Docadom : quand la visite à domicile prend un coup de jeune  

La plateforme de mise en relation patients-médecins docadom n’est ni un Doctolib bis, ni une énième plateforme de télémédecine. C’est plutôt une version moderne de SOS Médecins qui renouvelle la pratique des visites à domicile et simplifie le parcours patient, puisque l’amont et l’aval de la consultation ont été digitalisés. Reportage en compagnie d’un jeune médecin.

15h45. Cela ressemblerait presque à un départ en vacances. La journée de travail au cabinet se termine. Jérôme 1 se précipite sur sa sacoche pour vérifier qu’il n’a rien oublié. Tout le matériel d’urgence est bien à sa place. « J’ai tout ce qu’il faut pour examiner et prescrire : les consommables, les ordonnances, les instruments… », constate de ses propres yeux le médecin. Notamment l’électrocardiogramme, l’oxymètre ou le stéthoscope prêtés gracieusement par docadom durant trois mois.

Depuis début janvier, ce généraliste de 42 ans installé dans le 15ème arrondissement de Paris s’est lancé dans l’aventure des visites à domicile en rejoignant la quarantaine de médecins de la plateforme de mise en relation patients-médecins docadom. Une solution idéale pour rompre avec la monotonie des interminables journées de travail : « J’aime me rendre au domicile des malades. Cela me permet d’avoir une activité variée, de ne pas passer toute la journée dans mon cabinet », se réjouit Jérôme. Autre argument de taille : « Je rends visite à des gens qui en ont vraiment besoin : des enfants, des personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer, mais aussi des adultes qui ont de grosses grippes ou des lumbagos. Rendre service à ces personnes fait partie de ma vision de la médecine. Et puis, je suis en scooter, donc c’est pratique ! »
 

Comme un pilote de ligne

 
16h. Fin prêt, Jérôme se connecte à l’appli docadom-Heroes pour accéder instantanément à sa première visite. L’adresse de la prochaine intervention s’affiche avec toutes les informations nécessaires sur la future destination : interphone, digicode, numéro de téléphone du patient en cas de besoin… En un clin d’œil, il sait à peu près à quoi va ressembler sa tournée, tel un pilote de ligne devant son tableau de bord : le nombre de visites, les positions géographiques des patients, les distances entre chaque intervention… Pour lui faire gagner du temps, l’algorithme a choisi l’adresse la plus proche du cabinet pour effectuer la première visite.

L’itinéraire propose également un plan de tournée optimisé. « L’algorithme s’arrange pour vous donner la visite la plus proche de votre dernière consultation et calcule votre temps de trajet approximatif », explique Jérôme. L’équipe de docadom a en effet « développé un algorithme qui fait un dispatching en temps réel entre, d’un côté, les demandes des patients et, de l’autre, les médecins qui sont géolocalisés sur le terrain », confie son président Marc Postel-Vinay qui est lui aussi médecin généraliste. « Concrètement, l’algorithme débite les consultations dans un ordre optimal. » Quant au patient qui a fait sa demande sur le site internet ou l’appli de docadom, il est tout de suite informé du délai d’intervention et peut suivre en temps réel l’arrivée du médecin. Enfin, les comptes-rendus des médecins sont numérisés en format PDF et transmis de manière sécurisée au patient via son espace santé. Ces données de santé pourront ensuite être partagées avec d’autres praticiens. Bye-bye les feuilles volantes qui se perdent ! 

Paiement en ligne = Zéro stress

16h05 : Jérôme clique sur « en route » et démarre son scooter quelques instants plus tard. Arrivé chez le premier patient de sa « tournée », il s’installe dans le séjour avant de cliquer sur « démarrer la consultation ». Encore une sale grippe. Mais Jérôme en a vu d’autres. Il ausculte la personne, prescrit une ordonnance, avant de cliquer sur « terminer sa consultation ». Puis il renseigne le type d’acte pour obtenir le tarif de la consultation. Vient alors le moment béni de l’encaissement. Jérôme choisit le mode de paiement du client (carte bleue). Même pas besoin de sortir son terminal de paiement puisque ce patient sympathique a choisi de régler directement sa consultation en ligne.
 

SOS Médecins, et après ?
 
C’est en 1966 que le médecin généraliste Marcel Lascar conçoit le projet de service médical d'urgence au domicile des patients. L’un de ses patients avait trouvé la mort, faute d'avoir pu trouver dans les temps un médecin disponible. Le Samu n'existait pas à l’époque, ni même le 15. Le généraliste conceptualise donc un service privé disponible aux heures de nuit. La création du Samu (1970) et du numéro d'appel d'urgence 15 (1980) permettront une couverture efficace de la permanence des soins, en collaboration avec les services du secteur libéral. Plus de cinquante ans après sa création, l’entreprise ne réussit pas à elle seule à répondre à la demande du marché de la consultation à domicile. Ses contraintes de fonctionnement ne semblent pas non plus adaptées à tous les médecins, qu’il s’agisse de la planification obligatoire des visites, de la régulation du standard téléphonique ou du niveau d’engagement requis. « Pour rentrer chez SOS Médecins, il faut acheter une part à un associé sortant, rappelle Marc Postel-Vinay. A Paris, la part dépasserait 100.000€, budget conséquent auquel il faut ajouter ensuite une redevance fixe mensuelle. Et au-delà de l’aspect financier, il existe plusieurs obligations qui peuvent, in fine, être vécues comme des contraintes. Comparativement, le business model de docadom est simple : il n’y a pas de droits d’entrée, pas d’obligation horaire, pas d’astreinte sur un plateau d’appel. Quant à ce que font les médecins quand ils ne travaillent pas avec nous, cela ne nous regarde pas ! » J.M.

17h02. « Bonne soirée Mr Dupond 1 ! », lance Jérôme à son patient avant de s’envoler vers sa prochaine visite. À peine aura-t-il le temps de nous glisser dans l’ascenseur : « Avec docadom, j’ai la liberté totale de travailler quand je le souhaite. Je choisis mes plages horaires en fonction de mes disponibilités, sans la moindre contrainte. Le planning est tellement souple que je peux choisir de travailler du jour au lendemain si jamais j’ai un imprévu. Simple, pratique et intuitif, plus besoin de déposer nos dispos des jours voire des semaines avant. » Même son de cloche chez Marc Postel-Vinay : « On offre la possibilité à tous les médecins qui le souhaitent de faire des visites à domicile de manière ponctuelle, même s’il s’agit de quelques heures. On a voulu gommer toutes les contraintes qui représentaient pour nous un frein à ce type de pratique. À l’avenir, tous les médecins seront tentés par la pluriactivité : consultation classique dans un cabinet, visites à domicile et télémédecine. Cela sera particulièrement enrichissant pour les jeunes médecins car ils pourront engranger un maximum d’expérience. »

Pour en savoir plus, connectez-vous à Docadom.
  
1 : le prénom a été modifié.
 

Un marché prometteur
Après une longue phase de tests, la plateforme de docadom a fait peau neuve en janvier dernier avec l’objectif de « dépoussiérer l’univers de la visite à domicile », selon Marc Postel-Vinay. Aujourd’hui, l’entreprise intervient uniquement sur Paris intra-muros, mais elle est en train de nouer plusieurs partenariats ailleurs. De nombreuses villes d’Île-de-France et de province souhaitent que le service s’y développe. L’avenir semble prometteur puisque la demande est supérieure à l’offre : « Le marché de la visite à domicile en France représentait 23 millions de consultations en 2018, selon Marc Postel-Vinay. Environ 3,5 millions sont réalisées par des structures type SOS Médecins, le reste par les médecins traitants. Ce chiffre de 23 millions est largement sous-évalué car un Français sur deux renoncerait au moins une fois par an à se soigner parce qu’il ne trouve pas de médecins. ». Quant à la télémédecine, Marc Postel-Vinay la considère comme un acteur complémentaire puisque « 30 à 40 % des téléconsultations seraient récupérées par un médecin qui va faire un examen clinique, soit en cabinet, soit dans le cadre d’une visite à domicile ». Le président de docadom désire aussi lutter contre les déserts médicaux en nouant des partenariats avec tous les acteurs concernés : régions, villes, ARS… Pour ce faire, docadom a lancé une campagne de financement participatif via Sowefund pour lever un million d’euros. Cette campagne est ouverte à tout le monde, aussi bien investisseurs que particuliers.
J.M.

 
 

Portrait de Julien Moschetti

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