© Midjourney x What's up Doc
La dépression résistante est un épisode dépressif qui persiste « malgré deux traitements antidépresseurs successifs bien conduits, aux bonnes doses, sur une durée suffisante, six semaines, car l'amélioration doit survenir en trois à quatre semaines », a précisé le Pr Antoine Pelissolo, chef de service de psychiatrie du CHU Henri-Mondor, lors d'une conférence de presse.
Trop souvent « synonyme d'errance thérapeutique », elle concerne des patients qui n'ont parfois « pas ou plus de soins et passent sous les radars », a déclaré Emmanuelle Rémond, présidente de l'Unafam, association qui représente quelque 16 000 familles de personnes malades ou handicapées psychiques.
« Paradoxalement, elle produit plus de désespoir que la schizophrénie ou la bipolarité, des maladies sévères, difficiles, mais pour lesquelles on trouve des traitements, un équilibre de vie », a-t-elle rapporté.
Plus de 10 000 suicides par an
Cause de mortalité prématurée - 10 à 12 000 suicides et 176 000 tentatives de suicides par an lui sont imputés - et de surmortalité (cancers, maladies cardiovasculaires...), la dépression résistante ou sévère altère les fonctions cognitives, ce qui compromet le retour à l'emploi et coûte 14 milliards d'euros par an à la collectivité (arrêts de travail...), selon l'OCDE.
Pour mieux la prendre en charge, le collectif de spécialistes et d'associations, qui comprend aussi le Pr Amine Benyamina, fait cinq propositions.
En premier lieu : renforcer la formation, initiale et continue, des professionnels de santé à son repérage et sa prise en charge, grâce à des outils que devra élaborer Santé publique France (SpF).
Car la détection précoce permet de « mieux traiter la dépression, l'empêchant de devenir résistante », alors que « le pic d'apparition des maladies psychiatriques, en particulier l'anxiété et la dépression, survient à 14 ans et demi », a précisé le pédopsychiatre Pr Olivier Bonnot, président du Conseil national des universitaires de psychiatrie (CNUP).
Autres préconisations : une campagne de sensibilisation des professionnels de santé et un parcours de soins gradué articulant médecine de ville, structures spécialisées et centres experts, prenant aussi en charge les comorbidités et addictions des patients.
Dernière demande : un « accès équitable aux approches thérapeutiques en psychiatrie », avec des prises en charge harmonisées par un « référentiel national de bonnes pratiques cliniques ».
La France a un « grand retard à combler avec une inégalité aux soins sur son territoire », a estimé Fabrice Cathala, président de France Dépression Grand Paris, appelant à s'inspirer de l'Australie, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, du Canada.
Avec AFP
A voir aussi
Grève des médecins : l’Ordre lance une mobilisation « constructive » et prépare un livre blanc pour 2027