Médecins : la chasse est ouverte

Partout en France, dans les villages isolés comme dans les métropoles bondées, dans les cabinets et les hôpitaux de nos contrées, partout sur ce territoire qui se désertifie et se transforme, la chasse est lancée. Même si les méthodes diffèrent, en tout cas, la réalité est là : en 2018, le médecin est une espèce recherchée.

La battue

Souvent, c’est un médecin de campagne qu’il faut à tout prix attraper pour remplacer d’urgence un départ à la retraite. En France, 9 000 communes manquent de généralistes ; les rangs de cette espèce en voie de disparition ont diminué du 8,5 % depuis 2007. Alors, les gazettes locales sortent les grands titres : « Recherche médecin désespérément »... Elles se font l’écho de ces grandes battues dont l’objectif est de rameuter le plus de candidats possible afin de pourvoir les postes vacants. Qu’ils viennent de Roumanie ou de la Creuse, qu’ils aient 30 ou 77 ans, qu’importe, pourvu que la commune retrouve son généraliste.

Organisée par les collectivités, cette quête intensive de médecins s’organise avec des techniques toujours plus innovantes, qui vont du speed-dating à la vidéo humoristique, en passant par l’annonce déposée sur Le Bon Coin ou, même, par de grandes « foires aux docteurs ». Et pour appâter le gibier, les chasseurs promettent des conditions optimales : primes, loyer à prix cassé, cabinet flambant neuf… Même les praticiens qui pensaient couler tranquillement leurs vieux jours, loin des patients et de leurs germes, ne sont pas à l’abri. Plus que jamais, les maires, conseils départementaux et établissements de santé convoitent leurs compétences. Le nombre de médecins à la retraite qui portent encore la blouse a ainsi augmenté de 300 % en 10 ans. Le généraliste est devenu la perle rare que chacun veut chez soi, le trophée qu’il faut obtenir coûte que coûte…

La pêche au gros

Mais le généraliste n’est pas le seul dans ce cas. Parallèlement se joue une autre partie, la pêche au gros. La cible est plus précise : il s’agit du spécialiste, si possible renommé, que vise la clinique ou l’hôpital en quête d’une compétence spécifique ou d’un regain d’attractivité. Or pour que le poisson morde, il faut adapter les méthodes à un marché en pleine évolution.

« Traditionnellement, l’emploi et le recrutement médical procédaient par leviers intracommunautaires : remontée des filières (l’internat constituant un vivier naturel), réseau confraternel à principe cooptant, Tour de PH biannuel et diffusion d’annonces sur des supports institutionnels (site de la FHF ou autres)… », écrit Christophe Dallet, manager du pôle Santé chez Antenor, une agence de conseil en ressources humaines créée par deux anciens internes des hôpitaux. « Depuis une dizaine d’années, ces leviers traditionnels se sont avérés insuffisants à répondre aux besoins ».
 

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C’est ainsi que la profession médicale est devenue l’objet d’une vaste quête. « L’activité de chasse de têtes médicales a longtemps été une activité de niche réalisée par quelques cabinets, avant de connaître une véritable explosion d’intervenants », poursuit Christophe Dallet, sur le site de l’observatoire de chasseurs de têtes Cercomm, spécialisée dans la chasse de têtes.

Au fil du temps, de plus en plus de structures se sont engouffrées dans ce nouveau créneau. Deux années ont été décisives : en 2005, la loi française a autorisé les agences d’intérim à faire du recrutement de médecins – une activité jusque-là réservée aux cabinets privés. Un an plus tard, en 2006, une directive européenne a instauré la reconnaissance des diplômes, facilitant ainsi les démarches administratives des médecins européens pour obtenir le plein exercice.

Un gibier difficile

Mais la chasse aux médecins répond à des codes bien particuliers. « La première interrogation du médecin quant à la nature de l’opportunité d’exercice proposée ne sera pas : combien ? Mais : où ? », souligne Christophe Dallet. Des propos que confirme Serge Gosti, qui dirige le cabinet de recrutement médical Wellmed. « Les médecins, et plus encore la nouvelle génération, veulent un emplacement géographique attractif », explique-t-il. « Les questions de rémunération – sauf s’il y a une grande différence de salaire – passent davantage en second plan. Faire venir un médecin dans l’Allier, c’est clairement compliqué… »

Outre une activité professionnelle, c’est donc un projet de vie qu’il faut désormais proposer aux médecins pour qu’ils acceptent de se laisser conquérir… d’autant que les couples de praticiens n’ont jamais été aussi nombreux. « L’aspect familial et environnemental est très important, je dois vraiment prendre en compte ces motivations », poursuit Serge Gosti. Aujourd’hui, on n’attire plus un spécialiste en lui proposant un joli poste. Il faut aussi le cadre qui va avec. Oui, c’est un fait : en 2018, le médecin est une espèce traquée. Et pas si facile à capturer…
 

Portrait de Marion Guerin
article du WUD 38

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