"La gériatrie commence par devenir tendance" pour Benjamin Videlier

Dans l'optique du choix des spé et des établissements suite aux #ECNi2020, WUD lance une série d'entretiens avec des responsables de syndicats d'internes, pour vous faire découvrir les différents DES et régions qui s'offrent à vous. Aujourd'hui, entretien avec Benjamin Videlier, président de l'association des internes en gériatrie (Anaig), qui défend un DES tout jeune, créatif et humain avant toute chose. 

What's up Doc. Pourquoi tu kiffes la gériatrie ? 

Benjamin Videlier. C’est souvent la question que l’on pose en premier. Moi, j’ai fait mon externat à Grenoble, dans le service d'un professeur qui m'a appris à aimer la gériatrie. Il m’a poussé à choisir cette spécialité à l’internat. En gériatrie, la prise en charge est globale est très humaine,c’est une chose qui était très importante pour moi. C’est aussi l'une des rares spécialités où l’on peut appliquer toutes les connaissances que l’on a apprises pendant l’externat. C’est très intéressant intellectuellement parlant, mais aussi très enrichissant dans la pratique quotidienne. Autre raison qui m’a fait choisir cette spécialité à l’internat : C'était un tout nouveau DES. Je faisais partie de cette première génération qui pouvait choisir le DES de gériatrie, quand il a été créé, et je me disais que ce serait une spécialité ou il y aurait une dynamique et une volonté de créer, c’est un élément qui m’a beaucoup incité à choisir cette spécialité.

WUD. La gériatrie, tendance ou has-been ? 

B. V. Je pense que cette spécialité a été pendant très longtemps le vilain petit canard en médecine, mais elle commence par devenir tendance. Les étudiants commencent par se rendre compte que la gériatrie ne correspond pas à tous les stéréotypes que l’on véhicule, ce ne sont pas que des patients totalement déments avec qui l’on ne fait pas grand-chose,. De la gériatrie, on en fait pratiquement dans toutes les spécialités, on peut être amené à prendre en charge des patients âgés en cardiologie, en pneumologie... Mais en gériatrie on propose une prise en charge globale. Nous réfléchissons sur le patient dans sa globalité, avec ses comorbidités, ses antécédents, ces pathologies, c’est une spé qui est très très riche. Elle est en train de devenir tendance, même s’il y a encore beaucoup de travail à faire pour la faire connaître. Mais ce qui est sûr, c’est que c’est une spécialité dynamique.

WUD. Quels conseils donnerais-tu aux futurs internes qui vont aborder la première année de gériatrie ? 

B. V. L’internat est relativement court, donc il faut en profiter pour faire des stages où on apprend plein de choses. C’est une spécialité où il faut être curieux, il faut pouvoir aller faire de la recherche, lire la littérature sur le sujet. C’est néanmoins une spécialité où on est relativement bien encadré, le compagnonnage est très présent, c’est très agréable. Nos décisions sont prises avec un autre sénior, mais on nous donne progressivement des libertés et de l’autonomie.

WUD. Si tu devais retenir un seul avantage de ta spé, ce serait lequel ? 

B. V. C’est une spécialité qui est humaine dans la façon dont on prend en charge le patient, mais aussi dans le savoir-être des médecins.

WUD. Un inconvénient ? 

B. V. Il n’y en a pas ! Si on choisit cette spécialité et que l’on veut devenir un gériatre, et il n’y a aucun inconvénient ! Néanmoins, il faut préciser que ce n’est pas une spécialité faite pour tout le monde, c’est une spécialité où il faut être humain, il faut pouvoir avoir de l’empathie pour les patients et il faut être patient.

WUD. As-tu une anecdote à nous raconter sur ton internat en gériatrie ? 

B. V. Lors de mon premier semestre, j’ai dû accompagner une personne qui était en fin de vie, ça a été assez dur, il a fallu que je m’apprenne à m’arrêter de prescrire, à ne pas pousser les examens trop loin, quand ce n’est plus nécessaire. Cette patiente a été prise en charge très longtemps dans le service, nous la connaissions bien, elle est restée pendant tout mon premier semestre, quand elle est partie ça a été très dur. J’étais très mal à l’aise avec la famille, mais quand je l'ai recroisé la famille m’a remercié pour ma prise en charge. Être remercié alors que la personne est partie est un sentiment très bizarre. Culpabilité et reconnaissance se sont mêlés en même temps, ça fait très bizarre...

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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