La médecine hyperbare, une bouffée d’oxygène pour la pratique médicale

Focus sur le Desiu de médecine hyperbare et médecine de plongée de l’Université d’Aix-Marseille avec le Dr Mathieu Coulange (coordinateur).
 

What’s up doc. D’abord c’est quoi un DESIU ?

Mathieu Coulange. Exactement la même chose qu’un DIU, mais comme c’est à l’Université d’Aix-Marseille et qu’on aime bien faire les choses différemment, on appelle ça un Desiu1.

WUD. À qui s’adresse cette formation ?

MC. Historiquement la médecine hyperbare française a été initiée par les anesthésistes-réanimateurs, mais depuis une dizaine d’années la spécialité a beaucoup évolué, et elle attire maintenant plutôt des urgentistes, des médecins généralistes, mais aussi des infectiologues, des ORL, des médecins vasculaires, des endocrinologues… Contrairement à ce qu’on pourrait penser, elle n’est pas réservée aux médecins qui gèrent des plongeurs (ou qui font de la plongée eux-mêmes !) ; ça ne représente qu’une partie de notre recrutement. D’ailleurs dans notre centre de médecine hyperbare, sur les 11 000 séances par an, seules 300 sont liées à des accidents de plongée.
La moyenne d’âge des médecins inscrits est d’une quarantaine d’années, mais les internes sont les bienvenus (environ 20 % du recrutement du DESIU), à condition qu’ils aient un véritable intérêt pour la spécialité et un certain bagage pour bien s’intégrer avec les autres apprenants.

Nous avons une trentaine de places pour le DESIU et une quinzaine de plus pour le CESU2 d’aptitude et de soutien sanitaire à la plongée (version allégée du Desiu, destinée aux médecins du travail et médecins pompiers). Tous les ans nous sommes complets dès le mois d’avril et nous avons une liste d’attente d’une quarantaine de personnes pour l’année suivante, car nous attirons des médecins de toute la France (DOM-TOM inclus) et de l’étranger !

WUD. Quel est l’intérêt de ce diplôme ?

MC. La médecine hyperbare est une discipline jeune – elle n’a qu’une cinquantaine d’années – et très transversale. Il lui a été reproché son niveau de preuves insuffisant, mais la HAS a produit des recommandations en 2007 pour valider la plupart des indications (intoxication au CO, accident de plongée, embolie gazeuse iatrogène, retard de cicatrisation, infections réfractaires, lésions post-radiques, surdité brusque...). Elle fait partie des rares disciplines récemment revalorisées parce qu’elle a un fort impact économique et qu’elle améliore la qualité de vie des patients.
De nombreuses spécialités sont attirées par la physiologie et la physiopathologie de la médecine hyperbare. C’est un outil très intéressant dans le domaine des infections résistantes, notamment osseuses, et dans la cicatrisation. Pour les médecins généralistes, c’est une manière d’apprendre ou de réapprendre la prise en charge de certaines situations. Pour les urgentistes c’est l’occasion de retrouver un second souffle dans leur pratique, et de se réapproprier les gestes d’urgence dans un environnement « amusant » (caisson, bateau), avec des contraintes inhabituelles. Nous avons beaucoup de médecins – notamment des urgentistes – « usés », qui ont envie de se tourner vers une pratique plus posée, plus réglée, avec un versant recherche intéressant.

WUD. Justement, quels sont les domaines de recherche sur Marseille ?

MC. Pour la médecine hyperbare : rétablissement du métabolisme cérébral à distance d’un AVC, fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique, fécondation in-vitro.
Pour la plongée : prise en charge des pathologies liées au stress comme les PTSD3 chez les victimes d’attentat ou les blessés psychiques de l’armée, du burn-out chez les personnels soignants, mais également de la virtopsie chez le plongeur décédé.

WUD. Quelles sont les particularités pédagogiques ?

MC. Nous utilisons beaucoup les nouveaux outils pédagogiques. Les cours magistraux, très peu pour nous ! L’essentiel de la formation est composé d’analyses de cas avec boîtiers électroniques, et de mises en situation basées sur la simulation. Nous finalisons cette année une plate-forme de formation à distance avec validation des acquis en e-learning, pour limiter les cours théoriques en présentiel aux interventions d’experts de haut niveau. Les modalités d’évaluation ont également évolué pour être plus tournées vers la pratique. Et pour être au plus près des spécificités de terrain, nous délocalisons nos enseignements dans les DOM-TOM, (Guadeloupe, Nouvelle-Calédonie…).

WUD. Pourquoi suivre cette formation à Aix-Marseille ? (Plutôt qu’à… Angers, Besançon, Brest, Lille, Nancy, Nice, Strasbourg, Toulon, Versailles ou encore La Réunion !)

MC. Parce qu’on craint dégun4 et qu’on a donc décidé, à la demande de nos étudiants, de bousculer le système en proposant avec nos partenaires historiques (Toulon, Lyon, Montpellier, Genève, la Guadeloupe, la Nouvelle-Calédonie…) de nouvelles méthodes pédagogiques. Dans les années qui viennent, nous aimerions retrouver une dynamique transversale nationale en proposant un module théorique commun national à Paris avec les intervenants les plus qualifiés dans chaque spécialité, et des mises en situation locales en fonction des spécificités de chaque centre hyperbare. Et puis bien sûr parce que les calanques sont magnifiques !
 
Notes
1 Desiu : diplôme d’études supérieures inter-universitaire
2 CESU : certificat d’études supérieures universitaire
3 PTSD :  post-traumatic stress disorder (syndrome de stress post-traumatique)
4 on ne craint personne

 

En Bref
 
Séminaires : 5 séminaires de 2 jours et demi (jeudi/vendredi/samedi matin)
Stage : 10 demi-journées dans un service hospitalier de médecine hyperbare
Évaluation : mémoire, examen écrit, présence et validation des compétences au cours des ateliers pratiques
Coût :
500 € en formation initiale ou 1 069 € en formation continue
+ 200 € de frais pédagogiques et de certification
+ 55 € de droits universitaires pour les étudiants hors Aix-Marseille
 
Pour plus d’informations : site de l’UMFCS Aix-Marseille
https://umfcs.univ-amu.fr/notre-catalogue/par-type-de-formation/formations-diplomantes/medecine-hyperbare-et-medecine-de

 

 

 
 
 

Portrait de Sarah Balfagon

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