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L’éclipse, la plus spectaculaire en France depuis celle de 1999, sera partielle sur la plus grande partie de France métropolitaine et quasi totale dans le Sud-Ouest. Mais même lorsque le Soleil sera très largement masqué par la Lune, il ne devra jamais être observé directement sans protection spécialement conçue à cet effet, rappelle le ministère de la Santé.
Les lunettes utilisées doivent être destinées à l’observation directe du Soleil et conformes à la norme ISO 12312-2. Les lunettes de soleil classiques, même très foncées, lunettes 3D, radiographies, négatifs photographiques ou verres fumés ne constituent pas des protections adaptées. Les autorités déconseillent également de réutiliser les lunettes achetées pour l’éclipse de 1999, leurs filtres pouvant s’être altérés.
Le ministère de la Santé recommande de ne pas dépasser trois minutes d’observation consécutive, avec des pauses entre deux observations, et de conserver ses lunettes même lorsque le ciel est voilé. Une attention particulière doit être portée aux enfants : les lunettes d’éclipse ne sont pas adaptées aux moins de trois ans, auxquels il est recommandé de ne pas faire observer directement le phénomène.
Rétinopathie solaire, indolore mais catastrophique
La Société française d’ophtalmologie (SFO) a également alerté dès le 2 juin sur le risque de rétinopathie solaire, une lésion de la rétine qui peut être indolore lors de l’exposition mais entraîner des séquelles visuelles irréversibles. Selon la société savante, « quelques secondes d’observation suffisent parfois à provoquer ces lésions ».
« Quand vous êtes dans une zone sombre, au moment d’une éclipse, votre pupille va s’ouvrir en grand, va faire rentrer énormément de quantité d’énergie lumineuse, et c’est celle-ci qui va effectivement brûler la rétine, qui n’a pas de capteurs sensibles », a détaillé le Dr Vicent Dedes, président du syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof), hier sur BFMTV.
Pour les médecins, plusieurs symptômes apparus dans les heures suivant l’éclipse doivent conduire à une orientation rapide : baisse de l’acuité visuelle, tache centrale ou dans le champ visuel, vision floue ou déformation des images. Le ministère recommande dans ces situations de consulter en urgence un ophtalmologiste ou d'appeler le 15.
Lors de l’éclipse totale du 11 août 1999, la surveillance sanitaire mise en place à l’époque par l’inVS, ancêtre de Santé publique France, avait recensé 147 patients présentant une atteinte rétinienne, dont 17 avec une atteinte grave — acuité visuelle inférieure à 2/10 — et sept avec des lésions bilatérales. 106 kératites superficielles (atteintes de la cornée) réversibles avaient également été signalées.
Parmi les patients atteints de rétinopathie, 100 avaient regardé l’éclipse à l’œil nu, 74 avaient retiré leurs lunettes agréées et 32 utilisé une protection inadéquate, rappelle Santé publique France. Seuls 4 déclaraient avoir conservé des lunettes agréées pendant toute leur observation. Plus de 30 millions de lunettes homologuées avaient pourtant été distribuées dans le cadre de la campagne de prévention de l'époque.
Prévention trop discrète
Pour cette année, l’ampleur de la communication publique fait toutefois l’objet de critiques, notamment en comparaison avec 1999. Plusieurs responsables politiques et professionnels ont regretté l’absence d’une campagne nationale et d’une distribution de lunettes d’une ampleur comparable.
La Direction générale de la santé (DGS) avait pourtant prévenu les professionnels, dès le 22 juillet, que la demande serait probablement très forte et que des ruptures de stock étaient à prévoir.
Ces ruptures sont effectivement signalées au moins depuis hier dans de nombreuses pharmacies et enseignes d’optique, comme nous l’avons constaté ce matin, alimentant les critiques sur le niveau d’anticipation des autorités.
Dans Le Monde, le ministère défend pour sa part les messages de prévention diffusés depuis plusieurs semaines, ainsi que le renforcement des contrôles sur la conformité des lunettes commercialisées.
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