Dernière tournée - Critique de « Garance », de Jeanne Herry

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Jeanne Herry filme un parcours de possible guérison, où l'optimisme se dilue trop souvent dans les bons sentiments.

Dernière tournée - Critique de « Garance », de Jeanne Herry

Adèle Exarchopoulos dans Garance de Jeanne Herry.

© 2026 Trésor Films - Chi-Fou-Mi Productions - Studiocanal - France 3 Cinéma - Artémis Productions

Comédienne plus tout à fait jeune, Garance l'est néanmoins beaucoup plus que son foie, qu'elle détruit à coups d'alcool, de troupe en groupe, de fête en défaite. Réussira-t-elle à enrayer cette spirale qui l'aspire de plus en plus ?

De Jeanne Herry, nous avions été touchés par Pupille, emballés devant Je verrai toujours vos visages. Nous sommes restés globalement de marbre à l'issue de la vision de Garance, sa petite dernière. Ce qui n'a pas été sans nous interroger. Comment, en effet, être rétif face à tout ce qui était pourtant réuni pour nous plaire? Une cinéaste du sensible et du commun, dans les deux sens du terme, captant ce qui fait communauté et ce qui, dans des situations exceptionnelles, reste humain malgré tout, quasiment banal. Une thématique importante, riche et complexe. Une actrice, Adèle Exarchopoulos, pourtant reconnue, mais comme révélée par cette cinéaste, qui l'avait magnifiée dans un rôle alors secondaire, avec César à la clé, et qui lui offre ce film où elle est de tous les plans. Et où elle s'empare, avec une justesse toujours aussi désarmante, de cette Garance à la fois si forte et si fragile, et qui avait tout pour nous faire chavirer.

Jeanne Herry opte pour une narration évacuant au maximum toute composante psychologique

Herry choisit de décrire le processus addictif dans sa dimension la plus mécaniciste, optant pour une narration évacuant au maximum toute composante psychologique. Psychologie qui n'est bien sûr pas absente du film, mais qui naîtrait en quelque sorte de la simple observation, du simple regard que la cinéaste pose sur cette femme qui passe de troupe en groupe pour éviter de se confronter à elle-même, au vide qui lui donne envie de se flinguer. Cette clé de l'alcool comme moyen de survie, et dont l'arrêt finit par être la seule alternative envisageable à la mort, est l'unique concession explicative à la maladie de Garance. Pourquoi pas. Mais à force de se conformer à un modèle médical, ce dont elle ne se cache pas tant la dernière partie, bien que fort expédiée, pose la supériorité du discours biologiste et de la prise en charge hospitalière sur toute autre considération, Garance se heurte à l'écueil de l'illustration, risque inhérent à l'ambition pédagoqique, que la réalisatrice n'a jamais niée, et avec laquelle elle avait su si bien "faire" cinéma précédemment. Paradoxalement, le recours à une narration unique, classique, a considérablement nui à cette habileté-ci.

On se croit souvent dans un mauvais Klapisch

C'est bien cela qui bloque au final, cette illustration voire cette démonstration qui collent aux basques de cette histoire, et qui nous empêchent d'accrocher pleinement à une quelconque dimension d'un récit dont les protagonistes ne prennent jamais totalement corps, le couple principal inclus. Ce n'est pas l'alcool qui fait écran, cela aurait été passionnant, mais bien la vision que Jeanne Herry veut transmettre, à grands coups de tics de mise en scène. Quant à la bienveillance constante, même lorsque leurs décisions sont abruptes et douloureuses, de l'intégralité des personnages, elle constitue un choix narratif qui paralyse le film dans toute possibilité de traduire la violence inhérente à l'alcoolisme, en tant que cause autant que conséquence. On se croit souvent dans un mauvais Klapisch.

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Le film ne parvient pas à conserver son rythme initial, qui réussissait à traduire le paradoxe d'une dynamique addictive autant processuelle que chaotique. La faute à une bonne heure de trop, un ventre mou fait d'allers et retours entre frénésie et mise à l'abri, censés illustrer la répétition au coeur de cette mécanique, mais qui finissent par lasser. Dommage, car Garance, qui a priori existe bel et bien, reste un personnage intéressant, offrant une représentation inhabituelle, pas uniquement parce que féminine, de l'alcoolodépendance. Si elle ne s'engage que tardivement dans le choix de l'abstinence, c'est bien moins par insuffisance de prise de conscience que par certitude d'être incapable d'y arriver, voire d'en réchapper. Son déni, massif, ne portant pas tant sur sa problématique que sur sa capacité à la résoudre. Les conséquences n'en demeurent pas moins destructrices. C'est peut-être cela qui la rend si déconcertante et si poignante, et qu'Adèle Exarchopoulos parvient à restituer.

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