© Midjourney x What's up Doc
« S’il fallait que tous les mois je fasse l’aller-retour sur Nîmes, vu le prix du carburant en ce moment, ce serait un peu difficile mais là, à mon domicile, c’est le top », témoigne Magali Gaillard, qui teste un traitement expérimental pour sa sclérose en plaques.
Cette patiente, qui vit à Arles, est suivie au CHU de Nîmes dans le cadre de sa participation à cet essai clinique d’un an. Un infirmier vient chez elle une fois par mois et lui épargne « une demi-heure, trois quarts d’heure de route ».
L’infirmier réalise une prise de sang et surveille les possibles effets indésirables du médicament qu’elle avale chaque jour pour en tester l’efficacité et la sécurité avant sa commercialisation.
Ne pas avoir à se déplacer lui permet de continuer à travailler « à son rythme » en tant qu’aide à domicile chez des personnes âgées.
En intégrant cet essai clinique, Magali Gaillard estime qu’elle sera « plus vite prise en main pour avoir un autre traitement si celui-là ne suffit pas », puisque les médecins « peuvent suivre l’évolution » de sa maladie. « Et puis, si on peut faire avancer la recherche, c’est encore mieux », glisse-t-elle.
Des kilomètres évités
Pour cette patiente, la startup Libheros, qui s’appuie sur un réseau de 20 000 infirmiers, organise « 23 visites à domicile, soit 1 600 km et 30 h de trajets évités ».
L’exemple de cet essai clinique illustre une évolution européenne vers des modèles plus flexibles pour simplifier l’accès à la recherche, dans un contexte de forte concurrence internationale.
Sur la période 2022-2025, l’Asie a attiré plus de la moitié des nouveaux essais cliniques internationaux, dont 28 % captés par la Chine, tandis que l’Europe a participé seulement à 20 % des essais dans le monde, selon une enquête de la principale organisation des entreprises du médicament en France, le Leem, publiée cette semaine.
L’Europe veut rattraper son retard
Pour regagner le terrain perdu progressivement depuis une dizaine d’années, l’Europe tente de réagir. Toutes les demandes d’essais cliniques multinationaux sur son territoire sont désormais centralisées et, depuis janvier, un dispositif « pilote » vise à réduire les délais de traitement de ces demandes, avec un objectif de délai maximal de 70 jours, contre plus de 100 jours dans la procédure classique.
Faciliter l’accès aux tests
En complément, la France a mis en place en mars une procédure pour accélérer une sélection d’essais cliniques exclusivement nationaux.
Car plus la recherche clinique démarre vite, plus les patients peuvent théoriquement accéder tôt à des traitements prometteurs.
Mais face à « un grand nombre de pathologies passées de mortelles ou très handicapantes à 'je peux vivre avec' », il est parfois difficile de motiver des patients à participer à une recherche, observe Hervé Servy, de l’Afcros, organisation qui représente une centaine de prestataires de la recherche clinique.
« On ne peut pas demander aux gens de venir tous les mois pour faire une biopsie. Ça ne marche pas (...) Sauf s’ils sont à l’article de la mort et qu’il n’y a pas de traitement disponible », explique-t-il.
Les patients au cœur des protocoles
Les laboratoires l’ont bien compris et impliquent désormais les associations de patients dès la conception de leurs essais cliniques.
Chez Servier, « 100 % de nos protocoles aujourd’hui sont revus par des patients », affirmait Patricia Belissa Mathiot, directrice du développement clinique du deuxième laboratoire français, lors d’une visite de son institut de R&D à Paris-Saclay.
« Pour que nos patients acceptent d’être inclus dans nos études, et surtout restent dans nos études jusqu’à la fin, pour générer des données de qualité (...), il faut qu’on diminue au maximum les contraintes pour les patients », selon elle.
Le groupe pharmaceutique s’assure que les documents à signer au début des études soient rédigés dans un « langage patient », tout comme le rapport qui partage leurs résultats. Le consentement électronique remplace le formulaire papier.
À distance, mais pas pour tout
Même si tous les traitements ne peuvent pas être administrés à domicile, une partie de la réalisation des essais cliniques peut être décentralisée : « par exemple, des prélèvements biologiques, la surveillance de constantes, l’aide au remplissage de questionnaires », énumère Magaly Rohé, directrice générale adjointe de Libheros.
Pendant la pandémie de Covid-19, des solutions à distance avaient déjà permis de poursuivre des essais malgré la fermeture des centres où ils doivent se dérouler.
Avec AFP