligne comme la certitude lumineuse qui habite sa mère, et qui permettra à Ulysse d'obtenir sa place dans le monde des valides. Celui, probablement aussi, de Laetitia Masson, qui s'éloigna des plateaux de cinéma pour se consacrer à son fils, Alphonse, acteur principal du film endossant le rôle-titre avec une tranquille assurance, et qui y retourne avec le plus désarmant des gestes d'amour.

Un récit qui coule de source

Il fut long, ce voyage-ci, mais la belle idée, superbement concrétisée par une réalisation en état de grâce, est de ne jamais nous le faire ressentir, tant le film, enchaînement fluide de subtiles touches artistiques composant un tableau diablement ample et cohérent, est basé sur l'écoulement de la source. Une mélodie qui s'écrirait naturellement sous nos yeux, à l'image de celles qui habitent le père (Stanislas Merhar) magnifiquement empêché, douloureusement absent, et qui finira par devenir atteignable lui aussi, comme tout le reste. Et si ce temps s'écoule en apparence avec facilité, pour mieux épouser la trajectoire de cette mère qui n'abandonne jamais - notre ravissement devant le potentiel intarissable du trésor national qu'est Elodie Bouchez est passé du stade de la rengaine à celui du radotage -, c'est parce que Laetitia Masson, après l'avoir beaucoup porté, semble avoir tout autant pensé ce parcours-ci. Le regard posé est ainsi rétrospectif, lucide mais apaisé. Confiant dans une possible utilité du cinéma, sans jamais en abdiquer la beauté. 

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Ulysse est ainsi, et avant tout, un film pur, un film lumineux, qui donne espoir sans être mièvre. Mais il montre à quel point la fameuse inclusion nécessite un renversement sociétal. Cela paraît simple, énoncé ainsi, mais cette évidence théorique se heurte à des verrous bien concrets que la réalisatrice prend la peine d'écrire, de dénoncer et de faire sauter. L'issue trouvée est une autonomie conquise, permise par une mère que l'obsession de garantir à son fils la possibilité constante d'effectuer ses choix rend contrôlante aux yeux d'une société qui semble avoir déjà abdiqué. Sous sa poésie de chaque instant, Ulysse cache une lutte et révèle un coup de gueule, celui qu'Elodie Bouchez renvoie à la face des représentants de l'Etat et de ses « profiteurs », plus soucieux de pérenniser un budget que de penser un fonctionnement institutionnel à hauteur d'enfant - et de handicap. 

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