Psychiatrie : l’Académie de médecine exige un plan national

L’Académie de médecine vient de publier un rapport pour exiger un plan national pour la santé mentale et la psychiatrie. Car trop nombreux sont ceux qui paient un lourd tribut à la stigmatisation et au renoncement thérapeutique. D'autant plus que l’identification des désordres neurobiologiques sous-jacents à ces maladies, la mise en évidence du poids de l’environnement dans leur déclenchement annoncent des avancées majeures en matière de recherche et surtout de traitement.

Après 50 années de progrès dans les soins et les thérapeutiques des maladies mentales, le constat est « cruel » pour l'Académie de médecine qui déplore le fait que « le regard porté sur ces maladies par notre société reste partagé entre peur et stigmatisation, rejet et incompréhension. »
 
En effet, nous continuons collectivement « à détourner le regard de ces invisibles de nos sociétés avec pour seul horizon l’accompagnement du handicap généré par la maladie » poursuit la société savante. Si bien que certains soignants « finissent par être gagnés par le sentiment ambiant selon lequel l’on ne saurait guérir de telles pathologies. Ceci est la cause d’une perte de chances pour nombre de malades. C’est une des raisons de la crise actuelle de la psychiatrie. »

S'inspirer du plan contre le cancer

Pour remédier à ces maux, l'Académie de médecine vient de publier un rapport pour exiger un plan national pour la santé mentale et la psychiatrie, à l’image de celle qui fut engagée il y a quelques années contre le cancer. L’objectif n’étant plus de prendre en charge et d’accompagner les malades, mais de guérir les maladies mentales.
 
L'Académie de médecine rappelle qu’une personne sur trois souffrira de troubles mentaux au cours de sa vie. En outre, les malades mentaux ont une espérance de vie de 15 ans inférieure à la moyenne nationale. Enfin, la psychiatrie est le premier poste de dépenses de l’assurance-maladie, loin devant les maladies cardiovasculaires et le cancer.

Insoutenable paradoxe

Notre système de soins et de prise en charge est donc marqué par un « insoutenable paradoxe » en matière de psychiatrie : « La collectivité y consacre des moyens très importants et les dispositifs de prise en charge ne cessent de s’ajouter. Malgré cela, les personnes atteintes de maladie mentale accèdent difficilement à des soins. Méconnaissance et déni de la maladie retardent diagnostic et traitement souvent de plusieurs années alors que la précocité des soins conditionne le pronostic », constate le rapport.
 
A titre d’exemple, il n’existe pas de dispositifs coordonnés d’orientation au stade de l’apparition des premiers symptômes, considère la société savante. Les malades ou leurs familles n’ont donc pas de point de premier contact tel une ligne téléphonique nationale, donnant conseils et orientations lors de l’apparition des premiers symptômes.
 
Quant au médecin généraliste, il est « en difficulté » car le taux d’orientation des généralistes vers des psychiatres est en France l’un des plus faibles d’Europe. Conclusion de l'Académie de médecine ? « L’entrée dans le soin pour une pathologie mentale se fait trop souvent à l’occasion d’une crise et d’un passage en service d’urgences. »

Pistes de recherche prometteuses

Dans le même temps, des pistes de recherche prometteuses offrent de belles perspectives de guérisons. En particulier « l’identification des mécanismes neurobiologiques conditionnant la vulnérabilité et la transition vers la maladie ainsi que l’identification des déterminants environnementaux de ces anomalies ».
 
Ces recherches neurobiologiques « aideront à une compréhension des mécanismes d’action de thérapeutiques aussi bien psychologiques que médicamenteuses ayant apporté la preuve de leur efficacité », poursuit le rapport.
 
Les médicaments antidépresseurs, les antipsychotiques, les sels de lithium n’ont pas livré une totale connaissance de leurs modalités d’action. Il s’agira donc à l’avenir « de choisir un médicament psychotrope non plus comme antidépresseur ou anxiolytique mais comme correcteur du mécanisme conditionnant le trouble dépressif ou le trouble anxieux ».
 
Les programmes de recherche pourraient aussi éclairer la part psychique qui participe à la composition psycho-comportementale plus ou moins douloureuse du trouble mental. « Connaître les processus biologiques déterminant un dysfonctionnement comportemental ou émotionnel est l’avancée qui guidera le choix thérapeutique, ponctuel ou durable, pertinent pour la personne. De même que mesurer les effets d’une thérapeutique sur l’indice biologique déviant en conditionnera les éventuels ajustements. », précise le rapport.

La chape de plomb de la stigmatisation

Mais ce progrès médical ne pourra cependant donner sa pleine mesure « si la chape de plomb de la stigmatisation et des préjugés n’est pas renversée par un discours politique porté au plus haut niveau de l’État », estime l’Académie de médecine qui pense que la recherche en psychiatrie doit devenir une priorité de santé publique.
 
En effet, le financement de la recherche en santé mentale et psychiatrie en France est inférieur à ce qu’il est ailleurs : 4,1 % du budget alloué à la recherche médicale contre 6 % en Espagne, 7 % au Royaume Uni, 10 % en Finlande, 16 % aux USA.
 
Autre chantier d’envergure à mettre en place dans les années à venir : repenser la prise en charge. L’offre de soins doit évoluer profondément dans un double objectif de meilleur accès aux soins et de prise en charge graduée et cohérente des patients, estime le rapport.

Les faiblesses de notre offre de soins

Celle-ci souffrirait en effet de trois faiblesses principales :
- son illisibilité du fait de l’enchevêtrement des structures et outils : CPT, GHT, subdivision universitaire, secteur psychiatrique…
- l’insuffisance des collaborations entre professionnels de santé et acteurs sociaux conduisant à des ruptures de trajectoires des suivis de patients.
- une inégalité territoriale majeure dans l’accès aux soins.
 
Conséquence : « il s’écoule souvent plusieurs années entre l’apparition des premiers signes de la maladie mentale et la mise en route d’un traitement adéquat après qu’un diagnostic a été posé. »

Rôle-clef du généraliste

La réorganisation de l’offre de soins en psychiatrie devra donc permettre au médecin généraliste de jouer un rôle-clef dans le futur, selon l’Académie de médecine. Un rôle « de sentinelle en repérant les symptômes révélateurs d’une souffrance psychique, qui peuvent annoncer une entrée dans la maladie mentale appelant des soins spécialisés. »
 
Celui-ci devra s’appuyer sur des relais et compétences nécessaires pour jouer pleinement son rôle en matière de psychiatrie. Cela pourrait par exemple être la présence d’infirmiers ou de psychologues pour les personnes nécessitant un soutien psychologique au sein des maisons médicales. Les missions des Maisons des adolescents auront également un rôle majeur à jouer.
 
La mise en place d’un dispositif de première écoute et d’orientation s’appuyant sur un réseau renforcé de Maisons des adolescents devra d’ailleurs faire partie des priorités nationales du plan national pour la santé mentale et la psychiatrie, estime la société savante, qui demande aussi la création de l’Institut national pour la santé mentale et la psychiatrie comme catalyseur d’une ambition nationale. À l’image de l’InCa pour le cancer.
 

Portrait de Julien Moschetti

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