Souffrance au travail : une consultation pour et par les médecins

Au Chu de Montpellier, les médecins ont créé une consultation médicale pour praticiens.
Au Chu de Montpellier, les médecins ont créé une consultation médicale pour praticiens.

Le suicide d'un jeune médecin en 2010 au CHU de Montpellier a provoqué un électrochoc. Du coup, la communauté médicale s'est prise en main pour mettre en place, entre autres, une consultation médicale pour praticiens et éviter de nouveaux drames. 

Il a fallu un événement malheureux pour que les praticiens du CHU de Montpellier lance une initiative originale en matière de qualité de vie au travail. En 2010, suite au suicide d’un jeune médecin (dans un contexte d’erreur lié aux soins) au CHU de Montpellier, la communauté médicale va décider de mettre en place plusieurs actions : l'instaurtion d’un groupe pluridisciplinaire pour faire face aux erreurs dans les soins, et la création d’un groupe de praticiens (groupe BEAT) en charge du bien-être au travail. Six ans plus tard, Michele Maury, psychiatre au CHU de Montpellier et animatrice par ailleurs du groupe BEAT, a tiré un premier bilan des actions menées par ce groupe médical, dans un livre qui vient de paraitre*. 

Dès 2012, les membres de BEAT ont décidé de mener de nombreux entretiens individuels entre confrères, ainsi que des interventions auprès d’équipes médicales traversant des difficultés. Entre 2012 et 2015, BEAT a aussi conduit une serie d’entretiens croisés directeurs-médecins, pour lancer en 2015 une « série d’actions novatrices ».

72 praticiens ont consulté

Parmi ces actions, la mise en place d’une consultation médicale réservée aux médecins. Cette consultation a été assurée par Michèle Maury et a bénéficié à 72 personnes à la fin de l’année 2018. Selon le bilan de Michèle Maury, les praticiens qui consultaient étaient majoritairement des femmes, toutes spécialités confondues. Mais Michèle Maury a quand même noté une légère surreprésentation des anesthésistes, et des biologistes, et une sous-représentation des chirurgiens. « Les praticiens hospitaliers titulaires dominent mais les assistants et chefs de clinique consultent aussi », note Michèle Maury. Dans plus de 60% des cas, les praticiens viennent consulter pour des problèmes relationnels, « avec un responsable médical ou un membre de l’équipe » : « le vécu douloureux exprime un sentiment d’être agressé, méprisé, traité injustement et dans tous les cas non reconnu ». 

Dans 20% des cas, à l’issue de cette première consultation, le praticien qui consulte est adressé à un autre collège psychiatre. Sinon dans 50% des cas, la consultation BEAT se suffit à elle-même. Michèle Maury a également pu adresser ces « patients » vers d’autres ressources du CHU : pôle, commission médicale d’établissement (CME), direction des affaires médicales, médecine du travail… 

De nouvelles actions en 2018

En 2018, BEAT a mis en place de nouvelles actions comme la rédaction et la diffusion d’une charte des relations en équipe médicale, «l’installation d’un ou de deux praticiens comme correspondant BEAT dans les pôles », la mise en place d’une cellule d’accompagnement des médecins pour coordonner l’évaluation des situations et les actions en faveur des médecins en difficulté. 

Bilan

Quel bilan tirer de toutes ces actions ? Michèle Maury s’avoue impuissante à produire des données épidémiologiques sur les actions engagées. Néanmoins, elle note « une plus grande liberté d’expression des difficultés », une plus grande solidarité des jeunes praticiens, y compris des chirurgiens, vis-à-vis de leurs collègues en difficulté. Des initiatives en faveur de la santé au travail sont aussi prises plus souvent, comme des séances de sport organisées par un pôle, l’apprentissage de techniques de gestion du stress, etc. Mais le bilan n’est pas tout rose, puisque Michèle Maury regrette aussi de constater que la communication interpersonnelle est lacunaire, ce qui contribue « à un sentiment de non reconnaissance et une souffrance au travail qui contribuent au départ de plusieurs praticiens »

* Les médecins ont aussi leur maux à dire. Sous la direction de Michèle Maury et Patrick Taourel. Eres. 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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