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Les portes des urgences de l’hôpital de Saint-Louis resteront fermées du jeudi 13 août à 20 h 30 au vendredi 14 août à 8 h 30, puis du mardi 18 août à 20 h 30 au mercredi 19 août à 8 h 30. Selon France 3 Grand Est, qui rapporte l’annonce du Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace (GHRMSA), ces fermetures sont dues à l’impossibilité de trouver un médecin urgentiste pour assurer ces deux gardes.
En temps normal, le GHRMSA présente pourtant le service des urgences de Saint-Louis comme fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Une interruption qui reste exceptionnelle : le précédent épisode de fermeture remontait, selon France 3 Grand Est, au début de l’année 2025.
La période estivale et les congés expliquent en partie ces difficultés, mais ils ne suffisent pas, estime Isabelle Trendel, vice-présidente de Saint-Louis Agglomération et membre du conseil de surveillance du GHRMSA. « Les vacances, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Mais c’est plus complexe : le territoire est médicalement mal doté. On est dans un désert », explique-t-elle à France 3 Grand Est.
En 2025, l’élue estimait que l’agglomération, qui compte environ 85 000 habitants, ne disposait que de 32 équivalents temps plein de médecins.
La concurrence de la Suisse et de l’Allemagne
La situation géographique de Saint-Louis complique encore le recrutement. À quelques kilomètres de Bâle et de la frontière allemande, le territoire français est confronté depuis plusieurs années au départ de professionnels de santé vers les pays voisins. Le phénomène avait déjà été évoqué au Sénat en 2023 lors d’une question consacrée à l’offre de soins à Saint-Louis : la sénatrice Sabine Drexler y soulignait l’attractivité salariale de la Suisse pour les médecins, infirmiers et aides-soignants du sud du Haut-Rhin.
« Si tous les médecins du territoire exerçaient chez nous, on serait parmi les mieux dotés », résume Isabelle Trendel auprès de France 3 Grand Est.
Cette difficulté de recrutement se double d’un débat sur l’offre proposée par l’établissement. Depuis 2023, Saint-Louis est labellisé « hôpital de proximité » par l’Agence régionale de santé.
Un hôpital de proximité aux activités encadrées
Le statut d’hôpital de proximité correspond au premier niveau de la gradation hospitalière. Ces établissements exercent obligatoirement une activité de médecine, proposent des consultations de spécialités et donnent accès à des plateaux d’imagerie et de biologie. En principe, ils ne sont pas autorisés à exercer une activité de chirurgie ou d’obstétrique. Le Code de la santé publique prévoit toutefois que certains actes chirurgicaux programmés peuvent être pratiqués par dérogation, sur décision du directeur général de l’ARS.
Pour les élus locaux, la question est celle de l’attractivité médicale d’un établissement dont l’offre demeure moins large que celle d’un centre hospitalier spécialisé. Ils continuent ainsi à défendre le développement de nouvelles activités susceptibles de faire venir davantage de spécialistes.
Cette organisation renvoie à la gradation des soins défendue au niveau national depuis la stratégie « Ma Santé 2022 ». Le 18 septembre 2018, Emmanuel Macron expliquait que « chaque hôpital devra se concentrer sur les soins pour lequel il est le plus pertinent », en distinguant trois niveaux : soins de proximité, soins spécialisés et soins ultra-spécialisés.
Le président de la République assumait alors que « certaines activités devront fermer à certains endroits quand des plateaux techniques sous-utilisés deviennent dangereux ou que l’absence de médecin qualifié ne permet pas de les sécuriser ». La loi du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé a ensuite inscrit dans le droit le nouveau cadre des hôpitaux de proximité.
Il serait toutefois excessif d’établir un lien de causalité direct entre cette réforme et les deux nuits de fermeture à Saint-Louis : la cause immédiate annoncée reste l’absence d’un médecin urgentiste. La gradation de l’offre hospitalière nourrit en revanche le débat local sur la capacité de l’établissement à attirer et fidéliser des praticiens.
La coopération transfrontalière comme recours
Face à ces difficultés, les élus regardent également vers les voisins suisse et allemand. En juin 2024, Saint-Louis Agglomération a notamment adopté une motion proposant de confier à l’Eurodistrict trinational de Bâle la coordination des questions de santé à l’échelle locale et transfrontalière.
À une quinzaine de kilomètres de Saint-Louis, le nouveau Dreiland-Klinikum de Lörrach est par ailleurs en cours d’achèvement. Le futur établissement allemand, dont le chantier se poursuivait encore à l’été 2026, doit regrouper plusieurs activités hospitalières du district de Lörrach.
Pour Saint-Louis, les deux nuits de fermeture des urgences constituent donc moins un accident isolé qu’un nouvel avertissement : dans un bassin de vie frontalier où les professionnels peuvent facilement exercer de l’autre côté de la frontière, maintenir une offre hospitalière de proximité suppose aussi de parvenir à rendre l’exercice médical suffisamment attractif.