Exercer en Suisse ? Pourquoi pas !

S'installer en Suisse dans la clinique de Genolier, c'est le pari de Jean-Denis Patet, neurochirurgien, et Jean-Michel Zabot, chirurgien vasculaire. Ils ne regrettent pas : meilleur équipement, adaptabilité du temps de travail, confort de vie...

Le Dr Jean-Denis Patet a tenté l'aventure en 2005. Ce neurochirurgien anciennement installé dans une clinique lyonnaise avait développé une patientèle étrangère qu'il avait du mal à faire venir en France. « Il y avait une distorsion entre ce que mes patients attendaient et ce que je pouvais proposer ». En 2005, Jean-Denis se lance et s'envole pour la Suisse. « J'avais entendu parler de Genolier. Je suis venu voir, attiré par la réputation de la clinique. Au début j'étais partagé entre les deux établissements puis j'ai fini par m'installer à plein temps en Suisse ». Pour Jean-Denis Patet, la pratique libérale en Suisse a de véritables avantages. Les cliniques sont mieux équipées, ce qui améliore la qualité des soins. « Là où j'exerce, on a 2 IRM, un scanner, un pet-scan… Ce genre d'appareils, il y en a peut-être 3 ou 4 à Lyon ! ». Les équipes y sont moins surchargées, la qualité de la prise en charge est donc supérieure. « Si on compare une clinique française et une clinique suisse, la clinique française sera bien moins équipée, le service sera moins personnalisé. Les infirmières auront moins de temps à consacrer aux patients ».

Comme partout en Europe, la population est vieillissante et les besoins en médecins sont croissants. C'est ce qu'explique très clairement Blaise Zambaz, un des membres Directeur du groupe GSMN, (Genolier Swiss Medical Network) établi sur toute la Suisse.

« Il va y avoir dans les 10 prochaines années un pic de départs à la retraite chez les médecins, ce qui va creuser l'écart entre l'offre et la demande. On a un besoin de 1 300 médecins pour combler les départs, et on n'en forme actuellement que la moitié ».

POURQUOI UN MÉDECIN FRANÇAIS VIENDRAIT-IL DONC S’INSTALLER EN SUISSE ?

Le dirigeant du groupe Genolier pointe en premier lieu la qualité des infrastructures avec des équipements à la pointe de l'innovation. « En radiologie, et particulièrement pour les interventions du rachis, le groupe dispose d'un O-Arm 2, un système d'imagerie 3D en temps réel ». Ensuite, les établissements sont à taille humaine. Dans le groupe Genolier, la taille des structures varie de 20 à 130 lits au maximum. Enfin, la qualité de vie est particulièrement agréable en Suisse : de bons salaires, un système politique stable, un chômage faible, le climat, les lacs… Cela fait rêver !

LES COMPÉTENCES APPRÉCIÉES POUR CANDIDATER

Le parcours du Dr Jean-Michel Zabot est tout aussi intéressant. Ce chirurgien vasculaire collaborait initialement dans une clinique de Lyon avec son confrère neurochirurgien Jean-Denis Patet. Ensemble, ils réalisaient une chirurgie rachidienne par voie antérieure dans laquelle tous deux avaient acquis une certaine notoriété. Entre-temps, Jean-Denis s'est installé en Suisse. Mais, pour les deux chirurgiens, il était impossible de ne pas pratiquer cette opération ensemble. Jean-Michel s'est alors déplacé ponctuellement en Suisse pour pratiquer les interventions. Le directeur de l'établissement, qui cherchait pour sa clinique un chirurgien vasculaire investi a rapidement décidé de proposer à Jean-Michel de s’installer. Il rejoint la clinique le 1er janvier 2014.

Rester humble. C'est le conseil de Jean-Michel Zabot. « Il ne faut pas arriver en ayant l'impression que vous avez inventé la chirurgie à vous tout seul ! ». Ensuite, et c'est bien normal, il s'agit d'être un bon professionnel. « Comme les gens paient et paient parfois très cher, cela nécessite un service à la mesure : cela vaut pour la qualité chirurgicale, mais aussi pour l'accompagnement du malade ». L'expérience et la spécialité peuvent être déterminants quant à la réussite à l'étranger. « L'idéal est d'avoir à la fois des titres et travaux dignes de ce nom, une bonne expérience, et une spécialité peu répandue en Suisse. » C'est ce que confirme Jean-Denis. La différence principale entre l'exercice en Suisse et en France repose sur le résultat et l'implication.

Les Suisses vérifient la FMC de manière beaucoup plus stricte que les Français. « Si vous n'obtenez pas assez de points, on a une tolérance sur deux ou trois ans, puis on supprime le titre de spécialiste ». Blaise Zambaz met davantage l’accent sur la recherche d’expertises. « On préfère un praticien qu’un théoricien. ». L'autre point important est d'avoir l’esprit entrepreneurial. Le médecin n’est pas salarié par la clinique, il peut avoir un cabinet en son sein, ou exercer à l’extérieur. D’où l’importance de la capacité à se créer sa patientèle. Les spécialités les plus recherchées sont chirurgicales : orthopédie, neurochir’, rachis, chir' digestive et viscérale, ORL, gynéco, urologie, ophtalmologie, vasculaire. Certaines disciplines de médecine le sont également comme la cardio, l’angiologie, la gastroentérologie, la diabéto et la cancérologie.

RECRUTEMENT : MODE D’EMPLOI

Le rêve suisse pourquoi pas ! Mais comment candidater ? Pour exercer dans l’une des cliniques du groupe Genolier, Blaise Zambaz explique comment se faire connaître. « Il y a plusieurs possibilités : prendre contact avec le directeur de l'établissement convoité avec un petit mot d'introduction et un CV par e-mail, ou par téléphone ». Un petit conseil : comme le rappelle Blaise Zambaz, les diplômes de spécialités médicales ne sont pas forcément les mêmes en Suisse, « les terminologies des DES ou DESCQ peuvent être différentes par exemple, et il n’existe pas vraiment de correspondance aux DU français en Suisse ». Donc, il convient de se renseigner (lire encadré « Exercer en Suisse »). À compter du premier contact, Blaise Zambaz estime qu'une année est nécessaire pour permettre l'installation.

EXERCER EN SUISSE

Pour exercer en Suisse, un médecin français doit avoir une reconnaissance de son diplôme : la « reconnaissance MEBEKO » délivrée par l’Office fédéral de la santé publique. En plus de la reconnaissance du diplôme, il faut faire reconnaître ses formations approfondies auprès de la FMH (Fédération des médecins suisses).

Enfin, il faut une autorisation de pratique dans le canton, et une autorisation pour facturer ses prestations auprès de l'assurance obligatoire de soins. Concernant les honoraires, le système ressemble au système français. Il y a un catalogue de tarifications médicales, le TARMED, qui donne les tarifs remboursables pour chaque acte. Mais dans le privé (patient étranger), on peut fixer ses honoraires au niveau que l'on souhaite. La clinique ne décide pas des tarifs mais elle vérifie que les écarts ne sont pas trop importants.

EST-IL FACILE DE S’INSTALLER EN SUISSE ? QUE FAUT-IL SAVOIR AVANT DE PARTIR ?

+ L'installation est plus simple si l'on a déjà travaillé en libéral. En effet, les Suisses vérifient la FMC de manière plus stricte que les Français.

+ 10 à 15 ans d’expérience sont habituellement recommandés.

+ L'installation en Suisse du conjoint et des enfants se fait très facilement.

QUELLES SONT LES PRINCIPALES DIFFICULTÉS ?

+ Attention aux équivalences de diplômes ! Il faut obligatoirement un diplôme européen.

+ Certaines spécialités ne sont pas reconnues. Par exemple, la Suisse ne reconnaît que la « chirurgie cardiaque, thoracique et vasculaire », et non la « chirurgie vasculaire ».

+ Le coût de la vie est de 20 à 30 % plus élevé qu'en France.

LA PROMESSE SUISSE : LE CADRE DE TRAVAIL

Le luxe de travailler en suisse, c'est de pouvoir adapter son emploi du temps professionnel à ses exigences. Dans le privé les horaires sont très flexibles, sans doute encore plus qu’en France. Le groupe Genolier pratique beaucoup de chirurgie orthopédique, viscérale, urologique… mais aucune chirurgie d'urgence. En effet, pas de service porte chez eux, donc un agenda très carré pour une vie professionnelle programmée. « Chaque médecin s'organise pour travailler plus ou moins longtemps » explique Blaise Zambaz. Chacun adapte sa semaine comme il l'entend. « Le bloc, par exemple, peut être ouvert pour du programme froid réglé même le week-end ». Et d'ailleurs c'est moins la rémunération que la flexibilité et l'adaptabilité des cliniques suisses qui est mise en avant. « Pour un médecin qui se satisferait d'un chiffre d'affaires annuel de 150 000 euros, chez nous cela correspond en moyenne à une activité à mi-temps. Ici, en Suisse, quand on exerce en libéral, on peut travailler moitié moins de temps qu’en public et gagner autant sinon plus ». C'est aussi ce que note Jean-Denis. « C'est beaucoup mieux payé à l'acte mais comme la population est aussi plus restreinte, vous travaillez de fait beaucoup moins. On ne peut pas multiplier les malades. Au total, vous gagnez donc la même chose qu’en libéral en France, mais en travaillant moins d’heures ».

L'amélioration du cadre de travail entraîne ainsi une amélioration de la qualité de vie des médecins. Jean-Michel Zabot l'explique simplement. « En France, vous êtes obligés de faire du volume. Cela veut dire passer beaucoup de temps à la clinique, ce qui fait que votre qualité de vie s'en ressent. Ici, on a un niveau de rémunération qui vous permet de temps en temps de penser plus à vous qu'à votre boulot. Faire 20 interventions par semaine, c'est sympa quand vous avez 35 ans, après… un peu moins ! ». Sa fille fait désormais ses études en Suisse. « Pour nous, le regroupement familial s'est très bien passé ». La vie en Suisse reste cependant chère, le coût de la vie est supérieur de 20 à 30 % à celui de la France. Pour les impôts pas de grand changement, ce sont « les mêmes qu'en France, même si les charges sont un peu moins élevées que l'URSSAF ». Jean-Michel ne regrette pas son choix. « J'aurais pu continuer à travailler comme je le faisais à Lyon mais j'ai fait le pari que les choses se dégraderaient en France. Elles continuent à se dégrader. Cela va être de plus en plus compliqué de travailler en France. En Suisse, on trouve des conditions d'exercice plus agréables, du meilleur matériel, des gens plus reconnaissants, et des rémunérations plus élevées ».

NIVEAUX DE RÉMUNÉRATION EN EXERCICE PRIVÉ (DONNÉES BULLETIN DES MÉDECINS SUISSES, 2009)

Valeur médiane de revenu dans le privé à plein temps (40 h/semaine) : 190 000 CHF.

Pour un gastroentérologue, la valeur médiane monte à 374 000 CHF.

Pour un neurochirurgien, la valeur médiane monte à 400 000 CHF.

 

Article réalisé avec le groupe GSMN

LE GROUPE GENOLIER SWISS MEDICAL NETWORK

2e groupe de cliniques privées suisses ;

• Suisse romande (francophone), allemande et canton du Tessin ;

• 15 établissements de MCO et médecine ;

• entre 20 et 130 lits par clinique, pour un total de 810 lits ;

• toutes spécialités, équivalent au secteur 2 français ;

• quasiment uniquement du programme réglé ;

• 1 300 médecins.

 

Portrait de Chloé Rayneau
article du WUD 20

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