Le secteur 2... La balle dans le pied

On l’a fait pour une minorité et il est devenu l’épine dans le pied du système de santé. Souvent mal aimé des patients, parfois mal utilisé des médecins… Peut-on faire autrement ? Peut-on vivre sans ?

À l’aube d’une présidence qui n’a pas mâché ses mots sur les libéraux, il est bon de comprendre d’où l’on vient pour savoir où l’on va…
Nous avons rencontré Dominique Coudreau*, le père du secteur 2, alors directeur de la CNAM au jour de sa création. Des origines à toutes fins utiles, il nous livre ses analyses.

INTERVIEW
CHRONIQUE D’UNE PETITE MORT ANNONCEE…

Quand est-il né, ce secteur 2 ?
Il est né à la Convention de 1980, héritier et remplaçant du droit permanent au dépassement, son ancêtre. Alors que son prédécesseur était attribué sur titres et travaux, le secteur 2 était ouvert à tous les médecins demandeurs. Une naissance discrète au fond, car peu de médecins l’ont demandé à ses origines.

Voie basse ? Forceps ?
Entre consensus et compromis… La signature conventionnelle n’arrivait pas à son terme. Le blocage tenait au principe de la régulation tarifaire de l’époque, en prix volume. Les médecins avaient peur de voir les tarifs baisser si les objectifs n’étaient pas atteints, ils refusaient de signer. À une époque où l’inflation était de 12 à 13 % par an, les esprits s’échauffaient vite. La Fédération des médecins de France (FMF) a proposé le secteur 2 comme porte de sortie. Ainsi en fut-il…

Mais pourquoi le secteur 2 ?
Le droit à la liberté des tarifs ! Voilà ce qui alimentait l’origine de sa création. Même si certains actes avaient déjà des tarifs jugés trop bas, ça n’était pourtant pas l’appât du gain qui motivait les troupes. D’ailleurs, seulement 5 à 6 % des médecins sont entrés dans le secteur 2, initialement. Ça n’a pas été la ruée vers l’or.

Franchement, le secteur 2, un vrai débat de société en 2012, vous l’aviez imaginé ?
Absolument pas ! À partir de 1987, les syndicats contestataires ont commencé de données des consignes pour encourager l’installation en secteur 2…
C’est un peu le « point break ». Trop de secteur… tue le secteur…

Vous y croyez, vous, à la fin du secteur 2 ?
La fin ? Non. L’aménagement, oui ! Beaucoup trop de personnes sont impliquées aujourd’hui, on ne peut pas faire disparaître un pan du système. Le secteur optionnel est une ouverture à considérer.

Et le risque de l’américanisation de notre système alors, fantasme ou réalité ?
Aucune crainte. Nous avons de solides garde-fous : une bonne couverture sociale et des médecins qui croient en notre système. La médecine gratuite n’est pas nécessairement la solution. On l’a vu avec les médicaments en Espagne, la baisse tarifaire entretient la hausse de la consommation. Il ne faut pas avoir peur d’afficher les vrais tarifs.

Alors, M. Coudreau, on fait quoi ?
La situation d’aujourd’hui n’était pas imaginable. Le secteur 2 a dépassé tous les pronostics de ses créateurs. En l’état, le secteur 2 n’est plus viable durablement.
Il a été utile pendant 30 ans… Maintenant, place au changement !


* Dominique Coudreau est aujourd’hui le délégué général de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) à la suite d’une longue carrière où il a embrassé les différentes fonctions de directeur de la CNAM, directeur de l’Agence régionale de l'hospitalisation, conseiller à la Générale de Santé.

Portrait de La rédaction
article du WUD 3

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